Calquer ses dépenses sur ses recettes, ce n’est pas de l’austérité, c’est du bon sens
Dans une tribune aux accents apocalyptiques, un collectif de signataires a récemment appelé, dans ces colonnes, à assouplir la trajectoire budgétaire convenue avec la Commission Européenne et qui devrait nous ramener à l’équilibre en 2015. Cet article – qui expose des idées en faveur desquelles tant le Premier ministre socialiste que le cdH et Ecolo se sont prononcés – est un tissu de contrevérités.
Ce ne sont pas les politiques d’austérité qui, pour reprendre leurs termes, « cassent l’activité économique et engendrent chômage, baisse des salaires et misère » dans les divers pays européens. C’est, en réalité, le surendettement croissant des Etats durant plusieurs décennies d’insouciance budgétaire qui place désormais les gouvernants dans l’obligation de réduire les dépenses publiques afin d’espérer atteindre l’équilibre budgétaire à brève échéance. Cela a-t-il vraiment un sens de prédire à un ménage les pires catastrophes s’il s’entête à freiner ses dépenses alors qu’il est déjà surendetté et qu’il continue d’emprunter ? Ceux qui affirment que le budget d’un ménage n’est pas comparable à celui d’un État sont les mêmes qui, il n’y a pas si longtemps, affirmaient de manière condescendante qu’il est impossible qu’un État fasse faillite…
Par ailleurs, de quoi parle-t-on quand on dénonce les politiques d’austérité en Europe ? Quand on regarde de plus près les chiffres officiels de la Commission Européenne, on se rend compte de deux choses : d’une part, les dépenses publiques n’ont pas diminué. Elles se sont stabilisées (cas de la Grèce, de l’Espagne, de l’Italie ou de l’Angleterre) et, dans certains pays (comme en France), ces dépenses continuent même d’augmenter ! D’autre part, à l’échelon européen, pour un 1 € de diminution des dépenses publiques, on a augmenté les impôts de 9 € ! Sous le gouvernement actuel, la Belgique s’est, heureusement, montrée plus courageuse en matière de réduction des dépenses. Ce n’est pas l’austérité qui cause actuellement des ravages en Europe mais la pression fiscale démentielle qui lamine nos économies et étrangle la classe moyenne.
Pourquoi cette pression fiscale ? Par peur déplaire à l’électeur en réduisant les dépenses mais aussi pour financer les coûteuses politiques keynésiennes passées et présentes que les signataires de cet article défendent et veulent renforcer, politiques qui ont conduit à l’actuel surendettement européen dans l’espoir chimérique d’une relance par la consommation.
Les signataires qualifient tous les efforts de réduction des dépenses de « politiques mortifères ». Personne n’aime l’austérité. Mais aligner ses dépenses sur ses recettes, ce n’est pas de l’austérité, c’est du bon sens. C’est de l’optimalisation dont le but premier est la préservation et la protection de l’État-providence afin que ce dernier puisse continuer à assurer ses missions essentielles (sécurité, éducation de qualité, soins de santé performants, etc.). Seul l’État-providence permet de protéger les plus faibles. Défendre les plus faibles, c’est avant tout défendre la viabilité économique de l’État-providence. C’est grâce à la politique de rigueur que nous pouvons continuer à emprunter à des taux favorables. Contrairement à ce qu’on dit parfois, il y a encore de la marge : c’est un mensonge de prétendre que toute réduction de dépenses affecterait la population. 18 milliards ont été épargnés en un an sans que cela ne se soit traduit par un détricotage de système de sécurité sociale. Si, dans une optique de gestion saine et responsable, on rationalise et regroupe un grand nombre de structures existantes dans quantité de domaines (instruments économiques et financiers, formations, subventions, organismes de recherche d’emploi, sociétés de logement, fournisseurs de services, intercommunales, etc.), en quoi cela conduirait-il à la « misère » ? Ce discours alarmiste n’est pas crédible. Par contre, continuer à s’endetter allègrement, nous conduirait certainement au gouffre.
« Assouplir la trajectoire budgétaire ». Qu’en termes élégants, ces choses-là sont dites. C’est comme les accommodements « raisonnables ». Quel esprit pondéré et humaniste ne souscrirait pas à pareille invitation ? Il existe toute une rhétorique religieuse (l’« orthodoxie budgétaire », le « respect inconditionnel des sacro saints principes néolibéraux », le « dogmatisme de la rigueur ») visant à ridiculiser ceux qui appellent simplement non pas à diminuer l’endettement, non pas à diminuer l’accroissement de l’endettement mais tout simplement à freiner la vitesse de l’accroissement de l’endettement. Les Français sont généralement les plus imaginatifs pour fustiger ces principes « intangibles » d’équilibre budgétaire. Tellement « intangibles » que la France n’a pas voté un budget en équilibre depuis… 1975. La vice-première ministre a dit récemment qu’il n’y aurait pas « péril en la demeure si on a un déficit de 1,8 ou 1,9 % au lieu de 1,1 % en 2014 ». D’ailleurs, poursuit-elle, les autres pays européens sont au-delà de 3 % de déficit et nous pas. Question : pourquoi un élève en échec devrait-il cesser de faire des efforts sous prétexte que plusieurs autres élèves de sa classe font des résultats encore pire que lui ? Pourquoi renier nos engagements ? Croît-on aussi que l’actuelle exigence de maintenir le déficit en dessous de 3 % est une garantie absolue d’éviter le manquement des Etats ? Croit-on même qu’une règle – qu’elle soit en or ou en platine – qui effraye tant les signataires de cet article, est une garantie contre les débordements futurs ? Les Etats-Unis ont un « plafond » de la dette fédérale. Cela ne les a pas empêché de voter… 39 dérogations à ce plafond depuis 1980. Ne voit-on pas que ce qui importe avant tout, c’est un changement radical de nos habitudes dispendieuses et que le redressement budgétaire constitue un pas, timide mais réel, dans cette direction ? D’ailleurs, si, comme il faut le souhaiter, la croissance revient, le taux d’intérêt augmentera et le coût des emprunts annuels pour notre dette colossale s’envolera lui aussi : la plus petite hausse de ce coefficient aura un effet démultiplicateur monstrueux. C’est donc tout à la fois une nécessité économique et un impératif moral que d’arriver à l’équilibre budgétaire aussi rapidement que possible.
Autre contrevérité : en équilibrant leurs budgets, les Etats européens se condamnent à « l’austérité pour demain, après-demain et encore plus loin ». Quelques économistes (Krugman, Stiglitz, etc.), vénérés par la gauche et relayés abondamment et bruyamment dans les medias, affirment que l’austérité n’est pas ce qui convient actuellement. Si, par austérité, ils entendent le renforcement hallucinant de la pression fiscale punissant la classe moyenne, je suis d’accord avec eux. Par contre, ceux qui affirment que la réduction des dépenses conduit à une impasse ont tort. Une récente étude de l’Université Harvard démontre scientifiquement que, après une baisse substantielle des dépenses publiques, trois ans suffisent pour relancer la croissance et créer des richesses. Cette conclusion ne repose pas sur les opinions éditoriales de quelques gourous que la gauche aime à célébrer mais sur une très vaste collection de données empiriques dans 15 pays (dont la Belgique) ces vingt dernières années.
Quoi qu’il en soit, les signataires de cet appel à l’irresponsabilité budgétaire sont assez malvenus de parler de la situation économique future en Europe : ils appellent clairement à tirer des chèques en blanc sur les générations futures qui, si on les écoutait, subiraient, de plein fouet, des coupes budgétaires autrement plus douloureuses que les sacrifices actuels. D’ailleurs, n’est-ce pas en raisonnant de cette manière que leurs prédécesseurs idéologiques nous ont plongé dans la situation que nous connaissons aujourd’hui ?
1 Alberto Alesina, Carlo Favero and Francesco Giavazzi, The output effect of fiscal consolidations, August 2012, NBER Working Paper No. 18336. L’étude est téléchargeable gratuitement sur le site de l’Université Harvard : http://www.economics.harvard.edu/faculty/alesina/files/Output%2BEffect%2BFiscal%2BConsolidations_Aug%2B2012.pdf
Vos réactions
Voir toutes les réactions Débordements Ce Monsieur ne voit pas les débordements de ceux qui "roulent en jet privé", se promène dans des transatlantiques ( lesquels se rassemblent dans des lieux que ne fréquente pas le "vulgum pecus".) accumule du capital qui n'est pas pas réinvesti dans les entreprises mais dans la spéculation (sur les matières premières notamment). Investir son argent dans de l'argent ce n'est pas keynésien çà! Ce Docteur ès philo est un adepte de Hobbes, James,Hayek( et ceux du Mont Pélerin 1947) et quelques autres du même acabit. Disons-le haut et clair. Ce Monsieur est un ultra-libéral de ceux qui sévissent encore et plus que jamais et, de plus, légitime tous les abus dont les capitaliste se sont rendus coupables
Et voilà "pourquoi... votre fille est muette". Après nous avoir abreuvé de ses délires dans la "Libre Belgique", le sire de Salle sévit sur "Le Soir".(A l'époque j'ai été un de ses nombreux lecteurs qui se sont désabonnés pour cette raison !) A présent ce Monsieur a le front de prendre la défense de l'Etat -Providence tout en critiquant la "politique keynésienne". Il fut un temps pas lointain où il prétendait la croissance géométriquement (?) exponentielle et que le micro-crédit devait être réassuré (comme la spéculation des Hedgfunds sans doute !) Corentin voyait là un nouveau secteur de profit !Fonder sa pensée sur une étude américaine, fût-elle de Harvard me paraît plus hasardeux que les raisonnement keynésiens.
L'auteur de cet article est bien prétentieux. 1/Il part d'une affirmation qu'il ne démontre pas (ce serait la pression fiscale qui serait responsable de la crise) pour bâtir tout son raisonnement. 2/Il est inutile de citer moults économistes en renforts. On le sait, il y a de nombreux économistes de renom partisans tant d'une thèse que de l'autre ! 3/Il est malhonnête d'utiliser comme argument d'autorité "une étude scientifique d'Harvard démontre": les sciences économiques ne sont pas des sciences exactes et les conclusions dépendent du modèle utilisé. De multiples études sur cette matière, toutes valables et rigoureuses, présentent des conclusions radicalement différentes. 4/L'auteur présente les élément qui l'arrange relatifs à la genèse de la dette et occulte les autres. Avec de tels procédés on peut démontrer n'importe quoi !
Que ce philosophe... fasse appliquer sa théorie de génie économique... aux entreprises ! Tant qu'il y est, n'a-t-il pas aussi une théorie pour le chagement climatique...?








Oui, d'accord avec l'auteur sur ce point, le budget public - comme tout budget d'ailleurs - doit être géré comme celui d'un ménage. Et le budget privé (notre balance commerciale) aussi, puisque les deux sont liés ! Ainsi, il est tentant aujourd'hui d'importer des produits asiatiques ou des multinationales, toujours moins chers à cause de la consolidation (concentration) croissante, évitant l'inflation à nos dépens, tandis que notre part d'activité se contracte, comme en témoigne le chômage, la pauvreté.... Pour sortir de la crise, de l'ornière de la jungle déréglementée, il convient de reprendre la route de la convergence européenne, du développement endogène et durable, de faire respecter le droit à l'économie, de la liberté économique, le droit de choisir librement nos achats selon nos besoins réels (au lieu d'un "libre"-échange qui s'avère une obligation d'importer) afin de reconstruire notre cycle production/consommation.