Brafa 2013 : l’assurance d’Harold t’Kint
Le marché de l’art connaît-il la crise ? Pour voir le monde autrement, osez la Brafa ! Sous la direction d’Harold t’Kint, la Foire des antiquaires ouvre ses portes au public dès ce samedi, à Bruxelles. Loin de certaines envolées des prix en salles de ventes, ce grand rassemblement hivernal de 128 antiquaires de renom offre de quoi séduire toutes les envies, tous les plaisirs et toutes les bourses. Le Théâtre Royal de la Monnaie en est l’invité d’honneur.
entretien
A 45 ans, Harold t’Kint de Roodenbeke prend la direction de la dixième édition de la Brafa. Le nouveau président entend encore faire grandir la Foire des antiquaires au niveau international. Il nous dévoile sa stratégie et sa vision de l’objet « coup de cœur ».
Quel est le rôle d’un président ?
Adapter la Brafa au monde d’aujourd’hui. Il y a quinze ans, internet et le téléphone portable n’existaient pas. Aujourd’hui, tout se fait en temps réel. Les images circulent à travers le monde mais il faut que les antiquaires, les collectionneurs, les amateurs, le public viennent à Bruxelles ! Mon premier défi est de diversifier la clientèle. Fort de l’héritage, on maîtrise les classiques duplace to be. Encore faut-il réussir l’alchimie de réunir une clientèle attirée par le classique et l’amener à découvrir l’art contemporain. La carte à jouer ? Montrer en un seul espace de 15.000 mètres carrés l’éventail des formes les plus diversifiées.
Quelle est votre stratégie ?
Mon but est d’attirer tant les professionnels que les amateurs. Le public belge, on le maîtrise avec excellence mais on peut toujours mieux l’accueillir. Le lancement du nouveau programme « Club » cible le monde des affaires et les investisseurs en art. Des visites spécifiques, des microévénements, un lieu convivial de réunion leur sont proposés.
J’écarte la stratégie d’annonces dans un maximum de journaux et médias étrangers parce que je privilégie le contact direct : je fais venir des collectionneurs et des décorateurs suisses, français et russes, par exemple. C’est plus facile de faire venir un Russe qu’un Américain. Il fait moins froid en Belgique qu’à Moscou. C’est à trois heures d’avion, bien que Bruxelles soit moins glamour que la Floride ! Je demeure prudent en ce qui concerne un développement international tous azimuts. Je compte avancer progressivement vers les Etats-Unis, Hong Kong et l’Asie du Sud-Est.
Cette édition présente un va-et-vient parmi les galeristes, des retours, de nouveaux venus.
En termes de nombre de galeries, les nouveaux venus forment à peine 10 % contre 15 ou 20 % d’autres années. Les galeristes ont observé l’évolution de la foire et ont décidé de revenir. Ces retours constituent un signal même si je déplore encore l’absence de certains grands noms, tel le spécialiste en art africain Bernard de Grunne. Son cas est exemplaire : quand on participe comme lui à la Tefaf à la mi-mars, il est quasi impossible d’être présent à Bruxelles avec des pièces de haute qualité et de refaire son stock pour Maastricht alors que les objets de ce type se raréfient. Je suis ravi du retour de certains marchands de renom comme la galerie parisienne des Modernes ou Jörg Schumacher de Francfort. Avoir rappelé personnellement des marchands s’inscrit aussi dans cette stratégie.
Certaines tendances viennent épauler la suprématie des arts premiers : un pôle archéologique fort, les arts décoratifs du XXe siècle, l’arrivée d’une nouvelle spécialité, celle des autographes.
L’archéologie est un segment en forte extension. C’est une manière de retrouver ses racines. Je suis moi-même un inconditionnel du mélange des styles : un bel objet archéologique se marie très bien à un intérieur moderne ou très design, avec des tableaux d’artistes chinois contemporains, des maîtres modernes. La déco type XVIIIe avec commode, porcelaine de Tournai et argenterie en vitrine, c’est fini. Damien Hirst prend sa place entre des lambris anciens : chacun renforce sa propre personnalité. Il faut arriver à un « effet » où chaque objet détient sa propre vie. L’arrivée de l’autographe permet une belle diversité : c’est nouveau, extrêmement sensible. Cela touche un autre public.
En matière d’engouement, l’art est-il aussi versatile que la mode ?
Le goût se forme. En ce qui me concerne, tout ce que j’ai à la maison évolue. J’ai commencé une collection de pièces de monnaie antiques à l’âge de dix ans, puis j’ai découvert de beaux bois sculptés de la Haute Epoque, ensuite les dessins anciens du XIXe avant d’arriver aux modernes. Le XXe siècle, entre 1880 et 1950, est la période la plus fertile : tout a été découvert en un demi-siècle. Des artistes contemporains chinois côtoient chez moi une pièce récente que j’adore, une figure en pierre mi-homme mi-animal, XIVe-XVe siècles, probablement saxon. Bande dessinée, Haute Epoque, Charles X, tout peut trouver sa place à condition que les pièces dégagent une forte personnalité.
En tant que galeriste spécialisé dans l’art moderne, souvent belge, quels sont vos choix personnels pour la Brafa ?
J’aime travailler par thèmes : Ensor, Rik Wouters, un Poliakoff très rare de 1946, un dessin grand format de Dali, important parce que de 1941 et dédicacé à l’épouse de lord Mountbatten, une petite perle de Dufy réalisée à Bruxelles… Et aussi les messages d’amour de Zoulikha Bouabdellah, une artiste bien dans son temps. Une découverte !
Un marchand d’art a aussi l’âme d’un collectionneur. Comment vivre la séparation ?
Je suis marchand par dépit, parce que je n’ai pas les moyens d’être collectionneur ! Nous sommes des passeurs. On a la chance incroyable de posséder un objet quelque temps avant de le transmettre à quelqu’un qui en sera aussi amoureux que nous. Je dois vivre avec les objets pour en parler. Je les emporte chez moi pour en découvrir toute la sève. Cela peut prendre trois ans ! Si je dois me séparer tout de suite d’une pièce, je me sens violé. Il y a « la marchandise » et les tableaux qui ont une histoire, ce qui vous raccroche à quelque chose…
Que manque-t-il à la Brafa ?
Une belle galerie présentant la photographie des XIXe et XXe siècles, avec Le Gray et toutes les avant-gardes. Rendez-vous en 2014 !







