La parole aux damnés de la terre

Jean-Marie Wynants
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D’un geste, d’un regard, d’une intonation de la voix, Valérie Gimenez et Charles Culot donnent vie à leurs différents témoins.

Ils arrivent un peu anxieux à l’idée de leur première interview. Mais bien décidés à défendre leur projet jusqu’au bout. Pas simple pourtant de vendre l’idée d’un spectacle documentaire sur la situation des agriculteurs aujourd’hui. Mais Charles Culot et Valérie Gimenez ont une foi qui déplace les montagnes. Sur scène, comme en coulisses, ils portent leur travail avec une énergie, une ferveur et une justesse de ton peu communes.

Pour Charles, c’est une évidence. Fils d’agriculteur, il a vécu au jour le jour la dégradation des conditions de travail et de vie de ce monde peu connu du grand public. Mais comment parler de cela quand on se destine à une carrière théâtrale ? Empoignant le sujet à pleines mains, il a décidé de le porter à la scène avec la complicité de Valérie Gimenez. Pour cette dernière, le monde paysan était une découverte. « C’est un des axes de notre spectacle, explique-t-elle. Charles vient de ce monde et le connaît parfaitement. Moi, je suis une citadine qui regarde cela avec une certaine distance. Cela donne déjà un rapport intéressant entre nous. »

Pas question pour autant de tomber dans le spectacle didactique du type « La ferme expliquée aux gens des villes ». Le duo va nettement plus loin que cela, en partant du réel pour le transformer en objet scénique. Les premières minutes du spectacle ont un petit côté conférence avec présentation du sujet et projections d’interviews d’agriculteurs. « Nous avons été à la rencontre d’un grand nombre d’entre eux, explique Charles Culot. Ils nous ont parlé de leur vie, de leurs difficultés, de leurs inquiétudes pour l’avenir. Le plus souvent, ces rencontres avaient lieu dans la cuisine, autour de la table recouverte d’une toile cirée. »

Cette table, on la retrouve sur le plateau. Lorsque le noir se fait sur l’écran, les deux jeunes gens s’y installent et prennent le relais de leurs interlocuteurs. Avec une justesse sidérante, ils deviennent ces couples qui témoignent, de manière parfois maladroite mais toujours passionnante. Quelques instants d’immobilité suffisent à figer l’image puis à passer à d’autres témoins. Un changement de voix, d’accent (sans jamais tomber dans la caricature), de souffle, de position du buste, d’agitation des mains... et voici un autre homme, une autre femme qui nous parlent de leur vie mais aussi de l’avenir de la planète. Car le duo ne se contente pas de nous alerter sur le sort des agriculteurs. A travers ces derniers, on s’interroge sur le monde dans lequel nous vivons et sur celui que nous laisserons à nos enfants, comme l’indique le titre du spectacle : Nourrir l’humanité, c’est un métier. Et l’humanité dont il est question est bien présente sur le plateau.

On est sidéré par les chiffres qui nous sont livrés, les conditions de vie, la pénibilité du travail, les perspectives à court et long terme... Mais on est aussi bouleversé par les paroles, les attitudes, les petits gestes du duo qui réussissent à marier théâtre et documentaire de manière aussi touchante qu’efficace.

Les 7 et 8 février (18 et 20H15) à la Salle B16, Saint-Luc, www.festivaldeliege.be.

Osez la rencontre !