Une carpette persane vendue chez Sotheby’s pour 2 millions de dollars !
La vente avait lieu à New York dans le sillage des ventes de maîtres anciens et proposait seulement vingt-deux lots sous le titre ronflant de « Masterworks ». Malheureusement les collectionneurs ne furent pas du même avis que les spécialistes de Sotheby’s et ils délaissèrent près d’un lot sur deux. Ces résultats en dents de scie ne doivent pas éclipser quelques prix remarquables, comme celui de cette carpette estimée entre 500.000 et 700.000 dollars, qui s’échangea contre 1.930.500 dollars.
Provenance
Le marché des tapis d’Orient est loin d’être au beau fixe, à tout le moins lorsqu’il s’agit de tapis du siècle passé. Par contre les tapis plus anciens, et donc plus rares, font l’objet d’une grande attention surtout, comme ici, lorsque l’état de conservation est excellent. La provenance a fait le reste. Son dernier détenteur était un membre de la richissime famille Getty, qui l’avait acquis au même endroit il y a une douzaine d’années. Son premier propriétaire connu fut le baron Edmond de Rothschild (1845-1934). Bref il ne s’agit pas d’une découverte, mais d’une consécration pour une œuvre textile déjà connue du marché. Avant Gordon Getty, la pièce avait appartenu à un collectionneur canadien qui l’avait acquise chez Christie’s en 1996…
Importance
L’on attribue le travail à un atelier d’Ispahan (ville de l’actuel Iran) actif sous la dynastie Safavide qui régna de 1502 à 1732 de notre ère. Pourquoi ? Tout d’abord en raison des motifs. L’on connaît en effet d’autres exemples, notamment au Metropolitan Museum de New York, également en soie, un matériau réservé sinon à la cour, à tout le moins à l’élite.
La complexité des motifs et la qualité d’exécution suffisent à convaincre de sa destination : royale, princière ou tout simplement proche du pouvoir. La soie était d’ailleurs l’une des richesses de la Perse et le catalogue de la vente le rappelle en évoquant la tentative de Soliman le Magnifique d’interdire l’importation de cette matière première dans son empire ottoman pour affaiblir l’économie persane.
Datation
La carpette est datée de la fin du XVIe siècle par les spécialistes de Sotheby’s. En la matière, rien n’est plus difficile que d’avancer une date et, tout comme l’origine, ce sont les éléments iconographiques qui peuvent aider l’expert. L’on sait en effet que certains motifs furent abandonnés, à tout le moins dans ces ateliers persans, plus tard au siècle suivant. L’on bénéficie également de points de comparaison, mais il serait, par exemple, téméraire d’affirmer que la carpette date de 1580 plutôt que de 1620. Peu importe, il s’agit d’un chef-d’œuvre !
D’autres merveilles
Un bijou du début du XVIIe siècle vendu 410.500 dollars ! La même vente proposait un magnifique bijou orné d’une émeraude d’environ onze carats. Découvert en 1986 dans les eaux profondes de la Floride, le vaisseau Atocha convoyait le précieux bijou en Espagne, sans doute en provenance de Colombie. Il n’était pas seul et d’autres joyaux faisaient partie du butin, mais cette pièce était la plus importante. La pierre, mais aussi le travail de l’or ont séduit de nombreux collectionneurs, ce qui explique le dépassement de l’estimation initiale de 150.000 à 250.000 dollars.
Une importante plaque en porcelaine montée en guéridon vendue 242.500 dollars… C’est sous son estimation basse que ce guéridon fut adjugé. Sotheby’s en espérait en effet entre 250.000 et 350.000 dollars… Commandé par le roi de Prusse Frédéric Guillaume III pour Marie de Bavière, future reine de Saxe, il fut livré à cette dernière en 1831. C’est la raison pour laquelle la pièce est cataloguée comme étant réalisée entre 1829 et 1831. Les livres de comptes des maisons royales sont en effet une source précieuse en matière de datation et, tant les archives de la Maison de Prusse que celles de Saxe témoignent du don. Réalisée par la Manufacture de Berlin, cette plaque de porcelaine témoigne cependant de l’influence du goût français, particulièrement du style Empire.







