Entrepreneur général, plus une fonction qu’un métier
Le métier d’entrepreneur général évolue. L’état du marché, les nouvelles contraintes réglementaires lui façonnent un nouveau visage. Revue de détail avec Patrice Dresse.
Entretien
Patrice Dresse est directeur général du cluster « Gros œuvre et Entreprise générale » de la Confédération Construction et le nouveau directeur de la Fédération des entrepreneurs généraux de construction (FEGC). Avec son franc-parler habituel, il nous présente le rôle de l’entrepreneur général, une profession mal connue et confrontée à de sérieux enjeux.
Comment fonctionne le cluster « Gros œuvre et Entreprise générale » ?
Ce cluster rassemble plusieurs métiers au niveau fédéral : les entrepreneurs généraux, les entrepreneurs de gros œuvre en bâtiment, les entrepreneurs de travaux ferroviaires, les développeurs constructeurs de logements, l’union des constructions industrielles, Fedbeton… L’objectif est de collectiviser les moyens pour créer de la valeur ajoutée, chacun gardant son autonomie de décision. On pourrait croire que dans notre pays, le mouvement est centrifuge et pourtant, les entrepreneurs généraux de la construction, tout en restant attachés à leur association locale, sont souvent plurirégionaux.
Qu’est-ce qu’un entrepreneur général de construction ?
Contrairement à des professions comme vitrier, maçon, bétonneur, chauffagiste… être entrepreneur général n’est pas un métier, c’est une fonction. Les entrepreneurs généraux sont en quelque sorte les exécuteurs de ce que les architectes ont mis sur papier. Le chef d’orchestre du chantier, c’est l’entrepreneur général. C’est lui qui va établir le lien entre les corps de métier. Etant généralement responsable du gros œuvre (maçonnerie, fondations…), il va coordonner les autres partenaires de l’acte de construire à savoir les professionnels du parachèvement et des techniques spéciales. Il s’agit vraiment d’un rôle à haute valeur ajoutée car c’est lui qui prend le risque, qui offre la garantie décennale par rapport à la stabilité de l’ouvrage qu’il va mettre en œuvre et la bonne exécution.
La FEGC compte environ 5.000 membres. A l’exception des Big Sixties, c’est-à-dire les soixante plus grands entrepreneurs de construction en Belgique qui sont exclusivement entrepreneurs généraux principaux, sur nos 5.000 membres, 85 % occupent moins de dix travailleurs et ne travaillent pas à 100 % comme entrepreneur général.
Le candidat bâtisseur est-il obligé de faire appel à un entrepreneur général ?
Non, il peut travailler par lots séparés. Dans ce cas, il lui faut coordonner tous les métiers et il ne bénéficie pas de la garantie décennale. N’oublions pas que l’art de construire n’est pas une science exacte, et encore davantage un puzzle et une source de conflits dans le cas d’allotissement mais évidemment, cette procédure peut apparaître comme coûtant moins cher.
Quels sont les enjeux du secteur ?
Nous vivons une révolution. Je pèse mes mots car il ne s’agit pas d’évolution. Le législateur, surtout au niveau régional, a fixé la barre très haut en matière de politique énergétique du bâtiment. Nous avions jusqu’à présent des exigences d’étanchéité à l’eau, acoustique, aujourd’hui, on met en avant la problématique de la déperdition d’énergie et d’étanchéité à l’air. Au 1er janvier 2015 en Région bruxelloise seront appliquées les nouvelles exigences en matière de bâtiment passif. Cela concerne toutes les nouvelles constructions et les rénovations lourdes. Les autres régions ont d’autres objectifs. Comment y arriver ? Les défis sont gigantesques. Leur coût est élevé (pouvant aller jusqu’à 15 à 25 % de plus qu’une construction normale) alors que nous sommes dans un contexte économique difficile, que les primes et les incitants économiques et fiscaux diminuent et que le prix de terrain augmente de manière vertigineuse… Comment construire des maisons à des prix abordables pour le grand nombre ? La réponse n’est pas évidente. En tout cas, cela ne sert à rien de construire des Ferrari si on n’arrive pas à les vendre.
L’enregistrement des entrepreneurs ayant été supprimé, vous mettez en garde les particuliers
Effectivement. La réglementation relative à l’enregistrement en tant qu’entrepreneur est supprimée depuis le 1er septembre 2012. Depuis sont apparus sur le marché des courtiers en travaux. Ces plateformes, qui regroupent différents métiers, n’offrent, selon nous, pas de réelle sécurité. Elles font un marketing d’enfer pour attirer des clients, surtout particuliers. Le risque est de tomber sur un homme de métier peu sérieux qui ne respecte pas les règles de l’art avec pour conséquence de ne disposer d’aucune protection en cas de problème. Nous plaidons auprès des autorités pour que, dans le cas de demande de primes ou de subsides, trois critères soient respectés : l’absence de dettes sociales, fiscales et l’accès à la profession.







