Le come-back des comics
En 2012, les ventes de comics ont progressé de 20 %. Le genre n’est plus réservé aux auteurs anglo-saxons. Des Français et des Brésiliens se risquent dans l’aventure avec brio : ça va faire mal !
Les comics seront-ils le nouvel Eldorado des éditeurs franco-belges de bande dessinée en 2013 ? Les deux géants du secteur, Media Participations et Delcourt, fourbissent leurs super-pouvoirs. Média a lancé Urban Comics, avec des titres comme Daytripper ou Fables, auréolés d’Eisner Awards, les plus hautes récompenses yankees du 9e Art. Delcourt présentait, de son côté, au Festival d’Angoulême, Comics Fabric : un nouveau label « made in France » dont Bad Ass est le premier super-vilain. Les scénarios tombent la cape du manichéisme. Nous avons rencontré les auteurs pour nous éclairer sur le sens de la vie dans les comics de demain.
Fábio Moon et Gabriel Bá, deux frères brésiliens ont griffonné ensemble Daytripper, un livre pour se rappeler qu’on ne vit qu’une fois et qu’il ne faut pas trop traîner à en profiter. En dix chapitres, les auteurs imaginent les dix vies que l’écrivain Brás de Oliva Domingos aurait pu avoir s’il était mort à 11, 21, 28, 32, 33, 38, 41, 47 ou 76 ans !
Comment il vécut ? Quels amours et quels amis il aurait partagés ? Moon et Bá nous disent tout de la philosophie cachée de ce comics.
Le titre de votre livre est aussi celui d’un tube des Beatles sur le sens de la vie. Ce n’est sans doute pas par hasard…
Fábio : La chanson donne au public le son et l’esprit du livre. Les Beatles parlent de faire un petit voyage dans sa propre vie et cela traduit parfaitement ce que nous avons voulu faire.
La chanson « Daytripper » contient aussi une allusion aux drogues. En lisant votre livre, on ne sait plus très bien où est la réalité : le personnage central, Brás, est-il mort ou vivant ? Aurait-il rêvé sous l’emprise des hallucinogènes ?
Gabriel : Il ne faut pas s’arrêter à une vision trop réaliste. L’important dans la mécanique du livre, c’est de réfléchir sur soi-même. Chacun aura sa perception de l’histoire. Il n’existe pas de lecture définitive ni de vérité. Les différents chapitres et les différentes circonstances dans lesquelles Brás décède sont autant de passerelles pour faire des connexions, des résonances avec nos propres existences.
Au bout de l’histoire, vous l’avez trouvé, le sens de la vie ?
Fábio : Oui, c’est de vivre les yeux ouverts, de ne jamais perdre de vue les personnes qu’on aime. Dans le monde moderne et urbain, la vitesse, le travail, la réussite sont devenus des obsessions qui font oublier les moments les plus importants de la vie. On s’en aperçoit souvent trop tard, quand tout s’éteint. La vie peut être meilleure si l’on en voit l’essentiel. Au bout du livre, Brás n’a pas de regrets. Sa dernière mort est la bonne parce qu’elle n’est pas importante. Il part réconcilié avec la vie.
Gabriel : On pleure trop souvent de tristesse et pas assez souvent de bonheur.
A propos de sentiments, « Daytripper » place l’amitié au-dessus de tout.
Gabriel : La famille et les amis sont les choses les plus importantes que l’on peut trouver avec leurs bons comme leurs pires côtés. Ce sont les sources des émotions humaines les plus fortes. Il faut tout faire pour ses amis et eux doivent tout faire pour nous. Evidemment ça peut mal tourner parfois comme dans certaines des histoires que l’on raconte…
Cet attachement à la famille, aux amis, c’est aussi la touche typiquement brésilienne du livre ?
Gabriel : Oui, tout est dans les relations humaines chez les Brésiliens et cela transparaît dans l’âme de notre travail.
Fábio : En même temps, ce sont des sentiments universels comme on a pu le constater en voyant le succès de notre livre aux Etats-Unis ou au Festival d’Angoulême. La réaction du public va au-delà de la curiosité. Il y a un vrai partage de notre imaginaire. Les lecteurs d’où qu’ils viennent ont des rêves en commun avec nous, une forme de spiritualité qui dépasse les frontières culturelles.
Comics, Daytripper, GABRIEL BÀ ET FÁBIOMOON, Urban Comics, 256 p., 22,50 euros








