L’art tibétain à New York
Le 19 mars, Christie’s New York procède à une mise en vente exceptionnelle de huit peintures sur tissu tibétaines.
Ces « thangka » datant du XIIe au XIVe siècle devraient attiser la convoitise de nombreux collectionneurs et marchands d’art. En effet, les ventes d’art ancien tibétain étant plutôt rares sur le marché de l’art, la qualité des pièces proposées, qui proviennent toutes de la collection privée d’Heidi et Helmut Neumann, devrait permettre à Christie’s de réaliser une belle opération.
Collectées depuis le début des années 1960 par ce couple de passionnés d’art asiatique, et plus spécialement tibétain, ces peintures possèdent, outre leurs qualités esthétiques, un intérêt scientifique indéniable. A défaut de pouvoir s’attarder sur chacune de ces peintures, intéressons-nous à celles qui devraient tirer cette vente vers le haut et, qui sait, peut-être réserver quelques belles surprises à Christie’s et aux époux Neumann…
Bouddha et Jataka
Le premier lot de cette vente hors norme se présente sous la forme d’une peinture sur textile d’environ 115 par 85 cm au centre de laquelle est représenté Bouddha, entouré de cent petites vignettes racontant les « jataka », c’est-à-dire les récits de ses vies antérieures. Réalisée au Tibet entre le XIIIe et le XIVe siècle de notre ère, la valeur de cette peinture est estimée entre 600.000 et 800.000 dollars.
Acquise en 1990, celle-ci n’a jusqu’à présent jamais été exposée ni publiée, ce qui devrait accroître l’intérêt des enchérisseurs potentiels. De plus, il s’agirait du seul exemple connu à ce jour de ce type de représentation comportant cent « jataka » (alors que le plus souvent, on ne représentait que les trente-quatre premières histoires, avec seulement quelques autres en sus).
Dans cette peinture, où Bouddha figure assis sur des lotus, entouré par ses deux disciples, Shariputra et Maudgalyayana, les histoires, identifiables grâce à un titre et un numéro, se déroulent dans l’ordre des aiguilles d’une montre, en commençant par le haut au centre. Un dernier détail intéressant concernant cette œuvre incroyable réside dans la présence en bas au centre des trois donateurs de cette peinture, dont on connaît même les noms grâce aux inscriptions figurant sous leurs représentations.
Akshobya et Amitabha
Les deux autres plus belles pièces de cette vente aux enchères, si elles représentent des divinités différentes, partagent un certain nombre de caractéristiques communes au niveau de la composition, qui pourraient faire penser à un néophyte qu’elles sont quasiment les mêmes. Il n’en est pourtant rien.
Dans la première peinture, l’artiste tibétain a représenté Akshobya, le Buddha Transcendantal, dont le nom signifie « celui qui est inébranlable », reconnaissable notamment à la couleur bleue de sa peau et à la présence d’une paire d’éléphants sous la base de son trône. Dans la seconde, nous trouvons Amitabha, le Bouddha Transcendant de la Lumière infinie, qui possède une peau de couleur rouge et est représenté les mains jointes. Toutes deux estimées entre 600.000 et 800.000 dollars, ces peintures ont figuré dans de nombreuses expositions internationales et témoignent de la maîtrise technique des artistes tibétains du XIIe et du XIIIe siècle.
Hevajra Mandala
Dans cette vente figurent également deux peintures représentant des mandalas, du nom que l’on donne dans le bouddhisme himalayen à ces représentations bidimensionnelles d’un espace en trois dimensions, conçu comme l’endroit céleste où réside une divinité. Par exemple, dans un « thangka » du XIIIe siècle, c’est Hevajra qui est représentée au centre du mandala, reconnaissable à ses seize bras et ses quatre jambes, en train d’enlacer sa partenaire, Nairatmya.
Une pièce importante, dont la valeur est estimée entre 400.000 et 600.000 dollars. Quant au second mandala repris au catalogue, un peu plus tardif (XIVe siècle) et figurant la divinité Krishna Yamari, celui-ci est évalué entre 250.000 et 350.000 dollars.


