« Travailler avec les profs, c’est le seul moyen »
Entretien avec Bernard Surlemont, professeur d’entreprenariat à l’Université de Liège, auteur du livre « Pédagogie et esprit d’entreprendre ».
L’enseignement actuel est-il trop frileux en matière d’entreprenariat ?
L’enseignement en général (pas seulement en Belgique, mais dans les pays latins) n’encourage pas le goût de la prise de risque, l’envie de développer des projets. Nous sommes face à une pédagogie qui cherche à favoriser la distinction entre ce qui est vrai et faux, qui est calibrée pour développer le savoir. Peu de latitudes sont laissées à l’enfant pour réaliser sa propre prise en charge, pour faire face à l’incertitude.
L’esprit d’entreprendre, c’est… ?
Développer une attitude, se montrer proactif, ne pas laisser les choses venir à soi, travailler la confi ance en soi, etc. Cela doit s’instaurer dès les primaires. Mais il ne s’agit pas de faire des écoliers des petits businessmen !
L’objectif sous-jacent de ce type de pédagogie n’est-il tout de même pas de favoriser à terme l’entreprenariat ?
Pour fonder sa société, il faut être déterminé. Mais il faut aussi avoir confi ance en soi. Si la pédagogie peut permettre d’évacuer ce frein à la création, c’est déjà ça ! Après, tellement d’autres facteurs interviennent… Par ailleurs, ces capacités peuvent aussi être bénéfi ques sur le marché de l’emploi. Beaucoup d’entreprises cherchent à engager des jeunes qui les possèdent.
Une pédagogie entreprenante induit-elle de meilleurs résultats chez les élèves ?
J’ai pu observer des initiatives qui développaient en parallèle une approche classique et une approche entreprenante. Par exemple dans des cours de chimie et physique, le professeur abordait dans une classe le programme « normalement » et dans une autre, travaillait à partir du thème du recyclage des déchets. Le taux de réussite était supérieur dans la seconde, parce que ce que l’on apprend a beaucoup plus de sens quand cela passe par un projet.
Les enseignants, les seuls vecteurs d’un développement de l’esprit d’entreprendre ?
La priorité, c’est de former les enseignants. Travailler avec eux est la seule manière de changer les choses. Un exemple me frappe : on pourrait imaginer que les directeurs d’écoles pourraient porter des projets innovants à l’échelle d’un établissement. Or aujourd’hui, ils sont uniquement les garants de l’application de décrets et de règlements. L’enseignement est un milieu diffi cilement réformable, bloqué par des représentations syndicales qui protègent les profs, pas l’éducation…


