Médecine : le match des facs

Annabelle Duaut
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Malgré les quotas Inami, le nombre d’étudiants en médecine a presque doublé ces dernières années. Au point de faire déborder les auditoires, de déshumaniser les cours, de contraindre les étudiants à apprendre dans le chaos et le chahut… Au détriment de la qualité ? Toutes les unifs ne sont pas logées à la même enseigne.

« Les conditions de cours sont exécrables. C’est particulièrement critique sur le campus de l’UCL depuis le boum du nombre d’étudiants. Les premières années de médecine ont dorénavant cours hors du site (théâtre St-Michel) ce qui ne les aide pas à s’intégrer. Dans les années supérieures, il est assez courant de devoir suivre un cours sur les marches de l’auditoire, du moins en début de quadrimestre », se plaint Elias, un étudiant de 3e bac en médecine inscrit à l’UCL. A l’ULB, Martial, étudiant en 6e année, déplore le manque de didactique de certains enseignants. « Cela dépend évidemment du professeur mais la plupart du temps, les profs sont si peu pédagogues que leur spécialité est très mal abordée. Par exemple, on est censé connaître par cœur des listes de médicaments qui ne sont même plus utilisés mais on ne reçoit aucune information pour soigner un bête rhume. »

Entre 2004 et 2010, le nombre d’étudiants en médecine a doublé en Communauté française. Un engouement pour la filière médicale qui n’est pas sans poser quelques problèmes pratiques. Tous les témoignages se recoupent : d’une faculté de médecine à l’autre, les conditions d’étude diffèrent sur plusieurs points mais sont partout très loin d’être parfaites. Auditoires surpeuplés en 1e année, professeurs inaccessibles, concurrence entre les étudiants et manque de locaux font partie des domaines pointés du doigt.

Ambiance festive ou taille humaine ?

En termes de confort d’étude, d’infrastructures et de locaux, les étudiants interviewés provenant de l’UCL se sentent souvent à l’étroit, que ce soit dans les auditoires, bibliothèques ou salles d’études. « Près de 1.000 inscrits en première pour des auditoires avec une capacité maximale de 500 places, c’est évidemment trop. Les 2e et 3e médecine sont plus ou moins 300 avec des auditoires d’environ 250 places, c’est donc parfois un peu juste », ajoute Elias.

Selon un membre du corps académique, vu le nombre très élevé d’inscrits (960 cette année), les cours des premières bac se déroulent en partie au Théâtre du Collège Saint-Michel, à Etterbeek. « Une belle salle mais ce n’est pas un auditoire : il n’y a pas de tablettes pour prendre de notes. C’est une solution provisoire car nous voudrions construire un nouvel auditoire ». Mais le succès du cursus de médecine touche tous les pôles universitaires car les amphithéâtres ne désemplissent pas ailleurs non plus. Antoine Godeaux, en 2e Bac aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur (FUNDP), confirme cette tendance. « Les conditions d’étude sont relativement bonnes mais qu’elles se dégradent avec la forte augmentation du nombre d’étudiant.»

Les aspirants médecins relèvent tout de même quelques points positifs. Selon nos interlocuteurs, les Facultés de Namur et l’Université de Mons bénéficient d’une ambiance plus familiale et conviviale, ainsi que d’un campus à taille humaine où les contacts sont facilités. L’ULG et l’UCL possèdent quant à elles une ambiance extra-académique festive et diversifiée, contrairement au site d’Erasme (ULB) qui n’a pas très bonne réputation de ce côté-là. Et si l’UCL et l’ULB sont parfois qualifiées d’« usine » de par leur taille conséquente qui peut donner l’impression aux étudiants d’être noyés dans la foule, cela peut jouer en faveur de Mons et Namur. Des universités plus petites, à taille humaine, mais où les étudiants savent dès le départ qu’ils ne pourront pas effectuer tout leur cursus là-bas, seules les trois premières années de médecine étant dispensées sur ces sites.

Des formations de très bonne qualité

En termes de qualité de l’enseignement, les échos sont positifs pour nos cinq facultés. A Mons, les professeurs sont dits plus accessibles et l’encadrement suffisant pour le nombre d’inscrits, environ 400 cette année, soit deux fois moins que sur d’autres campus. Un bon niveau est également observé à l’ULG. Idem à Namur : les étudiants de l’UCL qui voient souvent arriver leurs collègues des FUNDP en master confirment la qualité de l’enseignement reçu. L’UCL et l’ULB sont quant à elles décrites comme dispensant de bonnes formations, souvent équivalentes, même si nos interlocuteurs déplorent parfois un manque de pédagogie chez l’un ou l’autre professeur. Margaux Di Giacomo, en 4e année à l’UCL, en témoigne. « On ressent assez souvent que les professeurs d’université n’ont pas de diplôme d’enseignement. 200 diapositives par heure, ce n’est pas très pédagogique !»

D’après le CIUM, le Comité Inter-universitaire des étudiants en Médecine, les disciplines de base (physique, chimie, biologie etc.) sont à peu près les mêmes d’une faculté à l’autre. Seuls quelques cours divergent. « Par exemple, en Bac 1 à l’ULB et à l’UMons, il y a un cours de mathématiques à part entière et au niveau élevé, alors qu’à l’UCL et à Namur, il est englobé dans le cours de physique », indique Amandine Henry, co-présidente de l’organisme représentant les étudiants de médecine au sein de la Communauté française.

Autre distinction au niveau de l’apprentissage sur le terrain : l’ULB est celle qui propose le plus de stages aux étudiants. Ils s’effectuent dès la première année d’étude à l’ULB, l’UCL en propose en deuxième année, l’UNamur et l’UMons en 3e année et l’ULG seulement en master. Encore plus que les locaux, le gros problème serait de trouver des professionnels pour encadrer les élèves de plus en plus nombreux pendant les formations. « Actuellement, le problème se ressent particulièrement en stage où l’on se trouve à plusieurs dans le même service. Il nous arrive aussi parfois d’être envoyés en dehors de Bruxelles pour des stages, et vu que je n’ai pas de voiture, c’est assez compliqué », renseigne Martial, étudiant de 6e année à l’UCL.

Quant à la concurrence, contrairement à une idée reçue, elle serait plutôt absente des auditoires de médecine. La solidarité et l’entraide seraient devenues majoritaires, même si certains étudiants nous confient qu’il y a des « personnes prêtes à tout pour être les premiers et qu’il suffit de bien choisir ses relations pour éviter ces mauvaises ondes. »

Osez la rencontre !