« Shadow dancer », ou le dilemme nord-irlandais

Nicolas Crousse
Mis en ligne

Collaborer avec l’ennemi ou moisir 25 ans en prison ? Tel est le cas de conscience qui se pose à Colette, ex-terroriste de l’IRA. Face à elle, Clive Owen en agent secret. Entretien avec l’acteur.

  • See video
  • Andrea Riseborough, dans le rôle de Colette, qui va choisir de jouer les infiltrées afin de garder le contact avec son fils. Photo D.R.
    Andrea Riseborough, dans le rôle de Colette, qui va choisir de jouer les infiltrées afin de garder le contact avec son fils. Photo D.R.
  • Clive Owen. Photo AFP.
    Clive Owen. Photo AFP.
  • Photo D.R.
    Photo D.R.

Adapté du livre éponyme de Tom Bradby, qui fut correspondant de guerre pour la télévision en Irlande du Nord, le film de James Marsh parvient à nous maintenir dans la tension d’un véritable suspense, en tirant sa tension d’un conflit cornélien, dans lequel chacun pourra projeter des angoisses.

Clive Owen, c’est important, quand on est comme vous un acteur britannique, de se confronter à une telle histoire, ramenant aux attentats londoniens perpétrés par l’IRA ?

Je dois reconnaître que j’ai été très bouleversé par le scénario, et l’examen qu’il proposait de cette époque troublée. C’était en outre une excellente étude de caractères. Si la politique est en permanence présente, comme en toile de fond, c’est de la vie des gens qu’il s’agit ici. De leur rapport conflictuel à ce qu’ils ont été obligés de vivre.

Que représentent ces événements politiques pour vous ?

Les gens de mon âge et de ma génération, nous avons grandi avec les événements tragiques du nord de l’Irlande. Il ne se passait pas une nuit sans que l’on apprenne des nouvelles terribles en provenance de là-bas, durant tout un temps. Je me souviens avoir joué une pièce, dans ma jeunesse, à Belfast. C’était au moment des troubles, et il y avait des hélicoptères, des soldats dans les rues. C’était un endroit dur. Je me souviens de moi, marchant dans les rues, et tout à coup des soldats déboulaient en courant. Pour moi qui n’étais pas habitué à cela, c’était très impressionnant. Pour « Shadow dancer », ceci dit, nous n’avons pas filmé là-bas. Nous avons tourné à Dublin.

Vous êtes-vous astreint à une préparation particulière, s’agissant de ces pages de l’Histoire ?

Non, il y a eu peu de chose. La préparation, pour un acteur, c’est d’abord et surtout une affaire de concentration. Particulièrement quand il s’agit de scènes qui impliquent comme ici une forte tension. Préparation ? Pour dire la vérité, je me suis essentiellement basé sur le scénario. Je n’ai pas eu le luxe de faire beaucoup de recherches. Manque de temps, pour des raisons indépendantes de ma volonté. J’étais pris par un autre tournage à San Francisco, sur « Hemingway », qui lui m’a demandé beaucoup de préparation… et je ne parle pas d’alcool ! (Rires.) Non, sur « Shadow dancer », j’ai pu me reposer sur la qualité et la solidité du scénario. Puis j’ai rencontré Andrea, qui est une grande actrice. J’ai pu observer, et avec combien d’admiration, tous les choix de comédienne qu’elle a faits sur ce film. Elle injecte à son personnage autant de concentration que d’intelligence. Quant à James, le réalisateur, c’est une rencontre importante. Voilà quelqu’un de sensible avec une approche de ces événements que nous connaissons un peu qui tient par moments presque du thriller. Je suis fier de ce film. Mais en regardant dans le rétroviseur aujourd’hui, je suis aussi très fier d’avoir travaillé sur des films comme « Closer » ou « Children of men ».

Osez la rencontre !