En Inde, l’aventure et l’insolite, c’est dès le premier kilomètre
Nous avons suivi un des principaux rallyes indiens par la route. Circuler dans de telles régions nécessite une attention permanente. Mais les paysages traversés valent la peine !
Contrée mystérieuse, l’Inde est devenue une des premières puissances mondiales mais reste très fermée au monde extérieur. Même l’industrie hollywoodienne n’a pas encore réussi à percer dans ce pays où Bollywood reste la référence cinématographique et « people ».
Idem en sport automobile : ne parlez pas du Dakar à un Indien, il n’essayera même pas de comprendre de quoi il s’agit ! A l’inverse, il ne servirait à rien de vous livrer le nom du vainqueur du « Desert Storm », un pilote local n’ayant jamais quitté les frontières de son pays et baragouinant à peine l’anglais.
Pourtant, c’est une star chez lui et il le mérite ! Le niveau de pilotage des Indiens se battant pour la victoire dans les principaux rallyes nationaux est en effet extrêmement relevé. Il faut dire qu’ils sont à bonne école car la circulation en Inde est de loin la plus chaotique du monde !
Se rendre de New Delhi à Jaipur, chef-lieu du Rajasthan situé à 250 kilomètres de la plus grande ville du pays, constitue déjà une véritable épreuve sportive pour le non-initié. La circulation est à ce point infernale que même les pilotes professionnels étrangers ont besoin d’un chauffeur pour quitter la capitale sans risquer leur belle carrosserie. Au début, croiser un tracteur à contresens sur l’autoroute peut évidemment surprendre et déclencher quelques rires nerveux.
Après quelques jours, ce genre de vision ne suscite pourtant plus, au pire, qu’un petit rictus chez le même visiteur. Vous pensez qu’on exagère ? Pas le moins du monde ! La circulation en Inde est un chaos absolument indescriptible. Entre les voitures, les bus, les camions, les motos, les « rickshaws » (« tuk-tuk » indiens), les piétons qui traversent sans regarder, les charrettes tirées par des dromadaires et les animaux qui estiment que la route leur appartient (on est au pays des vaches sacrées !), l’étranger a parfois du mal à trouver sa place. D’autant qu’il doit souvent slalomer entre les trous, les bosses et les casse-vitesse non signalés !
Au retour, nous avons mis plus de sept heures pour effectuer ces 250 kilomètres de ce que les Indiens appellent autoroute. Nous avons pourtant pris part à l’infernal gymkhana entre les camions, afin de ne pas rater notre avion.
La plupart des automobilistes, même s’ils ne font preuve d’aucune nervosité, essayent en effet tous d’avancer le plus vite possible, dans des conditions qui ne s’y prêtent absolument pas ! Un peu comme si, lors du chassé-croisé estival, tout le monde se mettait à faire la course sur une autoroute percée comme un gruyère et fréquentée par toutes sortes d’engins et animaux pas toujours identifiés !
Indispensable klaxon
Leçon numéro 1 : l’usage du klaxon. Le conducteur indien ne passe jamais plus de 30 secondes sans l’utiliser, soit pour signaler qu’il dépasse, soit pour indiquer qu’il arrive, soit pour signifier qu’il a vu ou entendu l’autre. Comme si, dans cet improbable pays, les oreilles étaient plus importantes que les yeux pour conduire ! D’ailleurs, la moitié des usagers replient leurs rétroviseurs extérieurs pour pouvoir frôler les autres de plus près, tandis que les clignotants ne servent quasiment à rien. Tant mieux car les commandes sont à droite du volant, ce qui ne facilite par leur utilisation ! Car bien sûr, on roule à gauche dans cette ancienne colonie britannique.
Mais même si cette course infernale a de quoi faire frémir n’importe quel Européen, rares sont les accidents. Preuve, s’il en est, que l’Indien est un excellent conducteur. Si quelqu’un essayait de se comporter de la même manière en Belgique, il ne ferait pas deux kilomètres sans s’accrocher ! La circulation en Inde est en effet tellement apocalyptique que chaque usager de la route se doit d’être 100 % attentif en permanence. Pas question d’envoyer un SMS en conduisant, ce serait le crash assuré ! Durant notre semaine au Rajasthan, nous n’avons vu les traces que d’un seul accident. Certainement pas plus que si nous avions passé six jours derrière un volant chez nous. Preuve que l’Indien a développé un talent de pilote insoupçonné ! En revanche, il semble n’avoir que faire des timides messages de sécurité routière installés au bord de certaines routes : en Inde, tout est permis !
Quant à notre auto, une Suzuki SX4 produite localement (Maruti-Suzuki est le leader du marché indien avec environ 40 % des immatriculations !), elle a parfaitement tenu le coup malgré l’utilisation plutôt sportive que nous en avons faite, sur un terrain particulièrement inhospitalier. Nous n’avons pas dû resserrer une vis, pas plus que nous n’avons dû changer une roue : les pneus indiens (du groupe Apollo, qui a notamment racheté Vredestein en Europe) aussi sont étonnants !
Reste enfin le désert du Rajasthan, une région merveilleuse, regroupant sur quelques centaines de kilomètres carrés tous les paysages que l’Asie peut proposer. Mais vu la manière dont les Indiens roulent, mieux vaut s’arrêter pour les admirer !



