« Le moral dans les chaussettes », ils ont repris le travail à Flémalle
Après quelques jours de grève, les travailleurs d’ArcelorMittal ont repris le travail mercredi. Sur le site de Flémalle, les visages étaient inquiets. Et l’ambiance, maussade.
Les ferrailles, la carcasse de voiture carbonisées et les tas de cendre gisent sur le rond-point depuis jeudi, devant le Centre Acier d’ArcelorMittal, à Flémalle. Depuis que quelques travailleurs, exaspérés par la décision du groupe de fermer 7 lignes de production de la phase à froid liégeoise, entraînant la suppression de 1.300 emplois, ont décidé de montrer leur mauvaise humeur.
Près d’une semaine après l’annonce du groupe, des ouvriers communaux tentent de remettre le site en état. À leurs côtés, les voitures vont et viennent vers le bâtiment abritant les lignes de galvanisation 4 et 5. Il est près de 14h ce mercredi, et après quelques jours de grève, le travail a repris ce matin. Certains travailleurs finissent leur pause, d’autres l’entament. Dans une humeur maussade, comme le temps.
« Je suis dégoûté, lance depuis sa voiture un ouvrier qui vient prendre son poste. Personne n’a envie de travailler. Je ne sais pas ce qu’on va faire, on verra bien ce qu’on nous dira. »
Un autre le suit de près. « On est inquiet, c’est clair. On espère que les contacts avec les ministres vont permettre de trouver une solution, mais honnêtement, je ne pense plus qu’il y ait un avenir. »
À contresens, un sous-traitant sort de l’usine. « Ça sent la fin, pour nous et pour les générations futures !, indique-t-il. Aujourd’hui, on a travaillé, on est bien obligé. C’est au niveau moral que c’est dur. Mais on en parle entre nous. Ça soulage un peu… »
Les réactions se suivent et se ressemblent. « On a le moral dans les chaussettes, c’est dur de se lever le matin, confie l’un. On a le courage de venir, mais on est déçu par la situation. L’espoir est toujours là, mais il est très, très petit. » « On est dans l’angoisse, on attend, embraie un autre. On se demande ce qu’on va devenir. Le moral est très bas. Il faut bien continuer à travailler pour nourrir la famille. On se battra, il faut sauver l’emploi. »
Malgré un moral en berne, tous les travailleurs, ou presque, sont à leur poste. « Ils sont présents, mais ils viennent avec des pieds de plomb, constate Fabio Diliberto, délégué syndical FGTB. À 6 heures ce matin, on craignait des tensions. Le travail a repris normalement, mais on sent que le personnel est comme une poudrière. Il ne faut pas la moindre étincelle ! Une simple remarque hiérarchique pourrait mettre le feu ! »
Les travailleurs le savent : ils vont devoir œuvrer dans des conditions difficiles, jusqu’à la fin de la procédure de licenciement collectif Renault. « Ils sont inquiets, précise le délégué. Mais ils tiennent à être là pour eux-mêmes, car ce sont des vrais professionnels qui vont essayer de sortir de l’entreprise dignement. Du côté syndical, notre mission est aussi d’encadrer les gens plus faibles. Dès qu’on pourra cibler une personne qui va mal, et il y en aura, on l’aidera. Les gens n’ont plus confiance en la direction, ils ont besoin de la présence et du soutien des syndicats. »







