Les plus beaux manuscrits médiévaux
Les merveilles de la collection des imprimeurs anversois Plantin et Moretus : un monde fascinant où la matérialité du livre exulte.
L’atmosphère est intime et concentrée. Sous un voile lumineux tamisé qui protège les plus beaux manuscrits de la collection d’imprimeurs anversois Plantin-Moretus, les plus jeunes sont attirés par de magnifiques enluminures : une licorne, un bouc, des feuillages en forme de dragon, des scènes de bataille, une galerie fantasmagorique et chamarrée répondent à la magie des manuscrits. Pour d’autres, le mystère réside dans cette alchimie parfois impénétrable entre la structure du texte, – son message religieux, scientifique ou humaniste –, et l’enluminure. Réunissant une quarantaine de volumes, l’exposition Magnifique Moyen-Age est une réussite.
« Il y a une réelle tradition du manuscrit enluminé en Belgique. Cela explique la passion et l’attention des visiteurs, précise Lieve Watteeuw qui a travaillé sur le projet de restauration de la Bible d’Anjou, commissaire de l’exposition et spécialiste des manuscrits au Centre d’étude de l’art médiéval (KU Leuven). Le public veut entrer dans ce monde secret de l’écriture à la main, le formidable travail des enlumineurs, connaître leurs pigments, les liants. Le manuscrit témoigne de techniques anciennes à une époque où la peinture était peu présente. Ce n’est qu’au XVe siècle que les Primitifs flamands ont réalisé de grands formats sur panneau de bois. Or, à Anvers, nous présentons des manuscrits rares des XIIe et XIIIe siècles ! »
Au Moyen-Age, la magnificence est de mise pour honorer Dieu et assurer aux rois et aux nobles un style de vie conforme à leur rang. La lettrine structure le texte. « Les moines cisterciens lui donnent un aspect très géométrique car leur règle imposait la sobriété, donc l’absence d’or. Aux XIIIe et XIVe, ce sont les couleurs rouge, bleu et parfois jaune qui dominent, reprend Lieve Watteeuw. Ensuite, on entre dans la grande décoration mais toujours la couleur et l’ornementation servent de marqueurs pour les différentes parties du livre. »
chefs-d’œuvre exquis
La publication d’une nouvelle étude scientifique constitue l’occasion de faire découvrir au public les manuscrits les plus importants et les plus éblouissants de la collection constituée dès le XVIe siècle par l’imprimeur Christophe Plantin. Il collectionne les manuscrits anciens sur parchemin. Au milieu du XVIIe siècle, la collection s’enrichit de manuscrits enluminés de miniatures provenant des quatre coins de l’Europe, dont quelques merveilleuses bibles enluminées parisiennes, de missels et de livres d’heures. Balthasar II Moretus fait de la collection un trésor bibliophilique. La dernière génération de Moretus poursuit l’enrichissement de la collection. Fin XVIIIe siècle, les manuscrits enluminés sont considérés comme des chefs-d’œuvre exquis d’un passé médiéval exotique.
La Bible de Wenceslas en deux parties, originaire de Bohème, les Chroniques de Froissart, et quelques très beaux Livres d’Heures des Pays-Bas septentrionaux et méridionaux sont exposés parmi les joyeux de cette collection dont Lieve Watteeuw vient de remettre à jour les plus beaux exemplaires : « Réalisé par un archiviste, le dernier catalogue de la collection Plantin-Moretus datait de 1927. Pendant deux ans, avec un historien d’art, nous avons appliqué les nouvelles méthodes scientifiques, réévaluant la datation et les attributions de 102 manuscrits enluminés sur une collection qui en comprend 600. »
Musée Plantin-Moretus, 22 Vrijdagmarkt, Anvers, jusqu’au 5 mai. Catalogue, 50 euros. www.museumplantinmoretus.be.







