ACW ? C’est qui ?

Béatrice Delvaux
Mis en ligne

ACW? Ces trois lettres qui vous enflamment, soit pour les « fautes » alléguées, soit contre ceux qui portent les « insinuations », eh bien, ces trois lettres, les Francophones les ont découvertes il y a trois semaines.

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© Belga
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Et aujourd’hui, c’est à leur grande stupéfaction, qu’ils constatent qu’elles sont au centre d’un mini séisme politique au nord, qui met le CD&V en grandes difficultés, fait démissionner un vice-premier, et s’étriper désormais des hommes politiques. Ils se sont d’abord étripés au nord du pays, puis entre le nord et le sud (« Reynders n’est qu’un frustré », nous dit Beke, « Beke est le frère de Philippe Moureaux », nous dit Reynders) et désormais ils s’étripent entre francophones - Moureaux répondant à Reynders via Twitter: « Je préfère la comparaison Beke/Moureaux à l’amalgame politique de plus en plus évident entre Reynders et Bart De Wever ». Ambiance.

Si les Francophones ne savent pas ce qu’est l’ACW, ce n’est pas par désintérêt. Simplement parce que la puissance du mouvement ouvrier chrétien en Flandre n’est en rien comparable avec son poids wallon ou bruxellois. Savoir ce qu’il en est in fine des parts bénéficiaires dans Belfius ou de la garantie sur les parts de coopérateurs Arcopar etc, angoisse un nombre très limités d’épargnants francophones. C’est même une évidence : la presse du sud du pays titre sur les coopérateurs flamands qui s’inquiètent et le risque que ceux –ci quittent Belfius, sans même vraiment « angler » leurs articles sur leurs propres lecteurs dont peu sont concernés. Et si l’ACW a déposé plainte pour diffamation suite aux attaques dont elle fait l’objet, son alter ego francophone se tâte et n’a pas directement embrayé.

Le Mouvement Ouvrier Chrétien, le MOC, n’est pas un inconnu évidemment en terre francophone, il a son réseau d’actions et d’influences. Il était même médiatiquement extrêmement présent par la voix de son ex-président François Martou, qui fut longtemps administrateur de Dexia. Un homme particulièrement bien introduit et redouté tant par les milieux politiques qu’économiques. Les sorties de ce professeur d’université truculent, étaient célèbres, meurtrières, son humour cruel et ravageur. Aujourd’hui le Mouvement se fait plus discret, et sa puissance de feu n’a rien à voir avec la force des réseaux, mouvements, organisation inscrites dans la mouvance socialiste. Il y a quelques mois d’ailleurs, ce sont les comptes First d’Ethias, l’ex-Smap autrefois réservée aux fonctionnaires et bastion socialiste, qui avaient agité les clients francophones, souvent Mr Tout le monde, alléchés par les rendements affichés, comme ce fut le cas pour les plus récents détenteurs flamands de parts coopératives de la sphère Arco.

« L’affaire de l’ACW pour le CD&V, c’est un peu l’équivalent par l’effet négatif pour l’image du parti et son pouvoir, des affaires de Charleroi pour le PS il y a quelques années ». Cet observateur avisé nous concède qu’à Charleroi, les accusations étaient plus graves et semblaient plus fondées. Mais l’impression pour le parti et l’opinion publique que chaque jour vomissait son dossier à scandales ou à zones d’ombres, était la même pour le PS d’alors que pour le CD&V d’aujourd’hui. Les fuites venaient de partout, extérieur d’abord, intérieur ensuite, forçant in fine à une opération «transparence et grand nettoyage». Rappelez-vous, c’était l’époque des « Parvenus » que Di Rupo avait été obligé de dénoncer lors d’une conférence de presse spectaculaire et qui voulait faire le ménage dans un parti qui apparaissait comme gangréné par l’exercice entre soi du pouvoir et les petits arrangements entre amis.

Petits arrangements entre amis : c’est cette image que les accusation de la N-VA ont réussi à insuffler, ou en tout cas à suggérer, du CD&V et du monde catholique qui le soutient, l’irrigue et réciproquement. Un parti au cœur d’un système politique qui aurait vécu, à la manière de ce qui était suggéré pour le PS à l’époque, en Wallonie surtout.

L’attaque est facile, souvent poujadiste. Elle demande des preuves. La défense est extrêmement difficile, surtout lorsque cela tire de partout et un peu de tout. Le plus difficile est de ne pas se laisser déstabiliser, de ne pas cacher les fautes dévoilées qui s’avèrent réelles, mais de tenir bon sur les fondamentaux injustement mis en cause. C’est Reynders hier qui paradoxalement est venu à la rescousse : <Ma préoccupation a toujours été de préserver l’épargne des Belges, qu’elle soit dans Dexia, Fortis, KBC, Ethias ou Kaupthing, ou qu’il s’agisse des 800.000 particuliers coopérateurs d’Arco. J’assume totalement ce qui a été décidé dans tous les dossiers bancaires. » Reynders à la rescousse de Beke ? Allez tout n’est pas si noir.

Osez la rencontre !