Le Théâtre des Bosons et ses particules élémentaires
Un nouveau théâtre s’ouvre à Bruxelles (Ixelles) : le Théâtre des Bosons, un théâtre de « l’infiniment intime ».
entretien
A l’heure où plusieurs théâtres galèrent ou ferment carrément leurs portes, une bande de courageux rêveurs annonce l’ouverture d’un nouveau lieu : le Théâtre des Bosons. Sis à Ixelles, dans le quartier universitaire de l’ULB, ce microcosme théâtral (pour une quarantaine de spectateurs maximum) ouvre ses portes au fond d’une cour, dans un ancien bâtiment industriel. Le producteur et réalisateur Bruno Emsens est cofondateur du lieu et metteur en scène de Trahisons d’Harold Pinter, première pièce à l’affiche du lieu. Il nous présente son « nouveau né ».
Pourquoi ce nom, Théâtre des Bosons ?
C’est un petit clin d’œil à ma vie passée. Je suis physicien de formation et j’ai été chercheur au Cern. Le boson, c’est ce qui donne aux choses leur matière, leur masse, leur poids.
Donner une substance particulière au jeu, est-ce la base de votre démarche ?
Il y a trois ans, en association avec l’acteur et metteur en scène américain Larry Silverberg, on a mis sur pied un studio d’acteur dans ce même lieu. L’objectif était de chercher des nouvelles formes, de créer un laboratoire. Moi qui vient du cinéma, je m’ennuie souvent au théâtre : j’ai l’impression d’un jeu très théâtral, auquel on ne croit pas vraiment. Je suis plus adepte d’un jeu à l’américaine, plus réaliste, plus organique. Notre méthode consiste moins à essayer de rentrer dans la peau d’un personnage que de partir de l’acteur lui-même. Je trouve plus intéressant d’utiliser ce qu’il est, comment il fonctionne, de baser son jeu sur la sincérité. Du coup, on fixe très peu de chose. L’acteur doit s’adapter, être à l’écoute, sentir ce qui se passe en lui. Ça demande un long travail de répétition, ça occasionne des résistances, mais l’acteur accumule des expériences vécues. Au moment des représentations, on verra émerger telle couche un soir, telle autre couche le lendemain.
Pourquoi avoir poussé la démarche jusqu’à ouvrir un théâtre ?
Peu à peu, une petite communauté d’acteurs s’est forgée autour des ateliers et nous avons eu envie de monter un spectacle. Quand le Méridien a fermé ses portes à Boitsfort, j’ai eu l’opportunité de récupérer une partie de leur matériel technique : projecteurs, rideau, etc. L’objectif n’est pas de devenir un théâtre avec une programmation toute l’année, cinq jours sur sept, mais plutôt de proposer un lieu, avec une ou deux productions sur l’année, où l’on montre un théâtre différent de ce qui se fait ailleurs. Et peut-être faire voyager ensuite ces pièces dans d’autres théâtres. Avec sa petite jauge, le lieu favorise un rapport intime avec le public. Il ne s’agit pas d’une entreprise commerciale. On peut même parler de mécénat : je dédie une partie de mes revenus à cette aventure. Mon but est que ce lieu acquiert, au fil du temps, une réputation de théâtre unique, où le public vit une expérience intense. C’est une bouteille à la mer, un début.
Vous inaugurez le lieu avec une pièce d’Harold Pinter. Pourquoi ?
« Trahisons » est une pièce pour trois comédiens, donc assez intimiste. J’aime la langue de Pinter, une langue en apparence très banale mais qui porte des enjeux sous-jacents humainement très forts. C’est l’histoire d’un homme qui, depuis sept ans, a une liaison avec la femme de son meilleur ami. Chaque personnage se voile la face. C’est une pièce très moderne qui parle de nos petites lâchetés, de notre tentative de composer avec la réalité mais sans vraiment l’assumer.
Trahisons du 30 janvier au 5 février, du 23 au 25 janvier, du 1er au 3 mars au Théâtre des Bosons, Bruxelles.
Les 7 et 8 février au Théâtre de l’Etuve, Liège. www.bosons.be







