De Palma : « J’ai beaucoup appris de Hitchcock »

Fabienne Bradfer

En signant avec « Passion » le remake du « Crime d’amour » d’Alain Corneau, Brian de Palma laisse aller sa fibre hitchcockienne et s’éclate dans ce thriller glacé. Entretien.

  • Photo D.R.
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Jeu de manipulations professionnelles et amoureuses entre femmes au cœur d’une multinationale. Dans un environnement volontairement stylisé et hypermoderne, les actrices s’abandonnent totalement à ce jeu de séduction, domination et servitude.

Quel fut votre défi avec ce remake du film d’Alain Corneau ?

Quand on s’attaque à une histoire déjà traitée auparavant, on tente toujours de l’améliorer, d’y apporter un ou des éléments différents. Dans le film de Corneau, les protagonistes féminines ont pas mal d’années d’écart. Dans mon film, elles ont pratiquement le même âge. Dans le Corneau, la tension sexuelle est latente, suggérée. Dans le mien, elle est bien plus exprimée. Enfin, chez Corneau, le meurtre est montré à mi-chemin. J’ai pensé que c’était une erreur. Plus on fait patienter le public, mieux c’est.

Vous adorez filmer des femmes. Un peu comme Hitchcock, votre père de cinéma ?

J’adore les filmer car on peut les rendre belles, les habiller, les magnifier, ce qui est nettement moins le cas chez les hommes, même habillé du plus beau costume qui soit. Ça rejoint la célèbre phrase qui dit que le cinéma, finalement, c’est une histoire d’hommes filmant des femmes. Je perpétue la tradition ! J’ai beaucoup appris de Hitchcock dans les années 70… Et puis, la femme est mystérieuse. On ne sait jamais ce qui se passe dans leur tête.

J’ai adoré vêtir mes deux actrices dans « Passion ». Le vêtement dit beaucoup sur la psychologie d’un personnage. L’une des héroïnes est plutôt immaculée, impeccablement sapée ; l’autre considère un vêtement comme un uniforme. Ça marque les caractères, ça permet d’immédiatement identifier les forces en présence.

Une autre de vos fascinations est l’Europe…

C’est vrai. J’ai tourné dans la plupart des grandes villes américaines, mais tourner en Europe apporte une couleur particulière car les villes le sont également. Chacune possède un ton, une chaleur qui ne se retrouve pas aux Etats-Unis où les villes se ressemblent.

J’entretiens de bons rapports avec Hollywood mais entre tourner six mois à Los Angeles ou aller six mois à Berlin ou Rome, le choix sera vite fait. J’ai fait assez de films à Hollywood. Depuis 1970 ! Je suis très content d’avoir filmé « Passion » à Berlin plutôt qu’à Londres, le premier choix. C’est d’ailleurs à Berlin que j’ai assisté pour la première fois à un festival de cinéma, en 1969. Ce fut comme un petit retour aux sources.

Mais mon prochain film, qui parle de pédophilie, se fera à New York, avec Al Pacino. Il y est un entraîneur qui chapeaute un type dans son équipe qui, durant des décennies, a abusé de jeunes garçons. Al Pacino est l’un des plus grands acteurs de sa génération. Il est fascinant et mystérieux. Comme De Niro. Imaginez que je connais ces deux types depuis 50 ans !

Osez la rencontre !