Construire une maison avec une imprimante 3D

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Un architecte néerlandais a dessiné les plans pour construire la première maison imprimée en 3D. Sans réel début ni fin, le bâtiment a la forme d’une bande de Möbius. Le Brésil a manifesté son intérêt pour le projet.

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  • AFP PHOTO / UNIVERSE ARCHITECTURE
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Janjaap Ruijssenaars, 39 ans, du bureau d’architecte Universe Architecture d’Amsterdam, souhaite construire la demeure de 1.100 mètres carrés en utilisant une immense imprimante 3D de modèle D-Shape fabriquée par l’ingénieur italien Enrico Dini.

En superposant au fur et à mesure des fines couches de matière (5-10 mm), la machine peut imprimer des éléments en 3D mesurant jusqu’à six mètres de long et six mètres de large à partir de roche réduite en sable et d’un agglomérant.

Le bâtiment pourrait être une maison ou même un musée, explique à M. Ruijssenaars, selon lequel les éléments traditionnellement construits en béton seraient dans ce cas construits par l’imprimante et assemblés avec d’autres éléments en acier et en verre, qui constitueraient la façade du bâtiment.

« Notre ambition est de construire la première maison imprimée », assure M. Ruijssenaars : « cette imprimante a déjà construit des objets d’art ou des éléments pour des récifs artificiels, mais ce serait la première fois qu’elle serait utilisée pour quelque chose dans lequel on peut habiter ».

Un bâtiment conçu comme un paysage

L’architecte avoue néanmoins que l’idée de départ n’était pas d’utiliser une imprimante 3D, mais il assure que cette technologie s’est avéré être la plus appropriée au vu du défi architectural qu’il s’est lancé, un bâtiment en forme de bande de Möbius, à savoir une surface qui a la particularité de n’avoir qu’un seul côté, sans réel début ou fin.

« Nous avons commencé par nous demander si un bâtiment peut être comme un paysage, de manière à en construire un qui se fonde dans le paysage, ou tout au moins qui apprenne du paysage », précise-t-il. « Notre analyse est que l’essence d’un paysage est de ne pas avoir de début ou de fin, c’est continu », poursuit M. Ruijssenaars : « pas seulement du fait que la terre est ronde, mais aussi du fait que l’eau succède à la terre, les vallées aux montagnes ».

La ressemblance du bâtiment avec l’oeuvre d’une autre Néerlandais, le designer et illustrateur M.C. Escher, est frappante. « Il a très clairement été une source d’inspiration, je dirais qu’il est le roi de la bande de Möbius dans le monde du dessin », assure Janjaap Ruijssenaars.

En fabriquant une maquette de son bâtiment, l’architecte s’est rendu compte que, quel que soit le matériau utilisé, que ce soit du papier ou du plomb, « pour faire une bande de Möbius, il faut d’abord faire une bande, puis la courber » afin de joindre deux extrémités.

Avec l’imprimante 3D, on peut construire des cavités

« Mais avec une imprimante 3D, même un petit modèle, on a pu faire l’ensemble de la structure de bas en haut sans que personne ne puisse voir où elle (la bande, ndlr) débutait et ou elle s’achevait », affirme M. Ruijssenaars, qui a travaillé à l’encodage sur ordinateur avec Enrico Dini et le mathématicien et artiste néerlandais Rinus Roelofs.

Un parc national brésilien a déjà manifesté son intérêt pour le projet, qui coûterait environ quatre millions d’euros, affirme l’architecte, selon lequel la construction prendrait environ 18 mois et l’imprimante « pourrait être active pour une demi-année ».

Objectif Lune ?

« Le défi, c’est de montrer qu’il est possible d’imprimer de vrais bâtiments en 3D et donc démontrer qu’il existe une nouvelle manière de construire », explique à l’AFP l’ingénieur Enrico Dini, 50 ans, qui a quitté son emploi dans la robotique (il construisait des prototypes pour l’industrie de la chaussure) pour se consacrer à la construction de l’immense imprimante. Il admet toutefois que cette technologie reste hybride, et doit encore être utilisée avec d’autres techniques de construction pour obtenir un bâtiment. « Il faut pouvoir être compétitif par rapport aux autres techniques de construction », souligne-t-il.

Un des avantages de l’imprimante est qu’il est aisément possible de construire des cavités, pour des fils électriques ou la plomberie notamment. Il est en outre possible d’utiliser de la roche trouvée in situ pour construire un bâtiment.

Selon M. Ruijssenaars, « on pourrait emmener l’imprimante sur la Lune, l’assembler là-bas et imprimer avec des matériaux lunaires ».

Charles Onians, AFP

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