Cinq ans pour devenir enseignant
Le projet de réforme de la formation des enseignants proposé par le ministre Jean-Claude Marcourt se précise. Il prévoit un passage des études de 3 à 5 ans. Est-ce nécessaire ? Nos profs sont-ils si mal formés ?
Selon un célèbre rapport publié en 2007 par McKinsey, dont les conclusions se basent sur l’analyse de 25 systèmes d’enseignement dans le monde, « la qualité d’un système scolaire ne peut excéder celle de son corps enseignant ». Le consultant affirme même que la qualité de l’enseignant est le premier facteur qui explique les différences de niveaux entre les élèves et classe les professeurs parmi les quatre clés du succès d’un enseignement. Du coup, même s’il n’est évidemment pas responsable de tous les maux de notre système scolaire, nombre d’acteurs s’accordent à penser que la fonction de l’enseignant doit être revalorisée. Oui, mais comment ?
L’idée d’une réforme de la formation initiale des enseignants est dans l’air depuis 2009, année où le gouvernement Olivier l’a mentionnée dans sa « déclaration de politique communautaire 2009-2014 ». Le projet aujourd’hui soutenu par le ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt émane d’une étude participative réalisée en concertation avec un millier d’acteurs du terrain : professeurs, étudiants, inspecteurs... Bien que très complète, cette étude est loin d’être la seule sur la table. Syndicats, associations de parents, etc., les organismes sont nombreux à s’être penchés sur le sujet.
Multiples casquettes
Comme le précise le rapport commandé par Marcourt, le professeur est devenu à la fois « transmetteur de savoirs, psychologue, éducateur, assistant social et médiateur ». Et il doit pouvoir jongler avec ces multiples casquettes très rapidement. Les acteurs de terrain partagent donc le constat qu’il faut redéfi nir clairement la fonction et que l’actuelle formation des enseignants ne prépare pas au métier « tel qu’il est vraiment ». Notamment parce que les stages sont de trop courte durée, et accompagnés. Mais c’est loin d’être la seule lacune de la formation : on pointe aussi un manque de connaissances théoriques, une pratique insuffi sante pour les universitaires, des grilles horaires trop chargées qui exténuent les étudiants et ne permettent pas l’appropriation de la matière, etc. Sans oublier la problématique de l’accompagnement des professeurs débutants, pour qui l’entrée dans le métier est souvent trop diffi cile. Bref, de l’avis général, les études pédagogiques ont besoin d’un souffle nouveau et d’un meilleur lien avec le terrain. Ce renouveau passera très certainement par un passage des études de trois à cinq ans. D’abord, parce que la majorité des pays européens ont adopté la masterisation des études pédagogiques, la Belgique l’un des trois derniers de l’UE à ne pas avoir franchi le cap. Ensuite, le passage à cinq ans s’impose si l’on veut pouvoir compléter la formation pour mieux répondre aux exigences actuelles du métier.
Fera, fera pas ? Plusieurs idées sont sur la table : un programme en cinq ans, l’instauration d’un tutorat des jeunes profs par les plus anciens, un master en alternance, etc. Jean-Claude Marcourt devra également répondre aux interrogations persistantes quant au financement de la réforme et ses éventuels eff ets sur l’actuelle pénurie de professeurs… Il reste un peu plus d’un an au gouvernement pour tenir les engagements de son programme…



