Quand la photographie exerce l’œil... et plus si affinités

Jean-marie Wynants
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Deux expositions très différentes célèbrent la pratique photographique à l’Insas depuis cinquante années.

Un cinéaste fait-il forcément un bon photographe ? Et inversement ? On connaît quelques cas permettant de répondre par l’affirmative : Stanley Kubrick, Wim Wenders ou Raymond Depardon, dans des genres très différents, en sont d’excellents exemples. Le passage de l’image fixe à l’image animée est pourtant loin d’être évident.

On est d’autant plus intéressé par les deux expositions présentées actuellement dans le cadre des festivités célébrant les cinquante ans d’existence de l’Insas. L’Institut national des arts du spectacle et des techniques de diffusion (son intitulé complet) forme ses étudiants aux arts du théâtre et du cinéma. Mais depuis l’origine, on y dispense également un cours de photographie. « Le but n’est pas du tout de former des photographes, explique Marie Sordat, actuelle titulaire de ce cours. Pour Edmée Lagrange, qui l’a créé dès 1962, et Eric Van Dieren qui lui a succédé durant 32 ans, il s’agissait d’utiliser la technique photographique pour aiguiser le regard. »

Troisième titulaire du poste en cinquante ans, Marie Sordat se voit invitée à créer une exposition à partir des archives maison, quelques mois seulement après avoir rejoint l’équipe pédagogique. « Je venais à peine de débarquer et on m’a chargée de cette mission. Avec Christian Châtel, artiste plasticien, nous nous sommes retrouvés dans une pièce poussiéreuse avec des tonnes de dossiers plus ou moins rangés où, manifestement, certains s’étaient déjà servis par le passé. Au fil de nos recherches, nous avons découvert des tas d’images. Nous en avons finalement retenu une centaine, présentées telles qu’elles étaient : vieillies, jaunies, parfois un peu abîmées… »

Cette collection étonnante se déploie à l’Iselp dans un espace d’exposition pas vraiment idéal. Le visiteur tombe nez à nez avec la première série, composée essentiellement de portraits, et présentée sur un long mur blanc. Aucune distance possible vu l’exiguïté des lieux. Pourtant certaines images s’inscrivent dans la mémoire et, lorsqu’on les retrouve dans le catalogue, leur succession forme un véritable voyage à travers la pratique photographique de l’école. Deux projections dias, mais aussi des séries de personnages de dos, des architectures, des foules composent différentes séries où les générations se croisent allégrement.

Très à l’étroit dans cette salle, l’ensemble laisse un goût de trop peu, compensé par le catalogue remarquablement rythmé et dévoilant ce que pourrait être l’exposition idéalement déployée.

L’ambiance est toute différente à l’espace photographique Contretype présentant une sélection de sept personnalités liées à l’Insas (anciens étudiants et/ou actuels enseignants) : Jaco Van Dormael, Boris Lehman, Olivier Smolders, Marie Sordat, Jean-François Spricigo, Boris Van der Avoort et Eric Van Dieren.

A l’étage, on retrouve l’excellent travail de Jean-François Spricigo, on découvre l’étonnante crucifixion de Boris Lehman réalisée à l’aide de 21 photocopies des différentes parties de son corps. Eric Van Dieren crée des diptyques dont les images génèrent instantanément des idées de récit tandis que Boris Van der Avoort livre un très beau film sur une musique de Steve Reich où les images, pourtant bel et bien animées, ont des allures de photographies se succédant à toute vitesse. Mais c’est au rez-de-chaussée que se niche la plus belle découverte du parcours : un superbe travail en noir et blanc de… Marie Sordat.

Sous le titre Motherland, elle livre des images où le gris s’efface derrière des blancs et des noirs sans concession : un ciel dans une trouée d’arbres nus envahis par les oiseaux, deux chiens noirs sur fond de neige, une silhouette en manteau noir… Un travail remarquable, clairement photographique mais habité par la culture d’un cinéma raconteur d’histoires. Un univers très personnel, marqué par l’utilisation de l’argentique qui reste la base de l’enseignement photo à l’Insas. Et que cette jeune femme de talent transmet désormais à la génération actuelle d’étudiants.

 

« Hors-Champ »

*Jusqu’au 10 mars à l’Espace photographique Contretype, 1 avenue de la Jonction, 1060 Bruxelles, www.contretype.org.

 

« Le regard exercé »

*Jusqu’au 4 février à l’Iselp, boulevard de Waterloo 31, 1000 Bruxelles.

Infos : www.insas.be.

Vos réactions

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1. ledroit20 dit le 24/01/2013, 00:32

Pour une fois Jean-Marie Wynants a vu juste en applaudissant le travail de Spricigo. Une fois est loin d'être coutume quand on voit les sélections souvent pitoyables de J_M Wynants pour la Galerie du Soir au Musée de Charleroi. Mais y a quand même un truc qui énerve dans la présentation de la Culture en Belgique. C'est toujours même gars, assez sûr de lui, qu'on doit se taper, dans La Libre, avec ses nombreuses errances et ses clairvoyances épisodiques. ... Et donc le problème est le suivant : on vous parle parfois de trucs merdiques mais sponsorisés par les apôtres de la culture dans la Presse. Du moment que c'est connu on en parle même si c'est mauvais (on s'arrangera bien pour reconnaître des qualités !). Et quand on est inconnu du moment qu'on sort de La Cambre, c'est bon (alors que c'est parfois mauvais) ! Fallait voir aussi le ramdam autour de Canvas, la plus grosse mascarade artistique en Belgique...

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