Antisémitisme : le prix du silence. Une carte blanche d'Alain Destexhe
La diffusion la semaine dernière d’une caricature antisémite à l’occasion d’une conférence consacrée au sionisme organisée par le PS molenbeekois ainsi que par le PAC (« Programme et Action Culturelles »), une de ses ASBL satellites, est le dernier incident en date d’une longue liste qui fait craindre le pire pour les années à venir.
Je voudrais revenir ici sur les deux problématiques que soulève cet incident. D’abord, la montée de l’antisémitisme au sein de la population d’origine arabo-musulmane. Ensuite, le silence coupable et irresponsable du PS, mais aussi celui des institutions chargées par la loi de jouer le rôle de « garde-fou » contre la montée d’une haine que nous pensions disparue.
L’application par la justice des législations visant à lutter contre le racisme et la xénophobie a eu pour effet de rendre ces comportements passibles de poursuites pénales. Elle a pour conséquence d’encourager les individus les plus virulents à nier leur antisémitisme, et à le dissimuler derrière le masque de l’antisionisme.
Antisionisme ou antisémitisme ?
L’antisionisme, loin d’être un courant forgé par une réflexion intellectuelle, cache la plupart du temps une haine aveugle visant, non l’idéologie sur laquelle fut bâtie l’Etat d’Israël, mais sa population juive.
La plupart des poncifs hérités du vieil antisémitisme européen le plus abominable (du Juif vampire assoiffé de sang au Juif « pieuvre » étendant ses tentacules afin de contrôler la finance, les cercles de pouvoir et les médias, en passant par le Juif « boucher » assassin d’enfants, etc.) connaissent d’ailleurs une recrudescence ces dernières années. Au fil du temps, l’assimilation du Juif (pardon, du « sioniste ») aux nazis a même fini par émerger, les premiers étant accusés de reproduire à l’égard des Palestiniens la souffrance endurée durant la Seconde guerre mondiale.
L’une des preuves les plus explicites de l’assimilation entre « Juifs » et « sionistes » eut lieu à l’occasion de la manifestation organisée à Bruxelles en janvier 2009 lors de l’opération « Plomb durci ». Au cours de celle-ci, on put entendre les cris de « Mort aux Juifs ! ». « Mort aux Juifs ! »…en 2009…en pleine capitale de l’Europe ! Une honte, et pourtant, déjà, à l’époque, le Centre pour l’Egalité des Chances comme les partis de Gauche avaient brillé par leur silence.
Dès 2011, une enquête du sociologue Mark Elchardus (VUB)1 révélait qu’un élève bruxellois d’origine arabo-musulmane sur deux assumait son antisémitisme. Plus près de nous, le quotidien « Le Soir » étayait cette étude en rapportant, à l’occasion d’un reportage mené dans une école schaerbeekoise, que de jeunes adolescents n’hésitaient pas à faire l’apologie du nazisme.
La montée d’un antisémitisme issu de la communauté arabo-musulmane est une réalité à Bruxelles. Les agressions antisémites sont en augmentation croissante. Et ne proviennent plus seulement de groupuscules à la fois radicaux et marginaux. Edouard Delruelle, le directeur-adjoint du Centre pour l’Egalité des Chances, le reconnaissait d’ailleurs lui-même dans les colonnes de « La Dernière Heure » il y a quelques semaines à peine.
Le Centre pour l’égalité des chances discrédité
Ce qui m’amène au second point. Celui du silence assourdissant de la Gauche, de ses associations satellites mais aussi (et surtout), d’institutions créées par le législateur afin de combattre le racisme. Tous les racismes.
L’ASBL « PAC » est une association satellite du PS. Parmi les membres de son Conseil d’administration se trouvent de nombreuses personnalités socialistes, y compris des parlementaires.
La diffusion d’une affiche antisémite est sanctionnée par la loi. Une loi promue et votée en son temps par le PS. Or, à l’exception du président de la section de Molenbeek, sorti de l’anonymat à cette occasion, aucun responsable politique du PS bruxellois, de même qu’aucun parlementaire siégeant au CA du PAC, n’a publiquement pris position sur cette affaire. Tout a été fait pour la minimiser. Pire : l’étouffer. Un communiqué discret fut certes publié par la locale puis, une dizaine de jours après les faits, par la régionale. Des communiqués dans lequel le PAC présente ses excuses. Sans pour autant désigner les responsables, ni annoncer des sanctions.
De même, le silence du Centre pour l’Egalité des Chances fut absolument effarant. Un communiqué laconique, relayé par aucun média et mis en ligne sur son seul site internet une semaine après les faits, affirme que le Centre condamne mais renonce à poursuivre les personnes ayant diffusé l’affiche en l’absence d’intention antisémite (sic). Cette décision du Centre affaiblit encore un peu plus sa crédibilité.
La loi du 15 février 1993 créant le Centre ne lui demande pas de se poser en juge. Elle lui demande d’ « ester en justice dans les litiges auxquels pourraient donner lieu l’application […] de la loi d[e] 1981 tendant à réprimer […] le racisme ou la xénophobie ». Il revient au juge, et au juge seulement, à vérifier si l’auteur avait ou non l’intention d’inciter à la haine du Juif.
Le Centre doit jouer un rôle proactif en la matière. Il doit identifier les auteurs de faits aussi graves et les traduire en justice. A celle-ci de trancher. En toute indépendance.
L’institution n’en est cependant malheureusement pas à son premier manquement.
Il y a quelques mois, Viviane Teitelbaum et moi-même avions demandé la démission d’Edouard Delruelle. Celui-ci avait en effet refusé de sanctionner une de ses formatrices, qui avait notamment déclaré à des policiers que les Juifs « peuvent tout se permettre car ils ont de l’argent et le pouvoir financier, mais exploitent également notre culpabilité [pour l’Holocauste]».
Nous avions attendu (en vain) une réaction forte de la part du Directeur-Adjoint du Centre. D’où notre stupéfaction lorsque nous avions appris qu’il estimait que l’employée «aurait dû dire qu’ils faisaient plutôt partie de la classe moyenne ». Des propos qui, loin de condamner des propos racistes, renforçaient l’idée selon laquelle les Juifs jouiraient tous d’un niveau de vie élevé...
Deux poids, deux mesures
Le silence du Centre témoigne du « deux poids, deux mesures » d’une institution indépendante créée pour servir de poste de veille de la lutte contre les discriminations. Cette différence de traitement fut particulièrement criante suite aux récentes déclarations du directeur de l’ASBL « Les petits riens », accusé d’homophobie. Ainsi, en lieu et place du silence du PS bruxellois comme du Centre dans « l’affaire » de la caricature, ces propos, plus que maladroits, avaient suscité une réaction forte et rapide tant du patron (socialiste) d’Actiris que de M. Delruelle.
Comment expliquer ce silence coupable, cette absence de réaction qui finit par cautionner la grave dérive que connaît une partie grandissante de la jeunesse d’origine arabo-musulmane, notamment à Bruxelles ?
L’électoralisme ? Sûrement. Cela fait des années qu’avec d’autres, nous dénonçons l’attitude suicidaire de la Gauche. Par souci de ne pas perdre les voix de la frange la plus radicale des électeurs d’origine étrangère, les responsables politiques socialistes finissent par s’enfoncer dans la compromission. Quitte à renier leurs valeurs et à sacrifier les principes démocratiques les plus élémentaires.
« Pécher par le silence quand ils devraient protester, transforme les Hommes en lâches » écrivit un jour la poétesse américaine Ella Wheeler Wilcox. C’est une maxime que nous devrions assurément conserver en tête. Car notre silence coupable et notre absence de réaction face à l’inacceptable pourrait, si nous ne réagissons pas, engendrer le pire. Nous, citoyens d’Europe, ne le savons que trop bien.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Il existe un paradoxe dans les prises de positions de M Destexhe. Autant il est révolté lorqu'un imbécile crie "sale juif "dans la rue, autant il ne dit mot lorsque l'état d'Israel bombarde des populations civiles avec des armes interdites par les conventions internationales. Ne serait ce tout simplement une réaction à des fins purement électoralistes. Ou bien M Destexhe n'aime pas beaucoup les arabes.
(suite) Par ailleurs, critiquer la politique d'Israel - parfois franchement raciste - ne saurait être assimilé à de l'antisionisme, ou a fortiori à de l'antisémitisme, comme vient de le montrer le tribunal de conscience B. Russel. Mais le mélange provocateur et l'argument d'autorité ne sont pas étrangers à M. Destexhe, lui qui fait campagne en utilisant sa blouse de médecin pour asseoir ses arguments sur du prétendûment solide, et qui n'hésite pas à griffonner ce qui lui tient lieu de programme pour Ixelles sur une prescription médicale (avec renforts de ratures et de buzz-words). Or il préfère cela plutôt que de se pencher sur l'exercice difficile qui consiste à analyser et démontrer, preuves à l'appui, ce qui dans le système ne fonctionne pas - et pas seulement quelques symptômes -, et d'écrire des propositions sous forme d'un programme qui ne soit pas des harangues pour bobos mais des changements qui inspirent toute la population.
M. Destexhe n'explique pas bien la différence qu'il y a entre sémites et sionistes, preuve qu'il patauge avec ces concepts et qu'il les manipule comme un journaliste stagiaire et non comme l'intellectuel qu'il prétend être. Les Arabes étant sémites, on voit que l'abus de language est consommé sans vergogne suivant les préceptes des nouveaux philosophes et du Likoud. L'affaire des caricatures de Mohamet n'a pas tiré de sa main tant de lignes. Il préfère porter un problème mineur aux nues. Car que pèse aujourd'hui l'antisionisme en comparaison de l'immense antiislamisme qui submerge l'Occident? Sans doute pour des motifs électoralistes, M. Destexhe a voulu caresser une faction puisque l'autre est caressée par le PS pour des raisons aussi sordides. Ainsi, en accusant justement le PS, il s'accuse lui-même pour des pratiques semblables. La droite, comme les religions, cultive la contradiction.
Centre l'égalité des chances? Laissez moi rire, une pétaudière , je dirais plutôt Centre pour l'inégalité des chances... sauf si vous êtes de leur bord, soit raciste, antisémite, anti belge!








A messidor et BruxellesdanslaRue Je présume à entendre votre discours que tout comme moi vous êtes de gauche, probablement de la branche "gaucho -bobos" . Destexhe ment il en dénonçant cela , pour ma part je ne trouve pas qu'il ment il ose dire ce que beaucoup pensent même à gauche, de plus il y a encore beaucoup de choses à dire sur le silence coupable de la gauche et si comme vous le dites il ne fait pas bien la différence entre sémites et sionistes il peut de toutes façons s'appuyer ce ce que nous constatons tous quand nous circulons dans certains quartiers de nos grandes villes .Il n'est donc pas nécessaire de faire la différence entre sémites et sionistes pas plus d'ailleurs que d'être capable de différencier islam et islamisme ou encore islam religieux ou islam politique ce qui me semble t' il ne fait pas partie de vos préoccupations et je crois deviner pourquoi !