Mathieu Lehanneur, designer de notre futur
Première exposition monographique pour l’électron libre de la scène du design contemporain.
Choses. Mais qu’est-ce qu’une chose ? « Dans le monde réel, une chose est un objet sans vie, parfois sans âme. Une compagnie inerte et silencieuse des hommes, répond le designer français Mathieu Lehanneur. Dans la science-fiction, au contraire, une chose est une entité vivante, palpitante et parfois effrayante. J’aime ces deux états et particulièrement le passage de l’un à l’autre. J’aime ce moment où la chose – tel un Pinocchio – s’anime d’un supplément de vie. »
La vie palpite. Des poissons rouges font des bulles pour réintroduire une rivière nourricière et un potager au sein de notre maison. « K » veille à l’équilibre de notre horloge biologique. « O » active des micro-algues pour générer l’oxygène domestique. Le téléphone de secours « Isaac et Graham » produit sa propre énergie… Fiction ? Réalité ? A 40 ans, Mathieu Lehanneur danse sur le fil des interactions entre le corps et son environnement, les synergies entre la biologie, la physique, les mathématiques et le design.
Pinocchio ou Léonard de génie, il développe des formes étranges et amicales, fonctionnelles et magiques, toujours nimbées de poésie. Prolongement direct de l’exposition Space Oddity : design/fiction, les objets présentés dans l’Aile du Grand-Hornu se nourrissent activement de l’observation du corps humain. De grandes photos murales présentent les réalisations de son Studio de design et d’architecture d’intérieur. Mobilier urbain, escalier de marbre blanc de Namibie pour accéder au chœur de l’église romane de Saint-Hilaire, il s’agit de commandes. Tout le reste, ce sont des projets, des « Choses ».
A côté du purificateur d’air « Andrea », véritable filtre vivant qui a dépassé le stade du prototype, Mathieu Lehanneur met en scène l’état de recherches singulières et fonctionnelles, innovantes et surprenantes. Pourquoi cela n’est-il pas encore mis en production ? Avec sa forme de soucoupe volante inoffensive, « The Island » est un diffuseur minéral tout ce qu’il y a de plus basique. Sac et gourde, « Cellbag » est un nouveau moyen de transporter de l’eau. « dB » diffuse un bruit blanc : proche de l’animal domestique du troisième type, cette drôle de boule détecte les sources sonores intempestives et les neutralise en émettant un « bruit blanc »… Tout cela n’a rien d’extraordinaire à produire, semble-t-il, sinon la décision de le faire.
Mieux respirer, mieux dormir, mieux aimer, mieux vivre : les défis qu’explore Mathieu Lehanneur offrent une véritable liberté, celle de reconsidérer notre façon de vivre pour en imaginer de nouvelles. Imaginez les bouleversements que cela introduirait dans la réalité contemporaine, et donc dans l’économie mondiale !
Le corps humain
pour épicentre
Commissaire de l’exposition et directrice de Grand-Hornu Images, Marie Pok a demandé à cet ovni du design ce qui pouvait encore le surprendre dans le monde : « Le déséquilibre de nos connaissances, répond Mathieu Lehanneur. Notre savoir concernant la surface de la Terre est immense alors que nous ne connaissons presque rien du monde sous-marin ? Or, il s’y développe quantité d’espèces, d’intelligences que nous ignorons complètement. Autre exemple : nous connaissons de façon approfondie toutes les parties du corps humain mais le cerveau reste un univers qui a encore très peu livré de ses mystères. »
Superbes outils pour un mieux vivre, les créations de Lehanneur ont peut-être une longueur d’avance sur le marché aux croisées de la science et du design. Le champ des possibles est immense et le rôle du designer est d’en repousser les limites.
C’est pourquoi sa recherche d’un supplément d’âme passe par cette exploration des possibilités naturelles et technologiques, ces espaces produits avec l’aide de scientifiques et de médecins, au plus près du corps humain, lieu magique d’échanges chimiques conçus pour répondre à des besoins, des désirs, des émotions.
Nocturne de l’art : conférence de Mathieu Lehanneur, vendredi 1er février à 19 heures. Visite libre de l’exposition à partir de 18 heures. Info et réservation : 065-61.38.81, www.grand-hornu-images.be.







