Puissance métaphorique des hantises
La poésie ésotérique, instinctive et cérébrale de Pieter Laurens Mol sublime le passage du temps.
Qui douterait de la réalité de la poussière ? « Dust that never sets » (cette poussière qui ne se pose jamais), ainsi que l’artiste Pieter Laurens Mol intitule sa nouvelle exposition au Triangle Bleu. La poussière, c’est à peine un frémissement, une couleur en suspension. Cette « sorcellerie de l’air » plane sur une exposition qui tient de la rétrospective cernant un thème, celui de la mort et des frontières impalpables qui la cernent.
Après une formation d’ébéniste, Pieter Mol a étudié à l’École des Beaux-Arts de Saint-Joost, à Breda, où il est né en 1946. Photographe, il emprunte à l’art l’infini des possibles, brouillant les frontières entre les disciplines, la fonderie, la peinture, le dessin, l’installation, la poésie, la philosophie etc.
Allégorie et géomancie
Open mind « touche-à-tout », il n’hésite pas à combiner tuyauterie en zinc et petits formats. Dans son principe de transfusion, La Vidange Bleue (2012) renvoie inévitablement à un travail plus ancien, Le Firmament laxatif (1990-91). Cette installation témoigne de la pérennité des préoccupations de l’artiste qui vit et travaille à Bruxelles : face à trois « prints » en noir et blanc, une échelle en bois symbolise la courbe ascendante et descendante de la vie.
En présentant une sélection d’œuvres datant des années 85 à 2012, Pieter Laurens Mol révèle la puissance des hantises, quand le ciel se met à ressembler à une grisaille, quand le monde a soudainement l’irrésistible tentation de tomber dans le néant. L’artiste est planté au bord d’un canal. Il prend la place du saule. Sur la photographie, il trace des branches émergeant de sa silhouette. La série Willowman (2010) où l’homme reprend la place de l’arbre est à rapprocher d’une série antérieure dans laquelle, de manière prémonitoire, l’artiste tirait la sonnette d’alarme, dénonçant la fonte de la calotte glaciaire et la disparition progressive du biotope naturel des ours polaires.
Renaissance Tracker (2010), série de 16 tableaux, capte d’autres mystères. Des petits cercles (en réalité ces drôles de sparadraps ronds qui soignent les cors aux pieds, et donc la douleur de la marche) sont disposés sur la toile. Pieter Laurens Mol transpose des éléments qui pansent la douleur et une technique de divination fondée sur l’analyse de figures composées par la combinaison de points : la géomancie.
A capter le mystère que l’on nomme « apparence », l’artiste néerlandais réveille les différentes densités, voix et âmes de la poussière. Il questionne la capacité de l’art à poser une déclaration radicale au sujet de la condition humaine. « On voudrait se changer en arbre, écrivait Jean Dubuffet, mais en poussière – en quelque être ainsi continu – ce serait tellement plus tentant. Quelle expérience ! »
« Pieter Laurens Mol. Dust that never sets », galerie Triangle Bleu, 4970-Stavelot, jusqu’au 14 avril. www.galerietrianglebleu.be.



