De la toile de parachute à la case de bande dessinée

Daniel Couvreur
Mis en ligne

Rencontre minimaliste entre la délicatesse du trait de François Avril et l’abstraction des couleurs de Claude Viallat.

  • Dans ces « Roches noires », François Avril joue des volumes avec raffinement, pendant que Claude Viallat jongle ci-dessous avec les formes de couleurs organiques. © François avril.
    Dans ces « Roches noires », François Avril joue des volumes avec raffinement, pendant que Claude Viallat jongle ci-dessous avec les formes de couleurs organiques. © François avril.

Claude Viallat barbouille les bâches, les toiles de tente ou de parachute et les tissus anciens à l’acrylique. François Avril met en scène l’élégance des mégapoles et la poésie des paysages de son trait de pinceau minimaliste. Leurs deux univers se mixent dans un accrochage inédit à la Galerie Petits Papiers, caverne d’Ali Baba du métissage entre l’illustration, la bande dessinée et l’art contemporain. Claude Viallat a toujours été en révolte contre les diktats du format. François Avril s’est évadé depuis longtemps des cases. Ces deux-là étaient taillés pour se rencontrer dans l’épure, par-delà les formes, les couleurs, les matières.

François Avril est lui-même impressionné par la rapidité de l’évolution du marché de l’art dans la reconnaissance des auteurs de bande dessinée comme artistes à part entière. « Il y a quatre ans, la Brafa, la Foire aux antiquaires de Bruxelles, exposait pour la première fois des artistes de BD et, en janvier 2013, le stand de la galerie Petits Papiers était le plus important de la Foire. Cela montre que le 9e Art arrive à maturité. C’est une excellente nouvelle ! La bande dessinée peut désormais côtoyer l’art contemporain sans chercher nécessairement la confrontation ni le choc esthétique. Elle peut sortir de la planche et des bulles. »

L’effarement

de la toile blanche

Aujourd’hui, François Avril réalise des grandes toiles et des dessins originaux sans rapport immédiat avec la bande dessinée. « J’explore des surfaces qui peuvent dépasser les trois mètres. Je fais des diptyques, des triptyques, dont chaque élément peut être vu indépendamment l’un de l’autre. Je travaille à Bruxelles dans un atelier situé en face de la légendaire librairie de BD du Fantôme espagnol, où j’ai 4,50 mètres de plafond et beaucoup plus de place qu’à Paris. Ça m’a donné une énergie nouvelle. J’ai aussi arrêté tous les autres boulots pour les magazines ou la publicité afin de me plonger entièrement dans la peinture. Je travaille debout, avec une blouse et des pots de peinture partout. La toile, c’est un investissement total. On ne peut pas faire de la peinture entre deux chaises. »

L’auteur français, célèbre pour ses albums du Voleur de ballerines et des Soirs de Paris, n’a pas la même vision selon que son crayon attaque une page blanche ou que son pinceau défie la toile vierge. « Je crois que la différence tient dans l’espace où l’on peut s’exprimer et dans le fait de créer debout. Dans la peinture, le corps participe à l’œuvre contrairement à la bande dessinée. C’est un art plus physique. Au départ, je me suis aussi posé la question de savoir si mon trait allait supporter l’agrandissement, si mon style garderait sa force et sa tension. Une grande toile toute blanche, c’est effrayant ! En bande dessinée, l’artiste a le nez sur la feuille ou sur l’écran. Il n’a pas de recul. La peinture laisse aussi une liberté totale dans le choix du format. Je vais chez le marchand de toiles et en fonction de ce que j’ai acheté, les œuvres seront plutôt allongées, carrées… je serai contraint de jouer différemment des liens entre l’espace et la profondeur. » « L’objet de la peinture, c’est la peinture elle-même, affirme pour sa part Claude Viallat. La peinture est un fait en soi et c’est sur son terrain que l’on doit poser les problèmes. »

Claude Viallat et François Avril, Galerie Petits Papiers, 8A rue de Bodenbroeck, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 24 février, du mercredi au dimanche, de 11 à 18 h 30,

www.petitspapiers.be

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