L’« archéologie recomposée » des frères Campana
Ils sont brésiliens, l’un est architecte de formation, l’autre, avocat. Ensemble ils créent depuis trente ans un design interpellant, à mi-chemin entre l’Arte Povera et la production industrielle.
Retour à la Brafa où les témoins des Arts premiers côtoyaient les créations des plus talentueux des orfèvres européens et où les toiles des maîtres anciens répondaient au mobilier des artistes du siècle passé. Ou d’aujourd’hui quand, de leur 88 Gallery, Erik Müllendorff et Philippe Rapin présentaient un choix de pièces de la « Collection Brazilian Baroque » d’Humberto et Fernando Campana. Soit, des tables, des luminaires, des chandeliers et des sofas, « une ligne de luxe utilisant des matières nobles comme le bronze, le laiton et le marbre statuaire de Carrare avec pour résultat des assemblages d’éléments précieux produits dans des ateliers romains », précisaient les antiquaires lors d’une exposition organisée cet automne dans leur nouvelle galerie parisienne du Quai Voltaire.
Rome et le BrEsil,
le BrEsil et Rome
De cette « Collection Brazilian Baroque », les deux frères disent que « ce projet était un cadeau, tout s’est passé spontanément : Rome est un peu comme nous et nous a aidés à recentrer la culture figurative de nos origines, composée à la fois d’images et d’influences de la culture quotidienne ». Et de poursuivre qu’« un élément important présent dans cette collection est le concept d’archéologie reconstruite : nous avons pris quelques détails de la ville, son extravagance architecturale et esthétique pour donner un compte rendu de ses différentes époques historiques puis on a réarrangé leur création par un collage plus personnel, une superposition d’éléments remontée dans une nouvelle interprétation, sans préjugés de formes ».
S’ensuit une table « Basoli », dont le plateau au contour irrégulier, plaque de marbre de Carrare aussi fine qu’une feuille de papier, évoque le basalte des anciennes routes romaines. Des bases de candélabre en bronze doré dont la torsion vers le haut semble vouloir imiter la Fontaine des Quatre Fleuves de la Piazza Navona. Ou encore des lampes dont le nom est significativement emprunté à la ville baroque brésilienne « Ouro Preto » et un candélabre qui porte le nom du sculpteur du XVIIIe siècle « Aleijadinho »…
Un design tiré de la rue
Artistes particuliers, Fernando (1961) et Humberto (1953) Campana ont pour matériaux de prédilection des objets de récupération, pour principale source d’inspiration le Brésil, avec la diversité de ses influences, la mixité sociale et comme fil conducteur l’économie de moyens et l’artisanat. Ainsi, les premières créations d’Humberto (« Sans titre », 1977) consistaient en cadres de miroirs réalisés en bois et coquillages et en paniers de bambou aux formes et techniques volontairement imparfaites et imprécises.
Caractéristiques du travail qu’ils mènent dans leur atelier de São Paulo : une affection particulière pour le bambou, la récupération de bouts de bois, de ferraille ou de plastique, des pièces de tissus ou d’éléments insolites et le détournement de leur usage initial (comme ces brassées d’ours en peluche devenus confortables fauteuils…). Quitte à transgresser les normes esthétiques en les agençant selon des procédés artisanaux comme selon des techniques de pointe ! Selon eux, « la fonctionnalité d’un objet ou d’un meuble découle de la forme qui, elle, est dictée par les matériaux ».
Elus designers de l’année en 2012 au Salon Maison & Objets à Paris, ils sont édités tant par leur propre studio (Estudio Campana) que par Edra, Alessi, Lacoste ou Habitat Brésil… Signalons aux amateurs d’art et de détente que les deux frères ont aménagé le Café de l’Horloge du Musée d’Orsay, tout récemment rénové. Invitation à se poser dans la chaise Campana dont les formes organiques évoquent des feuilles de nénuphar.
88 Gallery, 4 Leopoldstraat, 2000 Anvers. Tel : 03/231 33 81.
Site : www.88-gallery.com.
La galerie est ouverte du jeudi au samedi de 11 à 18 h et sur rendez-vous.
Exposition « Les frères Campana, Barroco Rococo », jusqu’au 24 février, dans la galerie d’actualité du Musée des Arts décoratifs, 107 rue de Rivoli, 75001 Paris.








