Un centre d’art presque parfait

Daniele Gillemon
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La Maison Particulière, à Ixelles, confronte quatre collections privées sur le thème du sexe, de l’argent et du pouvoir.

  • « We the People », un dessin au fusain de Mircea Suciu. © D.R.
    « We the People », un dessin au fusain de Mircea Suciu. © D.R.

C’est l’œuvre d’un certain Mondongo, artiste argentin, qui ouvre l’expo et donne le ton. Une pièce plus que curieuse, hésitant entre la pièce montée, le spectacle de guignol, la crèche salace, l’art brut et populaire. Figurines de personnages célèbres en plasticine y prolifèrent sous l ’ égide de L’Origine du Monde.

Dernier en date des temples de l’ art et nouvelle forme de mécénat, le 49 de la rue du Châtelain, luxueusement réaménagé en centre d’ art, ajoute incontestablement une plume au chapeau du bel Ixelles. Le lieu, qui inaugure sa quatrième exposition, joue sur plusieurs tableaux avec un naturel très étudié. Pas de cartels aux murs mais un petit guide et un livre permettent au visiteur de se documenter et de flâner dans cet espace luxueux, mi-maison, mi-musée.

Les propriétaires français, Myriam et Amaury de Solages, ont fait appel aux meilleures compétences pour peaufiner l’ espace, qu’ il s ’ agisse du choix des livres d’ art de la bibliothèque, des bouquets très stylés, de l ’ ascenseur spectaculaire en lisière de salon et du piano où les mélomanes peuvent tapoter quelques notes !

Tout cela crédite un rapport à l’art bien d’aujourd’hui, où l’écrin a autant d ’ importance que le bijou, le carnet d’adresses que l’oeuvre elle même. L’atmosphère est bling-bling mais la formule originale et riche en surprises puisque quatre collectionneurs privés sont chaque fois invités à exposer une sélection de leurs pièces autour d’un thème choisi et d’un artiste invité.

Le contemporain est à l’honneur mais la présence d’art moderne ou plus ancien, bienvenue, un peu comme à la villa Empain où l’on élargit les horizons aux arts traditionnels, à la philosophie et à la littérature.

Sexe, argent, pouvoir

Le thème permet de mesurer dans une relative continuité, la distance entre les œuvres anciennes et contemporaines, les changements sociaux et idéologiques. On est frappé par le relief que ces murs presque parfaits donnent à des œuvres parfois plus spectaculaires ou banalement érotiques que vraiment interpellantes. A ce titre, et sur le thème du pouvoir dont on use et abuse aux quatre coins du monde, le filet suspendu de ballons de foot dégonflés aux effigies d’hommes politiques donne une réplique très « muppet show » à un accrochage de matraques tiré au cordeau signés Kendell Geers, l’artiste invité, originaire d’Afrique du Sud, et chez qui l’apartheid et autres joyeusetés constituent le fond de commerce. Autre son de cloche avec une monumentale peinture du Chinois Zhang Haiying, qui surprend un moment insoutenable d’autorité policière ou avec le grand fusain, particulièrement oppressant, du Roumain Mircea Suciu.

Sexe et dollar sont exhibés, idolâtrés et détournés par des artistes aussi divers que Pascal Bernier, Arman, Danino, Marien, Delevoye, Bettina Rheims (une somptueuse photographie), Larry Clark et même ce vieux Max Ernst dont le fameux lit-cage est prétexte ici à libertinage. Le kitsch, récurrent dans l’art contemporain où il ambitionne de déjouer les idées reçues et les comportements obsolètes, habille nombre de pièces comme cette sculpturale culotte en porcelaine, façon 18e siècle, dissimulant d’aimables cochonneries !

Seules les pièces d’art africain qui font partie de la collection Félix (Bruxelles) apparaissent exceptionnelles et font valoir toute la supériorité d’un art habité, peuplé de souvenirs et de songes, sur un art plus gadget.

*La Maison particulière, 49 rue du Châtelain, 1050 Bruxelles, jusqu?au 24 mars, www.lamaisonparticuliere.be

Osez la rencontre !