Nationalisation de la sidérurgie liégeoise ?
Tout le monde comprend et partage le désarroi des travailleurs de la sidérurgie liégeoise face au non respect de ses engagements par Mittal.
Celui-ci, dans une économie de marché, mène une stratégie de rachats en vue de fermer des installations sidérurgiques terrestres. Il cherche ainsi à abaisser l’offre en vue d’augmenter les prix de l’acier et d’en tirer profit lors de la prochaine reprise économique. La difficulté de se reconvertir et le choc destructeur d’emplois que provoque cette stratégie poussent ces mêmes travailleurs à réclamer une nationalisation de la sidérurgie. Ceci pose le problème du rôle de l’Etat dans une économie de marché (1). Il me semble que par rapport à cette situation, la réaction des Pouvoirs Publics devrait être de stimuler les externalités positives. En effet, même si dans la conscience collective des Liégeois, la sidérurgie tient une place primordiale, Liège n’est pas que l’acier et de loin. Il faut d’abord soutenir des sous-traitants efficaces et déterminés à se reconvertir et à trouver de nouveaux débouchés. Liège, c’est aussi une grande Université et de grandes écoles très qualifiées dont jaillissent, de plus en plus souvent, des innovations que les Pouvoirs Publics doivent amener à devenir des entreprises concurrentielles tout en recherchant lui-même de nouvelles activités d’avenir.
Par ailleurs, l’Etat doit obliger Mittal à prendre en charge les externalités négatives engendrées par son départ. Il doit le forcer à débarrasser l’espace des installations qu’il abandonne et remettre les sites en état d’accueillir les spin-off et les entreprises innovantes en dépolluant et en finançant les équipements nécessaires à leur installation. Quant au personnel licencié, il convient de lui assurer un filet suffisant de protections sociales assorti de mesures de garantie pour les dépôts et les prêts bancaires ainsi que des possibilités sérieuses de reconversion pour occuper des emplois dans les entreprises nouvelles.
Au-delà de toutes ces missions, l’Etat doit-il entendre l’appel des travailleurs à une nationalisation de la sidérurgie liégeoise ?
La réponse est non. L’Etat n’est pas outillé pour cette mission. Les productions que l’Etat doit assurer avec efficacité sont l’éducation, l’enseignement, la recherche, les transports en commun et les services publics.
A supposer même qu’il n’y ait pas d’obstacle au niveau supranational, les Pouvoirs Publics éprouveraient des difficultés à assumer avantageusement le rôle d’entrepreneur, particulièrement dans un secteur en régression naturelle.
(1) Charles JAUMOTTE. Les mécanismes de l’économie. De Boeck. 2012









Et pourquoi pas ? Il y a des moments où il FAUT prendre des décisions courageuses et ne pas suivre bêtement les diktats de la mode économique...