Non, les « fous » n’ont pas à rendre des comptes

Denis Bosquet, Avocat au barreau de bruxelles
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L’éditorial de Mr Metdepeningen dans le Soir de ce 19 février sur la nécessité de voir les « fous » rendre des comptes en comparaissant en justice a ceci de choquant...

L’éditorial de Mr Metdepeningen dans le Soir de ce 19 février sur la nécessité de voir les « fous » rendre des comptes en comparaissant en justice a ceci de choquant, qu’au-delà des considérations et amalgames douteux qu’il contient ( notamment l’ allusion à un internement de M.Dutroux , au procès Lhermitte ou encore à l’affaire Derochette), méconnait un des principes fondamentaux dont toute démocratie s’enorgueilli de respecter qui est que pour pouvoir être jugé et puni l’auteur d’une infraction doit avant tout être responsable de ses actes.

Un procès ne peut être légitime et n’avoir de sens que dans la mesure où l’auteur matériel de l’infraction (de quelque nature qu’elle soit) qui en est le centre aura agi « volontairement » et «consciemment », ces deux adverbes se complétant et constituant ce qu’on appelle l’élément moral de l’infraction. Il ne devrait pas être rappelé que quiconque agit ni volontairement ni consciemment n’aura pas à répondre de ses actes sauf l’hypothèse où il serait à l’origine de ce double manquement (ivresse, consommation de stupéfiants etc…).

Une des vertus de la justice réside précisément dans son rôle « pédagogique » : dire et expliquer aux auteurs d’actes que la loi réprime, les raisons de cette répression, le sens de la réponse proposée, et la nécessité de remplir cette réponse d’un contenu dont les contours ne sont pas simplement symboliques (enfermement, amende, déchéances…).

La justice pensons nous, perdrait tout son sens à vouloir expliquer sa raison d’être à des gens qui ne la comprendraient pas, non pas qu’ils se rendent volontairement sourds à ce type de discours, car il en existe, mais tout simplement parce que leur surdité ne saurait leur être imputable.

Pour répondre à la question de l’éditorialiste ainsi libellée : « Car à quoi sert la justice si ce n’est à rendre aux victimes et à la société les explications auxquelles elles ont droit ? », j’en formulerais pour ma part une autre : « à quoi servirait la justice si précisément en raison de l’état mental de celui qu’elle juge tout début d’explication est définitivement rendu impossible ? ».

Sans doute alors servirait elle à rendre plus béantes encore les blessures des victimes, celles-ci ne recevant jamais de réponse à leurs légitimes questionnements tant elles seraient confrontées au mur lisse et impénétrable du monde de la maladie mentale grave.

Que gagneront les parents d’un enfant assassiné des « explications » et « justifications » d’un schizophrène, d’un paranoïaque profond ou d’un débile mental lourd ?

N’est-il pas réconfortant de vivre dans une société ou la maladie mentale se soigne avant d’être exhibée dans la presse et les prétoires, celle-là même qui a déjà aboli buché, pilori et peine de mort ?

Certes la psychiatrie est une science inexacte et nous pouvons nous en réjouir, au même titre que le métier de juger est aussi difficile que noble.

Osons déléguer à chacun de ceux dont c’est la profession, celle de soigner ou celle de juger le soin de remplir la mission dont ils auront choisis d’être les justes et adéquats représentants.

Les uns comme les autres, victimes, auteurs, malades et la société qui les abrite n’en sortiront que rassurés.

Denis BOSQUET Avocat au barreau de bruxelles.

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2. L.GILLAIN dit le 25/02/2013, 14:19

OSONS DELEGUER.. oui, mais à condition que le délégataire ose, lui aussi, assumer son mandat!! Il serait bon, qu'à l'occasion de cette affaire, où des jurés populaires sont confrontés à une "mission impossible" pour eux, parce que la Chambre des mises en accusation n'a pas "osé" faire son travail, le Conseil Supérieur de la Magistrature soit enfin placé devant ses propres responsabilités institutionnelles et prononce publiquement sur la "responsabilité" d'une instance magistrale qui "élude" le devoir de sa charge en la renvoyant à l'instance par définition inadéquate pour l'assumer !

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1. L.GILLAIN dit le 25/02/2013, 14:18

OSONS DELEGUER.. oui, mais à condition que le délégataire ose, lui aussi, assumer son mandat!! Il serait bon, qu'à l'occasion de cette affaire, où des jurés populaires sont confrontés à une "mission impossible" pour eux, parce que la Chambre des mises en accusation n'a pas "osé" faire son travail, le Conseil Supérieur de la Magistrature soit enfin placé devant ses propres responsabilités institutionnelles et prononce publiquement sur la "responsabilité" d'une instance magistrale qui "élude" le devoir de sa charge en la renvoyant à l'instance par définition inadéquate pour l'assumer !

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