Thomas et Angels jouent et dansent avec les mots
De Bruxelles à Barcelone, il n’y a qu’une succession de pas partagés par ThomasHauert etAngels Margarit dans « From B to B ».
entretien
Au milieu d’un paysage de lettres géantes, deux danseurs franchissent les distances qui les séparent. Avec From B to B, Thomas Hauert et Angels Margarit affrontent en dansant leur méfiance du langage. Rencontre avec le chorégraphe suisse, bruxellois d’adoption.
On a beaucoup vu Angels Margarit chez nous à la fin des années 80. Aviez-vous déjà vu son travail avant de la rencontrer ?
De nom seulement. C’est elle qui nous a invités avecModifydans le festival qu’elle organise dans sa ville natale près de Barcelone. Dans la foulée, elle m’a proposé de donner des cours dans son studio à Barcelone. Et elle-même a suivi certains de mes stages. C’est à cette occasion que nous avons commencé à danser ensemble. En 2011, le festival grec de Barcelone lui a proposé une carte blanche et c’est là qu’elle a proposé que nous fassions quelque chose ensemble.
Deux chorégraphes qui créent et dansent ensemble, ça se passe sans heurts ?
Ce n’est pas toujours évident(rires)d’autant qu’on travaille tous les deux assez intuitivement. Et nous avons une assez grande méfiance vis-à-vis de la langue. Mais quand on veut travailler ensemble, il faut parler. On a donc commencé à échanger sur cette méfiance, d’où elle venait, pour quelles raisons, etc. Angels a apporté un livre de Marius Serra, écrivain et linguiste catalan. Il a fait de nombreuses recherches sur les rébus, les énigmes… On s’est rendu compte qu’il y avait le même nombre de lettres dans Thomas et Angels. Même chose avec Bruxelles et Barcelone. On a donc décidé de partir de ça, d’où le titreFrom B to B,et on a essayé de créer des rébus. Comme c’était trop compliqué, on a pris contact avec Marius Serra qui a créé tout un jeu d’acrostiches pour passer de Thomas à Angels. La base de la chorégraphie est venue de là, de même que la scénographie constituée de grosses lettres colorées que nous déplaçons sur le plateau. Du coup, la langue devient comme un paysage, les lettres deviennent des obstacles sur notre route… C’est comme un voyage absurde à travers les mots. Finalement, notre méfiance de la langue nous a fait mettre celle-ci au centre du spectacle.
Quelle est la part de l’intuition et celle de la réflexion dans une telle création ?
Il faut des deux. Il y a d’abord l’inconscient, l’intuition qui nous fait agir. Mais il y a aussi ce que j’appellerai l’intuition consciente qui fait qu’à un moment, si Angels fait un tel mouvement, je me dis que ce serait bien de répondre de telle manière. Et puis la conscience doit toujours être là pour empêcher de tomber dans les habitudes. Si on laisse le corps se débrouiller par lui-même, il se fixe rapidement dans une routine. Il faut le pousser à se lancer de nouveaux défis, à prendre des risques, à aller vers de nouveaux territoires.







