Le Varia répond à Olivier Coyette, nouveau directeur du Poche
Dans Le Soir du 7 février, Olivier Coyette, nouveau directeur du Poche, affirmait vouloir ouvrir son théâtre à d’autres artistes et institutions, évoquant sa propre expérience en contre exemple : « Travailler au Public et au Poche m’a fermé les portes du Varia et du National. » Interloquée, la directrice du Varia a demandé un droit de réponse. Voici cette réponse, dans son intégralité
La vérité si je mens ?
Premiers articles et interviews de presse pour Olivier Coyette, le nouveau directeur du Théâtre de Poche, et voilà déjà que ce dernier affirme, je cite, que : « avoir travaillé au Poche et au Public, lui a personnellement fermé la porte du Varia et du National ». C’est épinglé en rouge dans le journal et ça a été dit à la radio. Quelle idée saugrenue ! D’où lui vient-elle ? C’est complètement faux.
Si les portes des théâtres se fermaient aux artistes dont le métier consiste à être mobiles et à aller là où les projets les portent, les théâtres seraient bien rabougris sur eux-mêmes. Tout nouveau qu’il est à la tête du théâtre dans le bois, le nouveau directeur a dû bien légitimement rater quelques épisodes. Car ils sont nombreux, les artistes qui ont en commun d’avoir joué au Poche, au Public, au National ou dans tout autre théâtre d’ailleurs. On ne va pas lui rappeler les épisodes anciens, où c’est le Poche tout entier qui est venu au Varia alors qu’il était en rénovation – ça date un peu – mais avant d’affirmer à l’aveugle, il aurait suffi qu’il regarde seulement les distributions de la saison actuelle du Théâtre de Poche qu’il va diriger, et même de ses propres projets. Il se serait vite rendu compte de la libre circulation des artistes d’un théâtre à l’autre.
Le Théâtre Varia n’a jamais fermé personnellement la porte à des artistes, sous le prétexte qu’ils auraient travaillé là ou là. Il ne va pas fouiller dans leur cursus pour s’assurer de quoi que ce soit de leur passé, présent ou futur. Il ne demande pas d’exclusivité. Le Théâtre Varia pose des choix artistiques, comme tout théâtre, en fonction de sa sensibilité et dans la conscience de ses missions et de ses spécificités. Le nouveau directeur du Poche ne devra-t-il pas lui-même en poser dans l’exercice de sa nouvelle fonction et en regard de ses moyens, de son outil ? A qui dira-t-il oui, à qui dira-t-il non et pour quelles raisons ? On peut – à lire ses propos – légitimement se le demander.
Qu’il ressente les choses ainsi en tant qu’artiste, on peut le comprendre. Même si les obstacles rencontrés peuvent être l’indication de ses propres erreurs, la tendance à incliner du côté du fantasme et à pencher vers la facilité pour expliquer ce qui apparaît comme étant de « l’adversité », reste grande.
Le refus d’un projet, quel qu’il soit, peut être ressenti comme une forme d’exclusion et de rejet de celui qui le soumet. Le Théâtre Varia, il est vrai, ne l’a jamais accueilli, peu sensible aux propositions artistiques qu’il lui a faites et il n’est forcément pas le seul à qui c’est arrivé. Encore faut-il pouvoir accepter et dépasser le refus. Ce n’est pas facile. On peut le concéder. Mais Varia ou pas Varia, un refus n’a jamais été un empêchement. Olivier Coyette n’a-t-il pas mené à bien ses projets et son chemin, ce qui lui vaut, on peut le supposer, cette nomination à la direction du Poche qui devrait pleinement le satisfaire ?
De là à affirmer publiquement et sans regarder de plus près la réalité, que le fait d’avoir travaillé là ou là, lui aurait fermé des portes en tant qu’artiste, il y a un pas. Il pourrait bien le devoir à ses projets, à lui-même et à ses manières, quels que soient les théâtres où il est passé et la couleur de leurs murs.
De là à se demander, venant de la part de quelqu’un qui voudrait, dans l’exercice de sa nouvelle fonction, décloisonner et « collaborer avec d’autres théâtres », si c’est là le bon signal à donner et s’il n’est pas à craindre, à l’inverse, qu’avec de tels jugements en tête et une analyse aussi peu fondée, ce ne soit pas « les artistes du Varia » ou qui seraient supposés tels, qui deviendraient des « persona non grata » du Poche et plus personnellement de son nouveau directeur, si ce dernier entend occuper sa fonction dans un état d’esprit qui ressemble à un esprit de revanche sur un passé apparemment mal digéré…
Pour le Théâtre Varia,
Sylvie Somen,
Codirectrice.








