Peggy Thomas réveille le Théâtre de la Vie

Catherine Makereel
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Peggy Thomas, nouvelle directrice du Théâtre de la Vie, met en scène «L’Eveil du Printemps » au Théâtre de Namur et au Rideau.

  • Nouvelle directrice artistique du Théâtre de la Vie, Peggy Thomas crée aujourd’hui « L’Eveil du Printemps », de Frank Wedekind, à Namur et au Rideau de Bruxelles. © Mathieu Golinvaux/Le Soir.
    Nouvelle directrice artistique du Théâtre de la Vie, Peggy Thomas crée aujourd’hui « L’Eveil du Printemps », de Frank Wedekind, à Namur et au Rideau de Bruxelles. © Mathieu Golinvaux/Le Soir.

entretien

En décembre dernier, le conseil d’administration du Théâtre de la Vie créait la surprise en nommant Peggy Thomas à la direction artistique de ce lieu intime, orphelin depuis plus d’un an de son fondateur charismatique, Herbert Rolland. Si elle n’est pas inconnue sur nos scènes – on se souvient de ses mises en scène de Bobby Fischer vit à Pasadena de Lars Norén et de Babel ou Le Ballet des Incompatibles – cette artiste de 34 ans doit encore s’imposer dans le milieu. C’est donc avec une attention accrue que l’on aborde sa nouvelle création : L’Eveil du Printemps de Frank Wedekind au Théâtre de Namur et au Rideau. Peggy Thomas lève un coin du voile sur ces éveils qui pavent aujourd’hui son chemin.

Qu’est-ce qui a fait la différence dans votre candidature pour le Théâtre de la Vie ?

Il y avait des candidats plus chevronnés que moi mais je crois que j’ai été engagée sur ma volonté d’apporter un nouveau dynamisme créatif au lieu. J’ai axé mon projet, non pas sur la jeune création, mais sur la création de jeunes adultes. En Fédération Wallonie-Bruxelles, on soutient l’émergence mais ensuite il y a un vide pour aider ces jeunes à atteindre la maturité. J’ai rédigé ma candidature au moment où Conseil Dead (ndlr : mouvement de lutte contre les réductions budgétaires dans l’aide à la création) s’est déclaré : ça me paraissait évident d’aider les jeunes acteurs à vivre de leur métier, qu’ils puissent exister, avoir une visibilité, un lieu pour travailler. Dans ce projet, je me suis associée à une dizaine d’artistes, essentiellement de ma génération : Antoine Laubin, Soufian El Boubsi, Janie Follet, Thibaut Nève, Jérôme Nayer. Il y aura aussi des artistes comme Frédéric Dussenne qui ouvrira la prochaine saison, en septembre, avec Ruy Blas, ou encore Karine Ponties, dont nous accueillerons les deux prochaines créations.

Le cap, c’est donc la création ?

Oui, même si le Théâtre de la Vie n’a pas un budget énorme : 337.000 euros annuels de la FWB. Il faudra se partager entre créations et reprises, comme Les Barbares de Soufian El Boubsi, Terrain Vague de Thibaut Nève ou Ante de Jérôme Nayer. Le Théâtre de la Vie est un lieu très chaleureux, avec une formidable acoustique et un plateau qui permet de faire des spectacles intimistes. J’ai notamment pensé la programmation en fonction de ce rapport scène-salle particulier.

Votre autre projet, c’est « L’Eveil du Printemps », une pièce sur un groupe d’adolescents confrontés aux métamorphoses de leur corps et aux tabous de la société. En quoi cette pièce est-elle d’actualité aujourd’hui, alors que les ados sont plus éveillés en matière de sexualité ?

La pièce de Wedekind se penche sur des adolescents mais parle du déroulement de toute l’existence. La réussite sociale, le suicide, l’avortement, l’homosexualité sont des thèmes qui ne concernent pas que l’adolescence. Il n’y a pas d’âge pour lutter contre les tabous. Avec les acteurs, qui ont la trentaine pour la plupart, on a décalé ces questions : comment les aborde-t-on, en 2013, avec notre âge ? C’est quasiment la même distribution que pour Babel, que nous avons créé il y a trois ans, sur des questions jumelles : le rapport au collectif, l’envie de ne pas chercher à prétendre qu’on est un personnage mais donner l’œuvre au spectateur pour qu’il se fasse sa propre idée.

Et la suite ?

J’aimerais faire d’autres projets dans d’autres lieux. Je ne vais pas faire toutes mes créations au Théâtre de la Vie, ce ne serait pas juste. C’est un lieu que je veux partager. Je ne veux pas m’enfermer. C’est toujours bien d’aller travailler ailleurs, voyager dans les styles, rencontrer de nouvelles personnes.

Jusqu’au 23 février au Théâtre royal de Namur. Tél. 081 22 60 26. Du 26 février au 9 mars au Rideau de Bruxelles.

Tél. 02 737 16 01.

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