Tg Stan, en français dans le texte
Dans le cadre de «Toernee General», le collectif flamand propose trois de ses pièces en français. Au KVS et au Théâtre National.
Ce n’est pas un acte politique, c’est une évidence, lance Jolente De Keersmaeker, membre du collectif tg Stan. Nous vivons dans un pays qui parle deux langues, il est donc logique d’élargir nos frontières et de jouer également en français. » De quoi clouer le bec aux politiques qui souhaiteraient récupérer l’événement et le classer dans la case anti-patriotique.
Depuis le 8 janvier, tg Stan joue donc en français dans une série de trois pièces : Le Chemin solitaire d’Arthur Schnitzler, Les Estivants de Maxime Gorki et Les Antigones de Jean Cocteau et Jean Anouilh. L’expérience n’est pas neuve pour ce collectif atypique, fondé en 1989 par Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Sara De Roo et Frank Vercruyssen. Depuis dix ans, le quatuor séduit les scènes françaises avec un théâtre prompt à bousculer tous les codes. « Au départ, l’idée d’aller jouer en France avait pour but de nous ouvrir les portes des théâtres chez nos voisins, en Belgique francophone », poursuit Jolente De Keersmaeker. « Mais, alors que nous avons aujourd’hui un vaste réseau en France, entre Paris et Toulouse, ça bloque toujours en Wallonie et à Bruxelles. »
Et la discussion entre les comédiens s’enflamme : « Peut-être est-ce dû à un contexte économique difficile dans ces théâtres », avance l’un. « Mais non, nous ne sommes pas chers ! Moi, je crois que c’est une question de personnes. Il faut rencontrer la bonne personne au bon moment », rétorque l’autre. On perçoit alors à quoi ressemblent les ardentes séances de travail du collectif. Car, c’est la base de leur processus de création : travailler sans metteur en scène et se mettre tous ensemble autour de la table. Pour Le Chemin Solitaire, ils se sont attablés autour de la traduction du texte de Schnitzler, débattant de la justesse de tel ou tel mot. « On l’a tellement travaillé, tellement creusé pour décider telle ou telle phrase, qu’aujourd’hui, le texte est ancré dans nos têtes », nous souffle Franck. « De même pour Les Antigones. C’est comme du marbre dans ma tête, je pourrais le jouer là, ce soir, sans problème », insiste Jolente.
Ce qui fait la patte du collectif, dont le répertoire est vaste, depuis My Dinner with André à Poquelin, ou encore L’Ennemi du Peuple, c’est un théâtre du détachement, du décalage, qui ne veut rien cacher du théâtre mais au contraire en souligner tous les ressorts. Le Chemin Solitaire en est un bel exemple : les comédiens entament le texte avec nonchalance, changent de personnage en cours de route, évoluent, non pas dans un décor, mais parmi une série d’objets éparpillés – grille-pain, tire-lait, cafetière – pour illustrer d’une pointe d’ironie telle ou telle réplique. « Nous refusons qu’un comédien incarne un personnage, afin de montrer qu’il n’y a pas qu’une seule vérité, que tout n’est pas blanc et noir. Nous voulions que les personnages flottent au-dessus des comédiens, explique Damiaan. On ne fait pas semblant de ne pas voir le public ni d’être les personnages mais on entre et on sort de ces personnages pour parler avant tout du théâtre.» Hyper distancié, ce jeu s’avère forcément déroutant. STAN vient de S(top) T(hinking) A(bout) N(ames) comme une déclaration de rejet de tout dogmatisme. Aujourd’hui, après 24 ans de créations, ne se sont-ils pas enfermés dans un certain style ?
« Le chemin que nous avons parcouru est simplement le résultat de nos envies. Nous n’avons pas de méthode, si ce n’est que pour chaque création, on travaille sans compromis, sans se demander si c’est ce que les gens veulent voir », résume Franck.
Les Estivants du 16 au 19 janvier au KVS. Les Antigones du 22 au 26 janvier au Théâtre National.







