Un puissant insecticide autorisé en Europe désormais interdit aux Etats-Unis

La molécule était encore utilisée dans 50 types de cultures de céréales, de fruits et de légumes, dont des pommes, les oranges ou les brocolis.
La molécule était encore utilisée dans 50 types de cultures de céréales, de fruits et de légumes, dont des pommes, les oranges ou les brocolis. - Reuters

Une autre décision de la justice américaine, reléguée au second plan à cause de la décision condamnant Monsanto, satisfait les environnementalistes et des groupes d’agriculteurs qui militent depuis des années pour l’interdiction du chlorpyriphos, un puissant insecticide produit par Dow Chemical et distribué mondialement depuis 1965.

La Cour d’appel du 9e Circuit fédéral a donné vendredi 60 jours à l’Agence de protection de l’environnement (EPA) pour procéder à l’interdiction effective aux Etats-Unis de l’emploi, en agriculture, de cet organophosphate, déjà interdit pour les usages domestiques depuis l’année 2000. Il était aussi interdit d’aspersion depuis 2012 dans des zones tampons entourant des lieux fréquentés par les enfants, essentiellement les écoles. Il demeurait toutefois utilisé dans 50 types de cultures de céréales, de fruits et de légumes, dont des pommes, les oranges ou les brocolis.

Nocivité prouvée

En 2015, l’administration Obama avait lancé une série d’études pour démontrer la nocivité du chlorpyriphos, particulièrement sur le développement des fœtus. L’une, effectuée par l’université de Berkeley, avait révélé dans des maternités la présence de traces de la molécule dans 87 % des cordons ombilicaux. D’autres révélaient chez des travailleurs agricoles des pertes de mémoire. Les neuf experts de l’Agence de protection de l’environnement avaient conclu à l’existence d’un risque de danger pour le développement neurologique des enfants à naître ou déjà nés. Il était aussi mis en cause pour favoriser l’autisme.

La décision prise sous Obama d’interdire le chlorpyriphos avait toutefois été réformée par l’administrateur de l’Agence, Scott Pruitt, confirmé à son poste par Donald Trump. Il se pliait ainsi à l’argumentaire du patron de Dow Chemical, avec lequel il avait conféré 20 jours avant de rendre cette décision publique : « En renversant les mesures de la précédente administration en vue d’interdire ce pesticide qui est le plus utilisé dans le monde, nous revenons à la pratique consistant à prendre des décisions sur des bases scientifiques solides plutôt que sur des résultats prédéterminés. »

La Cour d’appel a considéré que Scott Pruitt et l’EPA avaient contrevenu aux lois fédérales en revenant sur le constat posé par les experts de l’Agence, établissant un danger pour les fœtus et les enfants. Cinq états américains, dont la Californie, s’étaient joints à la cause portée par les mouvements environnementalistes.

Scott Pruitt avait été contraint à la démission le 5 juillet dernier après des révélations de dépenses excessives faites avec de l’argent public.

Le chlorpyriphos demeure autorisé en Europe.

 
 
 
 
 
 

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