Après «20 ans d’écart», Pierre Niney sera Yves Saint Laurent

Fabienne Bradfer

Ce pensionnaire de la Comédie-Française est le jeune acteur qui monte. Dans « 20 ans d’écart », il craque pour Virginie Efira. Entretien.

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Virginie et Efira et Pierre Niney. Photo D.R.
    Virginie et Efira et Pierre Niney. Photo D.R.

Coiffé par Matthias Schoenaerts pour le César du meilleur espoir, Pierre Niney n’en reste pas moins l’acteur français qui monte. Sur la scène de la Comédie-Française depuis le 2 mars dans Phèdre – il joue Hippolyte –, ce jeune pensionnaire de la Grande Maison depuis 2010 se partage avec aisance entre théâtre et cinéma. On vient de le voir dans Comme des frères, on le retrouve dans 20 ans d’écart. Deux belles affiches pour ce comédien de tout juste 24 ans qui a déjà un long background derrière lui puisqu’il a débuté au théâtre à 11 ans et tourna son premier film à 16 ans. «  Ça s’est fait progressivement jusqu’à mon premier rôle principal avec J’aime regarder les filles. De façon cohérente, tranquillement. Si c’était à refaire, je le ferais dans le même sens. Je suis content d’avoir eu le temps d’explorer un plateau de cinéma ou de théâtre avant d’avoir eu un premier rôle. Mes parents m’ont incité à aller au théâtre et à voir des films, mais ils ne m’ont pas plus poussé que ça. C’était ancré en moi. Être acteur est venu très naturellement. »

En avril, il démarre le tournage de Dix jours à Cannes, de Christopher Thompson, avec Adrian Brody. Mais c’est surtout le rôle d’Yves Saint Laurent dans la version Jalil Lespert qui va le propulser dans la grande lumière médiatique.

Hasard ou coïncidence, dans 20 ans d’écart, Virginie Efira, alias Alice dans le film, l’embarque à un défilé de mode avant de l’introduire plus avant dans le milieu. Une répétition avant le grand saut ? «  C’est vrai, cela m’a un peu initié. Pour le film de David Moreau, on a assisté à plusieurs défilés. Je suis de plus en plus curieux sur le sujet. La mode, ça me fascine. Avant, j’étais plus jeans-baskets mais on s’habitue vite au luxe et aux belles silhouettes que peuvent offrir des marques comme Saint Laurent. »

Il y aura un avant et un après Yves Saint Laurent

Yves Saint Laurent… On s’arrête un instant sur ce grand rôle à venir car on se doute que pour Pierre Niney, il y aura un avant et un après. «  Je me rends bien compte que c’est un gros morceau et un grand défi. Maintenant, prévoir ce que ça va faire… Le cinéma et la culture, c’est quelque chose de fragile, on ne sait jamais l’impact qu’aura un film. Je préfère ne pas penser à ça, ça me mettrait trop de pression. J’ai plutôt tendance à désacraliser pour pouvoir attaquer un rôle. » Et celui-là est sans aucun doute le plus imposant de sa jeune carrière.

«  En tout cas, poursuit Pierre Niney, ce sera le rôle qui me demandera le plus gros travail de recherche et de documentation. Mais j’aime me dire que j’aborde tous mes rôles de la même façon, avec mon instinct, ma personnalité. Il y a juste la pression d’avoir un modèle alors que pour les autres, on les crée et quelque part, ils nous appartiennent. Là, avec Yves Saint Laurent, il y a un défi supplémentaire. »

Et ce défi sera renforcé par le fait qu’un autre Yves Saint Laurent est en préparation. Face au film de Bertrand Bonello, avec Gaspard Ulliel, le jeune comédien nous confie : «  Chacun fait son truc et on verra bien. Mais les deux projets ne parlent pas des mêmes choses ni de la même période. Les deux réalisateurs sont aussi très différents, ce n’est donc pas comme si on préparait deux biopics sur Saint Laurent. Nous, on commence quand il a 19 ans et on retrace le parcours exceptionnel de ce jeune talent jusqu’à 36 ans. Pierre Bergé soutient ce film. En tant qu’acteur, ça me permet d’avoir une aide précieuse, d’aller rue Marceau où Yves Saint Laurent a travaillé toute la fin de sa vie. Il y a des documents absolument incroyables, non publiés, auxquels j’ai accès, des robes, des documentaires, des objets de sa vie quotidienne, des interviews. Pierre Bergé n’est aucunement interventionniste mais il reste disponible pour Jalil et moi. C’est précieux car il est celui qui connaît le mieux Yves Saint Laurent sur terre. »

Pour l’heure, c’est dans la peau de Balthazar, l’étudiant sympa qui craque pour Alice la couguar qu’on le découvre. Un personnage avec qui il partage une même énergie et cette volonté d’aller vers les autres. «  Sa maladresse, son côté déjanté, c’est de la composition  », nous avoue-t-il. Au fait, Pierre Niney ressemble-t-il à son futur personnage, Yves Saint Laurent ? « Il y a un caractère précoce chez lui. Il a été fasciné très tôt par le théâtre et les scénographies. Moi aussi. Comme lui, j’ai ressenti très jeune un appétit de création. Je me reconnais dans ce mélange de fragilité et d’assurance. Mais je ne me compare pas au génie de Saint Laurent, attention !  »

Le temps de l’interview téléphonique se termine. L’attachée de presse nous convie à raccrocher. Pierre Niney revient néanmoins avec enthousiasme sur sa partenaire Virginie Efira : «  Virginie est talentueuse, brillante, consciencieuse et généreuse dans le jeu. Je n’aurais pas fait le film si ça avait été quelqu’un d’autre. Nos deux tempéraments collaient suffisamment bien pour pouvoir improviser ou rectifier des scènes au dernier moment. On répétait aussi ensemble. Elle a ce côté belge qui en France est ressenti comme sympa, détendu et pro. J’imagine que cela ne se vérifie pas avec tous les Belges de Belgique mais avec Virginie, complètement. »

Osez la rencontre !