L’énigme Didier Reynders
Mais quel est donc votre plus grand souci pour 2014, hormis la N-VA ? Didier Reynders. La réponse fuse chez certains hommes politiques flamands comme francophones.
Reynders ? L’ex-président du MR, le ministre des Affaires étrangères, récemment « monté » à Bruxelles – Uccle plus précisément –, n’a pourtant presque jamais été plus charmant, détendu, guilleret. On le sent à l’aise dans ses nouvelles fonctions étrangères et ravi d’avoir créé la panique dans le camp francophone bruxellois, en mettant l’avenir de Bruxelles au cœur de sa bataille électorale de 2014 et de son dispositif tactique pour l’avenir de la Belgique. Même le cynisme cassant des dernières années a disparu. Alors, pourquoi donc serait-il un souci ?
C’est que ce calme et ce bonheur apparents de notre très brillant homme politique à la mèche argentée, fait presque plus froid dans le dos à ses opposants ou partenaires de jeu, que sa rigidité. Mais que mijote-t-il ? Car « la » question qui hante nos interlocuteurs : quelles sont ses intentions avec la N-VA ? Et que va-t-il conclure avec ce parti en 2014 ? Une question assortie d’un encore plus inquiet et soupçonneux : « aurait-il déjà conclu quelque chose ? » Et quoi ? S’il fait alliance avec la N-VA alors, cela va être vraiment foutu… », poursuivent certains de nos interlocuteurs (non N-VA cela va sans le dire).
S’il est question surtout de Didier Reynders, c’est parce que pour beaucoup, l’homme est incontrôlable. L’inquiétude rampante vient de l’idée que Reynders suit ses propres voies, ses propres intérêts et que la parole de son président de parti, Charles Michel ou de tout autre dans le parti, ne vaut que pour eux, ne pouvant jamais répondre et garantir le comportement de leur plus belle parure.
Plusieurs indices viennent donner aux observateurs non N-VA, la conviction que Reynders en particulier mais le MR dans son ensemble, est le meilleur partenaire de jeu possible pour faire affaire en 2014 avec la N-VA, si elle était largement victorieuse. Les deux partis ont en effet un ennemi en commun : les socialistes. Reynders n’a-t-il pas à une époque maintes fois répété que mettre les socialistes dans l’opposition – il pensait évidemment surtout aux francophones d’Elio Di Rupo –, reviendrait en soi à faire une réforme de l’État ?
De tous les partis du sud du pays, c’est le MR qui, de l’avis de leurs petits camarades politiques, est le plus ambigu, ou en tout cas le plus soft, vis-à-vis du parti nationaliste de Bart De Wever. Même s’il faut reconnaître que ces dernières semaines, tous, toutes couleurs politiques confondues au sud du pays – se font discrets et quasi muets sur les derniers rebondissements flamands liés à « BDW », l’homme et le parti dont il ne faut plus prononcer le nom. On ne les a pas entendus sur les 250 euros de frais administratifs pour les étrangers d’Anvers, les T shirts holebis au guichet communal etc. Même Jean-Pascal Labille, le nouveau ministre PS des entreprises publiques, a adopté le mantra francophone du moment : Qui suis-je pour donner mon avis sur la N-VA ?
Et le MR ? Alors que Charles Michel décrit le PS et la N-VA comme les meilleurs ennemis l’un pour l’autre, Laurette Onkelinx, nouvelle tête de file bruxelloise du parti socialiste francophone, ne dit évidemment pas au hasard – son duel sur Bruxelles contre le MR va être sanglant – qu’il n’y a pas de complaisance à avoir vis à vis de la N-VA, pointant ainsi le comportement supposé pour elle, des libéraux : En 2010 déjà – lors du blocage Nord Sud –, le MR était la formation qui était d’accord pour repartir d’une feuille blanche – comme la N-VA – pour la réforme de l’État. Ce qui aurait donné le confédéralisme. »
Et Didier Reynders dans tout cela ? Il reste zen, parcourant le monde, se réjouissant d’avoir mis le feu à l’enjeu bruxellois, qui, sans son plongeon dans la capitale, aurait été plus étouffé ou étriqué – il a sur ce point raison. Il défend aussi l’idée d’une autre voie que la confrontation, si jamais la N-Va faisait un score canon en 2014, sans plus de précisionsise, se faisant fort d’être cet interlocuteur, défenseur des francophones, dit-il, mais efficace avec le nord du pays, quel que soit le résultat des élections.
Une certitude déjà : la bataille pour 2014 a déjà commencé.









Reynders a déjà prouvé qu'il était prêt à vendre père, mère, dexia, fortis, ... pour assurer sa carrière politique. Alors pourquoi pas se vendre à l'extrême droite nationaliste flamande?