«À toi bel étalon de BA1 romanes»

Marie-Eve Rebts
Mis en ligne

Depuis quelques mois, les pages Facebook « Spotted» et «Punched» se développent dans les écoles belges. Amusant à la base, le phénomène n’est pas dénué de dérives propres à l’utilisation d’Internet par les ados...

« Tu as fl ashé sur une jolie blonde ou un beau brun ? Envoie-nous ta déclaration pour qu’il/elle se reconnaisse, nous la posterons anonymement ! » C’est à travers ces quelques mots que se défi nissent généralement les pages Facebook intitulées « Spotted ». Ce nouveau phénomène venu tout droit d’Angleterre est tantôt comparé à la rubrique Kiss and Ride du journal Métro, tantôt à la série Gossip Girl. Le principe, lui, est toujours le même : les gens d’une communauté peuvent y faire publier des messages anonymes - le plus souvent des déclarations d’amour -, en espérant que le ou la principal(e) intéressé(e) se reconnaisse. Les messages sont enfl ammés, humoristiques, poétiques, pleins de fautes d’orthographe... Il y en a pour tous les goûts !

Séduits par le concept, des étudiants d’universités belges ont repris l’idée anglophone, qu’ils ont adaptée à nos campus. Et le phénomène Spotted s’est répandu comme une trainée de poudre. Depuis sa création en décembre 2012, la page « Spotted : Campus ULB » a récolté plus de 7000 « likes » et fait des émules tant au sein des autres universités que des écoles secondaires. « Les gens peuvent nous envoyer leurs messages dès qu’ils aperçoivent une personne qu’ils veulent spotter (ndlr : mettre en lumière), et nous le postons directement », explique l’un des administrateurs de la page. « C’est le côté instantané qui rend notamment la chose si attrayante. Imaginez : vous êtes dans la bibliothèque et lisez un message concernant une personne se trouvant au même étage que vous... L’eff et est garanti ! »

Bon enfant mais aussi dangereux

Ces pages a priori amusantes ne sont pas vues d’un bon oeil par tout le monde. Les plus réticents ? Les enseignants et directeurs d’écoles secondaires, où le phénomène fait le buzz. « L’idée est mignonne, mais pas sans danger », prévient Christophe Butstraen, médiateur scolaire dans l’enseignement secondaire en Brabant wallon. « Comme plus globalement sur Internet, il y a danger pour ceux qui, sous le couvert de l’anonymat, se laissent aller à des écarts de langage. Il y a danger également pour ceux qui utilisent de manière abusive le nom et/ou l’image de l’école. Les personnes concernées ont souvent tendance à se retrancher derrière la liberté d’expression mais tout n’est pas permis sur la toile ! » Dans les deux premières semaines après la rentrée 2013, Christophe Butstraen a reçu une vingtaine d’appels d’écoles confrontées à des problèmes avec Spotted. En plus des messages et commentaires déplacés, on retrouve aujourd’hui des pages

« punched » ou « spotted clash ». Celles-ci reprennent le principe de Spotted à des fi ns moins innocentes : se venger de quelqu’un, dénoncer des faits, etc. Christophe Butstraen : « Je rappelle souvent qu’internet est un des rares lieux où les adolescents apprennent seuls, sans leurs parents. Ils postent donc des contenus sans avoir aucune idée des balises ou des règles à respecter. » Le médiateur scolaire ne diabolise cependant pas Internet, et rappelle à quel point cet outil est précieux. Puisqu’il est impossible d’interdire les pages Spotted, il privilégie la prévention et l’accompagnement. « La simple présence des professeurs change inévitablement le comportement des élèves, que ce soit dans la cour de récréation ou Internet. Je conseille donc aux écoles d’être présentes sur Facebook via une page qui privilégie le surf responsable », développe Christophe Butstraen. « Grâce à cette page, les enseignants et/ou la direction peuvent scruter l’apparition de pages Spotted liées à leur école. Lorsqu’ils en repèrent une, ils manifestent leur présence en écrivant sur le mur de la page un message qui rappelle les règles. »

Osez la rencontre !