Ces guérisseurs marginaux

Caroline Dunski

SOCIETE L'anthropologue Olivier Schmitz est l'invité de l'Observatoire de la Santé du Hainaut pour une rencontre-débat consacrée aux guérisseurs.

  • <p>Olviier Schmitz s'est plongé durant cinq ans dans le monde des guérisseurs. © DR</p>

    Olviier Schmitz s'est plongé durant cinq ans dans le monde des guérisseurs. © DR

Entretien

Pendant les cinq années de préparation de sa thèse sur le sujet, Olivier Schmitz a rencontré une quarantaine de guérisseurs. Ce jeudi, il donne une conférence ouverte à tous. Rencontre.

Existe-t-il une typologie des guérisseurs ?

Il y a quatre ou cinq catégories. Les guérisseurs supposés qu’on appelle les « rebouteux » et qui remettent en place un organe, soignent une entorse… Les « signeurs » ou « conjureurs » sont ceux qui ont reçu un secret pour soigner une série de maux comme les verrues, les brûlures. C’est le guérisseur traditionnel qu’on trouve dans toute l’Europe latine. Le secret se transmet généralement au sein d’une même famille. Il y a aussi les petits entrepreneurs de la santé, magnétiseurs et radiesthésistes. Leur pratique tourne autour de l’idée que le corps émet des radiations et que la main ou le pendule du guérisseur permet d’identifier le siège du mal. Ensuite, il y a les guérisseurs de l’habitat, de l’environnement, les « géobiologues » ou « sourciers » qui interviennent au niveau des ondes qui perturbent l’environnement et peuvent provoquer des bronchites ou des migraines… Enfin, il y a des « désenvoûteurs » assimilés à l’univers de la sorcellerie.

Peut-on dénombrer ces guérisseurs ? En avez-vous rencontré beaucoup ?

Il y a beaucoup de guérisseurs en Wallonie, mais il est impossible de les dénombrer. Les rebouteux ont tendance à disparaître, mais il y a au moins un signeur par village. Il y a aussi de plus en plus de désenvoûteuses parce qu’il y a clairement une demande. En cinq années de terrain, j’ai rencontré une quarantaine de guérisseurs avec lesquels je pouvais nouer une relation privilégiée. Je voulais éclairer ce qu’ils font, améliorer la perception qu’on en a. J’ai toujours essayé de les voir à l’œuvre.

En quoi consiste leur pratique ?

Les guérisseurs sont des thérapeutes marginaux du système de santé qui travaillent individuellement dans leur coin. Ils font un bricolage contemporain à partir de nombreuses références culturelles. Les désenvoûteuses s’adaptent aux demandes sociales et peuvent à peu près tout soigner, mais elles prennent souvent la forme de thérapeutes familiales. Les êtres humains sont très complexes et ne se contentent jamais de soins purement techniques et médicaux. Ils ont besoin qu’on donne du sens à leur mal ou à leur malheur. Les désenvoûteuses travaillent dans le domaine des forces surnaturelles. Leur thérapie repose sur l’identification du mal contre lequel elles blindent leurs consultants qu’elles aident à rompre une relation pathogène afin de reprendre les commandes de leur vie. Elles vont par exemple aider leur consultante à intenter un procès pour récupérer la garde d’un enfant. Les guérisseurs disent toujours « on va voir ce qu’on peut faire ». Jamais personne n’affirme une certitude.

Midi Santé de l’Observatoire Santé du Hainaut : Jeudi 17 de 12 à 14 heures – 30 av. Rêve d’Or – 065-87.96.04

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2. sababa03 dit le 03/05/2013, 10:33

Trouver un guérisseur ou trouver un guérisseur??

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