Le surendettement gagne du terrain

Didier Albin
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  • <p>Selon Veronique Pisano, responsable du service, le nombre de dossiers a progressé de 15 % © dr</p>

    Selon Veronique Pisano, responsable du service, le nombre de dossiers a progressé de 15 % © dr

En région de Charleroi, le surendettement continue à gagner du terrain. Après une augmentation de plus de 30 % de la fréquentation de sa permanence en 2011, le service médiation de dettes du CPAS a enregistré une nouvelle hausse l’année dernière : « Plus de 1.700 personnes se sont présentées chez nous », indique la responsable du service Véronique Pisano. Le nombre de nouveaux dossiers a progressé de 15 %, passant de 574 à 650. Quant au nombre de requêtes déposées en règlement collectif de dettes (dans les cas où les débiteurs disposent d’une marge de moyens trop faible pour faire face à leurs engagements), il a véritablement explosé : l’évolution est de + 50 % !

Véronique Pisano identifie deux facteurs à cette montée en régime : « D’abord, il y a le poids des charges courantes. Celles-ci représentent une part croissante des dépenses domestiques. Certains ménages consacrent 60 à 70 % de leurs revenus à payer leurs loyers et les factures d’énergie. Ensuite, deux autres services privés de médiation de dettes ont disparu au cours des derniers mois. Il n’en reste que trois à l’échelle de Charleroi et cinq pour la grande région (Châtelet et Anderlues) alors que les besoins augmentent. »

Intervenir vite

À Charleroi, le service médiation de dettes créé en 94 par le CPAS occupe neuf médiatrices à temps plein, ainsi que quatre administratives. « Deux avocats conventionnés viennent en soutien », confie la directrice. Pour autant qu’elle soit domiciliée dans l’entité, toute personne en situation de surendettement peut venir à la permanence (chaque matin en semaine excepté le mardi). « Les demandeurs ont tendance à s’adresser à nous très tard, parfois à la veille de la vente de leurs biens. Il faut alors agir très vite. » Afin de déterminer la marge de manœuvre, un tableau budgétaire est établi : « Lorsque les revenus sont inférieurs aux engagements, nous entamons une procédure en règlement collectif de dettes. » D’une durée de 5 à 7 ans, elle peut déboucher sur l’effacement complet de l’ardoise, une sorte de déclaration de faillite personnelle. « Le travail à l’amiable est de plus en plus difficile. »

Eliane Fensie (78 ans) en a bénéficié. « J’avais contracté quatre crédits dans les années 90. Remboursement du capital et des intérêts majorés : j’en arriverai à bout en mars, après 20 ans de paiements. »

Une part croissante de dettes non liées à du crédit contraint les familles à demander une médiation. « Plus d’un dossier sur deux, selon l’enquête 2011 de l’Observatoire wallon du crédit. Quand il ne s’agit pas de dettes publiques ou sociales (fisc, redevances communales ou régionales), ce sont des dettes de logement ou d’énergie, des dettes de santé ou de télécommunication. »

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