Hasselt 2013, l’odyssée de l’espace
Frontière ultime, l’espace inspire artistes et scientifiques : la nouvelle conquête spatiale est lancée. Rampe de lancement : Z 33.
Les créateurs des arabesques de l’Alhambra de Grenade, la force tentaculaire du delta du Nil ou même Mondrian en son temps avaient déjà des préoccupations semblables aux nôtres : la conquête de l’Espace.
Conçue comme une immense station intersidérale avec des sas, des couloirs, des espaces de vie, de recherche ou de repos, l’exposition Space Odyssey 2.0 est une expérience totale. C’est d’ailleurs une habitude à Z33. En 2011, le Centre d’art de Hasselt nous avait fait endosser blouse blanche et bottes de protection dignes d’une expédition au pays des bactéries tueuses, cela sur les traces de l’acteur et plasticien Kris Verdonck.
Alors que l’exposition Space Oddity de Grand-Hornu Images confronte connaissance scientifique et pouvoir de l’imaginaire, Z33 projette le visiteur dans une autre dimension : le rêve de conquête, celui de poser le pied sur la Lune, de découvrir une autre galaxie. En cette année très Axelle Red, les pilotes des étranges vaisseaux sont le Suisse Roman Signer, notre incontournable Panamarenko national tout comme Edith Dekyndt dont l’installation Ground Control (2008) ressemble à un épisode du Prisonnier grâce à son énorme ballon gris Major Tom sensible à l’infime déplacement d’air. Que faut-il craindre le plus ? Les étranges corps astrologiques du Britannique Michael Burton ou Major Tom ?…
Sous la direction de Ils Huygens, une quinzaine de plasticiens explorent l’Espace, source infinie de fascination et d’inspiration pour les artistes, écrivains et réalisateurs.
Dans la plus grande liberté, sur d’improbables réalités ou des scénarios du futur, des artistes comme Brian McCutcheon qui avait 4 ans en 1969 quand Neil Amstrong a mis le pied sur la Lune, s’aventurent sans aucune angoisse dans une galaxie de Passages avec Alien et autres Space Suits ma foi fort séduisants !
« Trois grandes tendances de notre époque moderne – internationalisation, privatisation et démocratisation – ont donné à la conquête spatiale une nouvelle orientation et un élan imprévu, analyse la commissaire de l’exposition Ils Huygens qui avait déjà travaillé sur la Triennale « SuperBodies », l’an dernier. Cela se traduit par un enthousiasme renouvelé exprimé par les artistes qui se sont approprié les connaissances et les technologies de plus en plus accessibles. Ils mènent leurs propres recherches scientifiques, construisent des satellites open source ou tentent même de lancer leurs propres fusées. Nous constatons par ailleurs un intérêt croissant des milieux scientifiques à collaborer avec eux. »
Professeur Tournesol ou naïf bricoleur ? Pseudoscientifique ou membre à part entière d’une équipe de chercheurs, ces mêmes artistes ouvrent de nouvelles perspectives. A l’écoute du film/opéra de l’artiste Nelly Ben Hayoun qui a travaillé en étroite collaboration avec les blouses blanches de la Nasa, face au projet photographique de Vincent Fournier la tête dans les étoiles de rêve spatial, on progresse à tâtons sur une autre planète. Par des questions ouvertes, des observations critiques, des propositions spéculatives, des actions alternatives, la singularité de chacun dépasse le cadre de la pensée purement scientifique, économique, militaire ou relative à l’espace.
Frayons donc avec les Drosophilia Titanus du projet expérimental d’Andy Gracie, le souvenir d’une Vie sur Terre de Filip Van Dingen, la migration des oies-ovni d’Agnes Meyer-Brandis, le vaisseau spatial d’Angelo Vermeulen (artiste et docteur en biologie). Entrons dans ces nouvelles histoires sans fin. C’est une façon d’adopter des attitudes interdisciplinaires créatives où science et rêve humain cohabitent.
Quand on redescend sur la planète Terre, c’est pour affronter une autre épidémie : les affiches démultipliées de l’exposition Axelle Red, Fashion victim, au Musée de la Mode.
« Space Odyssey 2.0 » Centre d’art Z 33, Zuivelmarkt 33, Hasselt, jusqu’au 19 mai. www.z33.be.


