Chaliwaté et son ode à la soif de vivre

Catherine Makereel
Mis en ligne

Avec « Îlo » et « Josephina », la compagnie Chaliwaté est un must de théâtre physique.

  • <p>Un spectacle ludique et sensuel ! La preuve : leur agenda est plein jusqu’en 2015 ! © D.R.</p>

    Un spectacle ludique et sensuel ! La preuve : leur agenda est plein jusqu’en 2015 ! © D.R.

Personne ne les attendait mais tout le monde les a vus. En 2012, Chaliwaté était la compagnie jeune public qui comptabilisait le plus de dates de représentations. Et ce n’est pas fini ! Avec Îlo, duo acrobatique sur la question du manque d’eau dans certaines régions du monde, Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux accomplissent une tournée plus vaste que l’océan Atlantique. Océan qu’ils ont d’ailleurs survolé pour jouer aussi bien au Canada qu’en Argentine ou en Bolivie. Spectacle sans parole, Îlo est un bijou de théâtre physique dans lequel nos deux danseurs jouent les plantes assoiffées. Deux tiges souples qui tantôt rivalisent, tantôt se solidarisent, pour dénicher les dernières gouttes d’or bleu.

Entre danse, cirque et théâtre, la pièce a fait un carton aux Rencontres de Huy et aux Doms du Festival d’Avignon, et voit depuis son carnet d’adresses se remplir en pagaille.

Un agenda d’autant plus compliqué qu’une autre de leurs créations est en train de faire un tabac : Josephina. En une heure de corps à corps furieux, d’oignons crus balancés à la figure, d’empoignades chaloupées et de meurtres passionnels, les deux comédiens nous donnent cette fois envie de croquer l’amour à pleines dents, avec les incisives plutôt que les dents de lait. On découvre un jeune homme éminçant méthodiquement une pile d’oignons. Soudain, une main apparaît pour lui essuyer délicatement une larme. Une paire de jambes féminines se matérialise sous sa chaise pour dédoubler ses mouvements. Et c’est parti pour une danse au millimètre où chaque geste raconte une histoire : un nombril devient le verrou d’une porte, et l’œil son judas. Le corps de la jeune femme s’enroule autour de l’homme comme un manteau et se glisse sur ses pieds en guise de chaussures. Sur des airs de tango ou dans des ambiances plus almodovariennes, ils sont deux amants muets mais dont les pas et les portés hurlent la poétique intimité. Sur les grésillements d’un gramophone, sous les effluves de basilic fraîchement coupé, on boit leurs ébats des yeux. De leurs mains nues naissent des roseaux dans le vent. De leurs acrobaties émerge une barque errant sur les flots.

A voir la complicité – et la sensualité – de ces deux-là, on devine que Josephina, hommage aux élans houleux du couple, s’inspire de leur propre histoire amoureuse. « On a été en couple pendant huit ans mais maintenant, nous ne sommes plus ensemble, sourit Sandrine Heyraud. Heureusement, cette rupture ne pose aucun problème et ça se passe toujours très bien. » Elle, Belge, et lui, Français, se sont rencontrés à Paris, à l’Ecole Marcel Marceau. Nourris par le mime, le travail du corps, l’envie de créer des univers fragiles, drôles et poétiques, ils sillonneront le monde au fil de stages divers. Pour chaque spectacle, tout part du corps, d’un travail d’improvisation pour tisser des tableaux avec ce corps-outil. C’est ainsi qu’ils travaillent à une troisième création, Jetlag, qui verra le circassien Loïc Faure (actuellement à l’affiche de Sinué de Feria Musica) les rejoindre sur le plateau. Sur le thème du décalage horaire, l’équipe abordera des thèmes comme la solitude. « Le cadre de l’aéroport, ça nous parle, avec ses départs, ses arrivées, cet entre-deux qui grouille de gens. » Qu’ils jouent pour le tout public ou le jeune public, la même ludique inventivité irrigue leurs créations. Qu’ils soient avec ou sans parole,

c’est une même soif de vivre que distillent les spectacles de Chaliwaté.

Josephina les 14 et 15 février à la Balsamine, Bruxelles. Du 20 février au 30 mars au Théâtre des Martyrs, Bruxelles. www.chaliwate.com. Ilo en tournée dans toute la Belgique. www.chaliwate.com.

Osez la rencontre !