Les trésors de Giancarlo Baroni
Le 29 janvier dernier, Sotheby’s inaugurait à New York sa semaine de ventes consacrées à l’art ancien avec la mise aux enchères de la collection d’un marchand italien, Giancarlo Baroni. Comprenant aussi bien des œuvres de la Renaissance que du XIXe siècle, cette vente était avant tout le reflet du goût de son propriétaire, un fils de fermiers né près de Florence en 1926 dont la vie s’apparente à un roman. Ayant arrêté ses études après l’école primaire, Giancarlo Baroni vécut de petits boulots pour soutenir sa famille avant de travailler pour Fratelli Alinari, la mythique et plus ancienne firme photographique au monde. Par la suite, Baroni travailla pour la galerie Bellini, propriété de l’un des marchands florentins les plus influents de son époque. Il épousa ensuite la fille d’un autre marchand d’art, Paul Tulino. Sa carrière était désormais lancée…
Art impressionniste
et splendeurs du XIXe siècle
Organisée en deux jours, cette vente mixte d’art ancien et moderne a réalisé un excellent résultat puisque son chiffre d’affaires a atteint les 13.589.634 dollars, soit bien plus que ce qui était prévu par Sotheby’s (entre 8,4 et 12,1 millions de dollars). La première session, où figuraient les plus belles œuvres de la collection, a rapporté à elle seule 11,6 millions de dollars, avec plus de 84 % des lots vendus et quelques beaux résultats à la clef. En effet, en toute fin de soirée, le dernier lot proposé à la vente, un pastel sur toile de la peintre française Eva Gonzalès, intitulé La demoiselle d’honneur, a créé la surprise : alors que ce joli portrait d’une demoiselle d’honneur en habit rose était estimé entre 400.000 et 600.000 dollars, celui-ci s’est finalement négocié près de quatre fois son estimation haute, pour 2.546.500 dollars ! Réalisée en 1879, soit quelques années avant la mort de l’artiste (décédée en 1883 à l’âge de 34 ans), celle-ci fut sélectionnée en 1885 pour figurer dans la grande rétrospective qui lui était consacrée aux Salons de la vie moderne à Paris.
Un peu plus tôt dans la soirée, c’est une autre œuvre de la même époque, Giovanni Boldini, qui avait tenu la salle en haleine au cours d’une bataille d’enchères téléphoniques menée entre deux enchérisseurs, l’un comme l’autre bien déterminé à acquérir ce Portrait d’une dame en jaune avec son chien. Le gagnant de ce duel aura finalement dépensé quelque 866.500 dollars pour cette huile sur toile dont la valeur était pourtant préalablement estimée entre 200.000 et 300.000 dollars. Outre des qualités esthétiques évidentes, l’identité même du modèle de Boldini a sans doute dû peser dans la balance, puisqu’il s’agirait de la Marchesa Luisa Casati, cette aristocrate romaine qui fut la muse de nombreux artistes de l’époque, comme Kees van Dongen ou encore Jacob Epstein. L’on retiendra également le beau résultat atteint par une œuvre sur papier de Degas, intitulée Le repos de la Danseuse et datée des environs de 1879. Estimée entre 150.000 et 200.00 dollars, celle-ci a été adjugée 314.500 dollars, ce qui lui permet d’ailleurs d’occuper la dixième position des meilleures enchères de cette vente.
Art ancien
Les œuvres d’art ancien ne sont pas demeurées en reste et ont également connu des surprises, notamment dès le premier lot, une Madone et enfant sur un muret de l’atelier d’Andrea del Verrochio, pour laquelle on a offert près de huit fois son estimation haute (120.000 dollars). Cette peinture a tempera sur panneau à la provenance intéressante (elle fit partie des collections des comtes Lochis de Bergame) s’est en effet vendue pour 842.500 dollars, un prix plus qu’inattendu pour son propriétaire ! Une frénésie d’enchères qu’aurait probablement aimé aussi connaître le propriétaire d’une mise au tombeau du Christ peinte par El Greco, dont on attendait entre 1 et 1,5 million de dollars et qui s’est finalement péniblement vendue sous la barre du million, à 902.500 dollars… Dans la vente du jour, constituée en grande partie d’œuvres antérieures au XIXe siècle, un autre record a été établi pour une œuvre sur papier de Gian Paolo Panini. Cette vue du Palais Farnèse depuis l’arrière de la statue d’Hercule, réalisée aux alentours de 1730 et estimée entre 100.000 et 150.000 dollars, a en effet plus que triplé son estimation haute pour atteindre la somme de 362.500 dollars.


