Le talent de Guido Crepax mis à nu
Les Archives Crepax mettent en vente pour la première fois à Bruxelles quinze chefs-d’oeuvre du pape italien de l’érotisme.
Bande dessinée ou dessin qui bande ? La phrase de Roland Barthes dit tout de la sensualité dont le crayon de Guido Crepax était capable. La silhouette de son héroïne, Valentina, avait les courbes boudeuses de Louise Brooks, la Loulou du cinéma muet. Crepax l’a abandonnée en 1995 après neuf albums d’un érotisme subtil et raffiné dont il a précieusement remisé les originaux.
Quarante-six de ces pièces maîtresses s’effeuillent jusqu’au 7 avril chez Champaka. Les amateurs pourront en acheter quinze, pas plus. Les autres retourneront dans les Archives Crepax, comme nous l’expliquent son épouse et son fils aîné.
Guido Crepax nous a quittés en 2003. Vous ne vendez jamais d’originaux. Comment gérez-vous l’héritage ?
C’est un patrimoine exceptionnel mais il faut aussi le faire vivre et pour cela se séparer de temps en temps de quelques originaux. Au départ, nous ne voulions rien vendre du tout. Mais pour que le public perçoive la vraie valeur d’une œuvre, il faut accepter de se séparer de certaines planches en fixant des limites. Il y a des pièces plus essentielles que d’autres. Par exemple, nous ne vendrons jamais aucune planche de
, la première histoire de Valentina créée en 1965. Elles font partie des intouchables pour des raisons artistiques et émotionnelles.
Cette exposition-vente a lieu à Bruxelles, où la cote de Guido Crepax est très élevée dans le monde de la bande dessinée. Qu’en est-il de son image en Italie ?
Valentina reste un personnage extrêmement populaire dans la génération 1968 où tout le monde l’a lue. Chez les jeunes, c’est une icône que les jeunes filles branchées utilisent beaucoup pour les profils Facebook ! Elle fait partie des images éternelles de la culture italienne. Par contre, on ne lit plus ses albums et c’est pour cette raison qu’il est important d’exposer les originaux. Cela contribue à faire redécouvrir l’œuvre à de nouvelles générations. Ça rafraîchit le personnage. Les galeries d’art ont aussi un rôle à jouer. C’est pour cette raison que nous sommes heureux de cette expo au Sablon.
L’œuvre de Crepax garde des côtés tabous aujourd’hui ?
Pas en Italie où il y a des filles nues dans toutes les émissions de télé. L’intérêt de l’œuvre est ailleurs, dans la liberté de la femme cachée entre les cases. Valentina n’est pas une bimbo berlusconienne ni une femme objet. Son érotisme est cérébral. Elle mène l’action et assure la mise en scène. Dans ce sens, elle a toujours beaucoup à apporter à la société italienne. Elle incarne le souffle de liberté des années 1960, qui s’est un peu perdu en Europe.
Infos : www.galeriechampaka.com



