On n’apprend pas à entreprendre

Mélanie Geelkens
Mis en ligne

Le taux de création d’entreprises en Belgique est l’un des plus bas d’Europe. La faute à l’école ?

Elle n’inculquerait pas suffi samment aux jeunes l’esprit d’entreprendre. La faute aux profs ? Ils ne seraient pas suffi samment sensibilisés. La faute aux pouvoirs publics ? S’ils subsidient de nombreuses initiatives de sensibilisation, ils ne valoriseraient pas suffi samment, au fi nal, le statut d’indépendant…

Selon un sondage réalisé par la Free Fondation, un jeune sur trois voudrait se lancer dans une carrière d’indépendant. Par goût pour les responsabilités, essentiellement. Mais aussi « pour avoir un travail intéressant », « être autonome » et « prendre des risques ». Pourtant, le taux d’entreprenariat belge atteindrait à peine les 5,7 % (pourcentage d’individus qui ont lancé leur propre activité professionnelle), selon le Global Entrepreneurship Monitor. Bien moins que dans tous les pays voisins…

Qui a cassé la motivation des jeunes dans l’oeuf ? L’un des coupables ne serait autre que l’école. Trop traditionnelle, elle ne leur inculquerait point la volonté de prendre des risques, de relever des défi s. Mais les coulerait plutôt dans le moule du conformisme. « La fi bre entrepreneuriale n’est pas particulièrement suscitée dans une institution scolaire », avance Pauline Remouchamps, formatrice au sein de l’ASBL GroupeOne.

Certes, des programmes de sensibilisationexistent, principalement coordonnés par l’ASE (agence de stimulation économique) en Wallonie et l’ABE (agence bruxelloise pour l’entreprise) dans 16 communes dites « prioritaires » de la capitale. Des ASBL se proposent d’aller dans les classes, pour implémenter des actions de quelques heures ou de plusieurs semaines, et de sensibiliser les professeurs. « Une très bonne initiative, lance Bernard Surlemont, professeur à l’Université de Liège et auteur de l’ouvrage « La pédagogie et l’esprit d’entreprendre » (lire ciaprès). Le problème, c’est que cela touche seulement une minorité d’étudiants… »

En 2011-2012, 445 établissements wallons (tous niveaux confondus) ont intégré un programme proposé par l’ASE. Sur un total de 2.166, soit seulement 21%, avec de meilleurs résultats en secondaire toutefois (44%).

Un mot qui fait peur

Peut mieux faire, sans doute. Mais comment ? Seuls les enseignants euxmêmes pourraient répondre à cette question. « Entreprendre est un mot qui fait peur. Surtout aux profs, estime Virginie Losson, coordinatrice de l’initiative Boost your talent de l’ABE. Dans nos brochures de présentation, on a dû le remplacer par «développer des compétences transversales»… » L’ASE organise même des « stages d’acculturation » à destination des enseignants. « Ce sont des personnes qui ont quitté l’école pour… retourner à l’école, résume Clarisse Ramakers, porte-parole. C’est dès lors diffi cile pour eux de parler de l’entreprise alors qu’ils n’y ont jamais été confrontés ! » « Parfois, les profs sont de bonne volonté mais pas la direction. Et viceversa, poursuit Frédéric Mesmaeker, responsable du projet Jeunes Entreprises. L’idéal, ce serait d’intégrer dans le programme scolaire une activité qui stimule l’esprit d’entreprendre. » Or le programme scolaire actuel est déjà plus que rempli, et la perspective de ne pas pouvoir le couvrir entièrement serait précisément l’un des facteurs qui rebuteraient le corps professoral à s’impliquer dans une pédagogie entrepreneuriale. Un cercle vicieux… L’école n’est sans doute pas la seule à blâmer. Si la majorité des initiatives de sensibilisation à l’esprit d’entreprendre sont fi nancées par les pouvoirs publics, ces mêmes pouvoirs publics sont aussi ceux qui pourraient rendre le statut d’indépendant plus accessible, moins contraignant, plus égalitaire à celui des salariés au niveau des acquis sociaux. Si ces aspects ont considérablement évolué ces dernières années, ils n’en restent pas moins encore améliorables. Ceci explique peut-être cela ?

Osez la rencontre !