La crise a du bon pour les appartements

Melanie Geelkens
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Les ventes d’appartements n’ont jamais été aussi importantes. La faute à la crise : ces biens étant généralement moins coûteux, ils conviennent mieux à une clientèle au pouvoir d’achat non extensible. Le succès des appartements serait aussi le symptôme d’un attrait retrouvé pour l’habitat urbain.

  • <p>En 2012, la vente d’appartements a explosé. Les raisons de cet engouement sont multiples. Il y a la crise, évidemment, mais ce n’est pas tout. © alain dewez.</p>

    En 2012, la vente d’appartements a explosé. Les raisons de cet engouement sont multiples. Il y a la crise, évidemment, mais ce n’est pas tout. © alain dewez.

Ils n’ont jamais autant eu le vent en poupe. Ces dernières années, les ventes d’appartements explosent. Comme chez Thomas & Piron, par exemple, où l’on est passé de 207 immeubles de ce type commercialisés en 2007 à 288 en 2012. « Avec un objectif de 320 en 2013 », explique Aubry Lefèbvre, directeur Développement et Ventes du secteur multirésidentiel du promoteur. « Aujourd’hui, 66 % des ventes immobilières qui passent par l’étude concernent des appartements », indique pour sa part Robert Langhendries, notaire à Uccle.

Comment expliquer cet engouement ? Les facteurs seraient multiples, mais le premier d’entre eux ne serait autre que la crise économique. Diminution du pouvoir d’achat oblige, certains candidats acquéreurs seraient désormais contraints de se tourner vers les appartements, sensiblement moins coûteux. « En Wallonie, on peut compter qu’un appartement coûte en moyenne 170.000 euros hors TVA, là où une maison s’élèvera à 185.000 euros. Mais terrain non compris ! C’est là que la différence devient importante », expose Aubry Lefèbvre.

« Le choix d’un appartement plutôt qu’une villa dépend parfois de raisons budgétaires et des possibilités de financement que d’un choix volontaire, poursuit Eric Verlinden, CEO du groupe Trevi. Il est clair que si un couple bruxellois possède un budget de 200.000 euros, cela devient très compliqué d’acquérir une maison dans la capitale… »

Les appartements deviennent généralement plus compacts. Selon Thomas & Piron, la superficie moyenne d’un bien standard s’élevait à 100 mètres carrés en 2008 contre 85 mètres carrés aujourd’hui. Eric Verlinden, quant à lui, parle même d’une moyenne de 75 mètres carrés. Quoi qu’il en soit, qui dit superficie moins grande dit aussi prix réduit. Et implique forcément une diminution des dépenses énergétiques, autre argument majeur qui influencerait les candidats acquéreurs.

Des économies mises à mal par les charges de copropriété, parfois mal évaluées par les futurs propriétaires ? « Il est certain que les charges communes viennent alourdir la facture, concède Aubry Lefèbvre. Même si, aujourd’hui, les nouveaux bâtiments peuvent intégrer des systèmes de récupération d’eau de pluie, des panneaux thermiques ou photovoltaïques qui peuvent encore permettre de diminuer les dépenses. Puis dans une maison, il y a aussi des frais : les copropriétaires d’un immeuble vont peut-être provisionner des sommes pour refaire le toit dans 25 ans, mais les propriétaires d’une habitation “classique” devront le faire aussi. »

Le facteur budgétaire ne serait toutefois pas le seul à expliquer ce phénomène. L’attrait retrouvé pour la vie en ville et la proximité des magasins, de l’offre culturelle, des transports en commun, etc., joueraient eux aussi un rôle. Or, dans les centres urbains, les immeubles à appartements sont plus simples à trouver que les villas quatre façades entourées d’un vaste jardin…

« Pour certains clients, vivre à proximité des villes est réellement un choix, note Eric Verlinden. On parle de grandes métropoles comme Bruxelles, Anvers, Liège, etc., mais aussi de communes plus ou moins grandes comme Rixensart, Braine-l’Alleud, Waterloo… Cela attire notamment une clientèle plus jeune, qui recherche ainsi à améliorer sa vie sociale. »

Reste que les appartements seraient surtout des « denrées » recherchées par les personnes âgées, qui verraient là un cadre de vie plus adapté, permettant notamment de diminuer l’entretien, d’être plus proches des commodités, tout en restant propriétaires d’un logement. Et possédant souvent des fonds propres importants, suite à la vente de leur habitation.

Chez Thomas & Piron, 60 % de la clientèle intéressée par ce type de bien ont plus de 60 ans. Les 40 % restants seraient plutôt attirés par l’aspect financier.

Enfin, les appartements conviendraient aujourd’hui davantage aux nouvelles structures familiales : couples sans enfants, parents divorcés devant se partager la garde, parents célibataires… « Il est clair que les très vastes maisons unifamiliales avec un grand nombre de chambres sont généralement moins recherchées », résume Robert Langhendries.

« Puis on en revient à la question du pouvoir d’achat, ajoute Aubry Lefèbvre. Un père ou une mère qui achète seul a forcément un budget moins élevé. »

Pour Robert Langhendries, un seul conseil à donner : « Acheter dès que possible ! Car le décrochage entre le pouvoir d’achat et les prix de l’immobilier ne va pas aller en diminuant… »

épinglé

L’habitat groupé, une alternative à l’appartement

Ce n’est ni un appartement « classique » ni une maison traditionnelle. L’habitat groupé se présente comme une solution alternative, un « mix » entre les deux. « Une formule de plus en plus demandée par les pouvoirs publics lorsque l’on achète un terrain appartenant à une ville ou à une commune, explique Aubry Lefèbvre, directeur du Développement et de la Vente multirésidentielle chez Thomas & Piron. C’est pour eux un moyen de favoriser la mixité. En clair, il s’agit d’un bien dont on partage une sorte de mini-copropriété. Par exemple, un immeuble de deux duplex pour lequel les habitants doivent partager un hall commun, un jardin… »

Une autre forme d’habitat groupé que celle que l’on appelle souvent « cohousing » et qui réunit des candidats acquéreurs désireux de faire construire ensemble un bien dans lequel ils cohabiteront ensuite. Dans le cas de figure décrit par Thomas & Piron, les futurs propriétaires ne se connaissent pas et sont « recrutés » par le constructeur.

Ce qui ne facilite pas la vente des biens, selon Aubry Lefèbvre. D’abord parce que les pouvoirs publics imposent que ces logements soient vendus à des personnes ne dépassant pas un certain niveau de revenus. Ce qui oblige le promoteur à demander aux candidats acquéreurs de présenter leurs fiches de salaire.

Ensuite parce que peu de volontaires se presseraient à l’idée devoir partager leur habitation. « Rien que le fait d’avoir une entrée commune peut en rebuter certains… »

Thomas & Piron a déjà commercialisé – non sans mal – ce type d’immeubles à Gembloux et doit composer avec ce type de demandes dans de nombreux projets en cours d’élaboration. Un avantage, toutefois : ces biens se révèlent sensiblement moins onéreux que d’autres. « Les conditions d’achat sont meilleures, confirme Aubry Lefèbvre. Mais encore faut-il vouloir opter pour cette alternative… »

Osez la rencontre !