Les francophones boudent leur cinéma

Béatrice Delvaux
Mis en ligne

Et le gagnant est Matthias… « Cheunart ». Les Français ont encore beaucoup à faire pour la prononciation néerlandaise mais pour ce qui est du cinéma, ils n’ont pas raté le talent de Matthias Schoenaerts.

  • 
AFP/MIGUEL MEDINA
    AFP/MIGUEL MEDINA

Et le gagnant est Matthias… « Cheunart ». Les Français ont encore beaucoup à faire pour la prononciation néerlandaise mais pour ce qui est du cinéma, ils n’ont pas raté le talent de Matthias Schoenaerts. L’acteur belge a ainsi reçu vendredi dernier le César du meilleur espoir du cinéma français. Les Francophones pour une fois n’avaient pas attendu la France pour sacrer le brillantissime acteur, lui décernant l’an dernier, le « Magritte » du meilleur acteur pour Rundskop.

Les Magritte, vous connaissez ? Ils sont l’équivalent pour le cinéma francophone belge, des Oscars américains, des Césars français ou des Ours berlinois. Leur création fait partie d’un dispositif développé pour booster les films francophones. Indispensable car depuis des années, réalisateurs, acteurs, producteurs, exploitants de salle et critiques de cinéma ne peuvent que le constater : les spectateurs francophones boudent leur cinéma.

Jusqu’à il y peu, cette préoccupation commerciale était masquée par la fierté, légitime, d’un cinéma qui, s’il n’affichait pas de grosses fréquentations, collectionnait les titres de gloire : les Palmes à Cannes (Rosetta, L’enfant), les sélections des grands festivals (Van Dormael, Lafosse, Lanners, les Dardenne), les prix d’interprétation (Gourmet, Régnier, Dequenne) et les Césars (Yolande Moreau, Cécile de France). Il était même de bon ton de regarder avec une certaine condescendance, les films flamands à succès, comédies populaires à la Urbanus, à statut local.

Las ! Fabienne Bradfer et Nicolas Crousse, les deux critiques cinéma du « Soir » ont, en marge de l’attribution des Magritte 2013, secoué tout ce petit monde, en mettant en évidence qu’à quelques kilomètres d’eux, le cinéma flamand d’aujourd’hui non seulement réalisait des films qui attiraient en masse les spectateurs mais qui désormais, collectionnaient les prix, les nominations aux Oscars (rundskop, schoenaerts), les tournages américains. « Vingt ans après le cinéma belge (C’est arrivé près de chez vous, Toto Le Héros), c’est le cinéma flamand qui prend le pouvoir », osait Nicolas Crousse, soulignant les 243.391 entrées en Belgique d’Hasta la vista en quatre mois, face aux 132.O26 du Gamin au Vélo des Dardenne, depuis mai 2012. Les productions francophones en 2011 affichent ainsi 873.634 spectateurs pour la France et la Belgique en 2011, en chute de 55 % en un an.

«  La faute aux médias  », attaquait l’acteur Olivier Gourmet alors qu’on lui remettait il y a quelques jours le Magritte du meilleur acteur pour L’exercice de l’Etat. Ceux-ci ne soutiendraient que les productions commerciales : « On invite plus sur les plateaux télé les acteurs qui montrent leurs fesses que ceux qui ont du talent ». Trop facile, réplique la critique qui soutient farouchement les films ambitieux, comme les fabuleux Eldorado de Bouli Lanners ou A perdre la raison de Joachim Lafosse. «  Les Flamands aiment les films qui parlent flamand, il y a un rapport identitaire très fort », confiait au Soir, Lucas Belvaux, Magritte du meilleur scénario pour 38 témoins. «  Les Francophones s’en fichent. S’ils voient un film en français, ils n’ont pas l’impression que ca parle d’eux. Et surtout ils n’ont pas envie de voir des films qui parlent d’eux !  »

D’autres raisons expliquent ce désamour : la pauvreté du réseau de distribution, la qualité scandaleuse des salles bruxelloises et la timidité de la politique de distribution. Olivier Gourmet éructe sur le fait que L’exercice du pouvoir n’a pas été distribué à Bastogne, Marche ou Libramont : «  C’est ma région et les gens ne peuvent même pas venir me voir ! ». Idem pour The Broken circle breakdown, acheté partout dans le monde, mais montré deux jours seulement à la Maison de la culture de Namur et aux Chiroux à Liège ! Les acteurs dénoncent à raison, le peu de noblesse, de valeur et d’importance accordée par les politiques à la culture, et surtout à l’éducation du public, qui devrait commencer dès la maternelle. L’idée très dans l’air du temps, qu’un cinéma de fond est par essence un cinéma « chiant ». <Se divertir ce n’est pas se vider, mais s’enrichir l’esprit>, martèle Gourmet. La faute à la France aussi, le plus gros producteur de cinéma européen qui envahit les écrans francophones, et fait de nos acteurs, des stars… à Paris. On attend aussi toujours la série télé (façon Met man en macht) qui mettra en évidence des Bekende francophones, popularisés par le petit écran et « cinéphilisés  » par le grand écran.

Tout n’est évidemment pas noir. Les Dardenne se fâchent d’ailleurs sur cette vision misérabliliste des francophones sur leur cinéma. Et s’ils font appel pour leur prochain film à la star française Marion Cotillard, ce n’est pas, assurent les Frères, pour faire du chiffre, mais «  pour ce qu’elle dégage, ce qu’elle transporte.  »

Vos réactions

Voir toutes les réactions

10. blitzkrieg dit le 28/02/2013, 12:29

pas à la hauteur Je vais régulièrement au cinéma (2 fois par semaine), et je dois dire que j'évite le cinéma francophone. Comédies lourdingue et films qui se regardent le nombril, il n'a pas grand chose à offrir. Les seuls films que j'ai regardé avec plaisir sont Alceste à Bicyclette et dans la maison, tous deux avec Fabrice Lucchini. Le cinéma francophone croit déroger en offrant une histoire qui tient debout, qui nous tient en haleine jusqu'à la fin. Ce n'est qu'ennui, longs plans esthétisants, longs silence, dialogue insignifiant. Il est tant que l'on remplace la quantité par la qualité.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
9. qqqqqqq dit le 28/02/2013, 12:25

Quand on nous parle de nous, c'est pour tomber dans la caricature, ou pire le cliché destiné aux Français (Dikkenek). C'est quoi ce problème belge ?

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
8. qqqqqqq dit le 28/02/2013, 12:22

le seul film bruxellois (francophone) décomplexé à ce jour : "les Barons" de Nabil ben Yadir. Les autres, avec leurs talents divers, n'assument tout simplement pas.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
7. qqqqqqq dit le 28/02/2013, 12:10

Cheunart en France... mais Bépé Griot chez nous. Franchement, avant d'aller donner des leçons de prononciation... Moi, contrairement aux Belges francophones qui n'iraient pas voir des films qui leur parlent d'eux, je saluerai le cinéma belge, de Wallonie ou de Bruxelles, quand il cessera d'avoir honte d'être de Wallonie ou de Bruxelles. Ah! le désamour des Belges (francophones) avec leur réalité ! Y en a marre de la tarte à la crème du "surréalisme" (et ne me rétorquez pas que les Dardenne -que j'admire néanmoins pour les qualités cinématographiques de leurs films- font du cinéma réaliste : leurs films tiennent davantage de Bresson que du naturalisme).

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 0 non 0
6. Mlchael dit le 28/02/2013, 10:08

Que voulez vous, a force de voir des série débile comme plus belle la vie ou des grosses production française lourde et de mauvais gout on ne s intéresse même plus au cinéma francophone. il est loin le temps du grand cinéma francophone des année 50-60-70-80.

Signaler un abus

Message constructif ?

oui 2 non 1
Voir toutes les réactions »

Osez la rencontre !