Décès de Stéphane Hessel: «C’était un homme»
En apprenant la mort de Stéphane Hessel, ce matin, il nous est revenu en mémoire ce titre du livre de Primo Lévi : « Si c’est un homme ». Il n’y a pas de mot plus juste.
C’est un homme qui vient de s’éteindre à 95 ans. Un homme qui s’est battu pendant près d’un siècle pour les droits de l’homme. Pour la dignité de l’homme. Pour l’amour de l’homme. Pour l’égalité de l’homme. Pour la valeur de l’homme.
Les plus jeunes ne connaissaient sans doute de lui qu’un petit livre qu’ils ont peut-être reçu, il y a deux hivers, au pied du sapin de Noël. Son titre : « Indignez-vous ! ». En trente pages, parues chez un petit éditeur (Indigène) qui n’en est lui-même pas revenu de ce succès, Stéphane Hessel avait su se faire entendre du monde entier. Son pamphlet, ode à l’engagement et au refus de toutes les injustices, a été traduit en trente langues et s’est vendu à près de 5 millions d’exemplaires. Son cri résonnait comme l’écho de l’Histoire. Partout, la planète grondait alors, prise ici dans les convulsions des révolutions arabes, tourmentée là par la crise économique et son cortège de souffrances et de révoltes. Un peuple, des peuples se levaient. Et Stéphane Hessel accompagnait avec ses mots le mouvement. Aux Etats-Unis, en Espagne, en Grèce, les « indignés » brandissaient son livre.
D’une courtoisie extrême, sa voix était aussi douce que ses propos étaient fermes. Ces derniers mois, dépassé par son succès, il s’excusait poliment de ne pouvoir répondre à toutes les interviews. Sa dernière épouse, Christiane Hessel-Chabry, veillait. L’important, ce n’était pas lui, répétait-il modestement, c’est mon combat. Un an plus tard, il reprenait la plume avec la même force : « Engagez-vous », écrivait-il, cette fois.
Le roman d’un siècle
Sa vie était un roman. Le roman d’un siècle. L’homme était né à Berlin en 1917, en pleine révolution russe comme il aimait à le dire. Né allemand dans une famille d’intellectuels, il était devenu français à vingt ans. Sa mère, la femme qu’il avait le plus éperdument aimée comme il l’a confié un jour, marquera toute sa vie, elle qui avait inspiré l’héroïne du magnifique « Jules et Jim » de François Truffaut.
En 1939, jeune diplômé de la prestigieuse école « Normal sup », il est mobilisé. Deux ans plus tard, il rejoint les Forces françaises libres. Mais le résistant est arrêté par la Gestapo et déporté à Buchenwald. Il échappe à la mort en prenant l’identité d’un autre et s’évade lors de son transfert à Bergen Belsen.
À la Libération, il entame une carrière de diplomate. Aux Nations unies, surtout, où il participe à l’élaboration de la déclaration universelle des droits de l’homme, puis en Afrique et en Asie. Coopération, développement, droits de l’homme : il est de tous les combats. Il défend ardemment la construction européenne. Et la cause palestinienne aussi, ce qui lui vaudra des ennuis lorsqu’il défendra le boycott d’Israël, lui qui est d’origine juive.
Après sa retraite, jamais Stéphane Hessel ne pose ses armes. Il approche déjà des quatre-vingts ans quand il se mobilise, en 1996, pour les sans-papiers. Les clandestins sont alors réfugiés dans une église parisienne dont ils seront délogés par celui qui est alors le ministre de l’Intérieur, Jean-Louis Debré. Stéphane Hessel ne cessera jamais de défendre leur cause et de s’opposer aux expulsions, guidées par la motivation du « chiffre ».
Une conscience
La politique ? Stéphane Hessel en avait l’idée la plus noble. Pas par goût du pouvoir, non. Il n’a jamais exercé le moindre mandat et lorsqu’il s’est présenté en bas d’une liste Europe Ecologie les Verts lors des élections régionales de 2010, ce n’était que pour donner un coup de pouce à ses amis d’alors. Il aimait la politique par esprit d’engagement. Il y a quelques jours encore dans le Nouvel Observateur, il convenait avec Daniel Cohn-Bendit que les partis n’étaient plus les instruments les plus adaptés pour agir.
Avec le parti socialiste, il eut pourtant un long compagnonnage. Il n’est qu’à voir ce mercredi les hommages émus de toute la gauche française. « C’est l’ensemble de notre pays qui est endeuillé. Il incarnait une part de l’âme universaliste de la France », écrit le premier des socialistes, Harlem Désir.
Ami de Pierre Mendès-France et de Michel Rocard, Stéphane Hessel fut longtemps l’une des consciences du PS. Un aiguillon, aussi. Et une boîte à idées. En octobre dernier encore, lors du congrès du parti socialiste à Toulouse, il avait défendu une « motion » dont le titre résume la ferveur qu’il conservait malgré son âge : « Plus loin, plus vite ». Surprise : elle avait recueilli 12 % des voix. C’est dire l’influence qu’exercerait encore le vieil homme sur les militants. Un homme qui avait soutenu François Hollande durant la dernière campagne présidentielle mais qui, récemment, jugeait ainsi son début de mandat : prudent, trop prudent. Pour Stéphane Hessel, on ne s’engageait jamais assez…
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Stéphane Hessel

AP
Vos réactions
Voir toutes les réactions Lebewohl, cher Stéphane Hessel ! Vous êtes parti pour de bon, vous qui tant de fois avez failli ne pas revenir. Votre voix nous manque déjà, cette belle voix patiente et entêtée à la fois, porteuse de paix et de sagesse ; votre haute présence aussi, un peu voûtée par tant d
autre son de cloche http://www.dailymotion.com/video/xmpjq4_conference-d-oskar-freysinger-sur-antifa-stephane-hessel-et-les-indignes_news#.US4vBzA2ZOA
@Kelly Vos propos sont vraiment navrants ! Quant aux révolutions arabes, il ne faut pas désepérer. Il faudra du temps, beaucoup de temps, comme il en a fallut après la révolution française. Vous préfériez bien sûr les anciens présidents de ces pays parce qu'il étaient à la botte de l'Occident. Pauvre mentalité ! il suffit de voir ce qui se passe actuellement en Egypte et en Tunisie pour voir que la révolution n'est pas finie.

















hum hum il y a en effet de plus en plus de corbeaux prêts à se mettre en évidence sur le cadavre chaud de personnes qui ne leur ont rien fait et que les médisances ne grandissent pas, que du contraire.