L’incurie est européenne

Beatrice Delvaux
Mis en ligne

Éditorialiste en chef

La crise chypriote est tragique pour les citoyens de l’île au premier chef, mais elle l’est plus profondément par le discrédit qu’elle jette sur les instances européennes.

Il serait de bon ton de jeter l’opprobre sur les dirigeants chypriotes, incapables, selon « Bruxelles », d’exécuter les décisions prises lors de cette fameuse nuit. Erreur ! Ceux qui ont fauté sont les instances européennes qui ont validé à l’unanimité ce plan d’action qui torpille la confiance dans la zone euro et dans la capacité des dirigeants européens à respecter leur parole et leurs propres décisions.

Il n’y a que du beau monde dans cette incurie : Olli Rehn, vice-président de la Commission, chargé des affaires économiques et monétaires et autorisé à ce titre depuis des mois à faire la leçon à tout pays qui ne se comporte pas conformément aux règles établies ; l’Eurogroupe, soit 17 ministres des Finances – 17 ! –, dont le président qui en était à sa première réunion ; la BCE chargée de veiller à la stabilité et à la crédibilité du système monétaire.

La solution proposée et la gestion de la crise qui a suivi, sont déjà considérées comme un cas d’école illustrant la manière dont il ne faut pas gérer des problèmes financiers ou de dettes souveraines.

Cette « hérésie » ne doit pourtant rien au hasard. Herman van Rompuy président du Conseil l’a dit hier aux Parlementaires : la Troïka (Eurogroupe, BCE et FMI) travaille depuis des mois à un rapport qui a nourri la fameuse solution.

L’incurie est de plus totale car elle se manifeste tant lors du développement du problème chypriote – « Nous avons laissé Chypre bâtir un modèle insoutenable et nous n’avons pas réagi », dixit Van Rompuy – que dans l’incapacité à résoudre la crise lorsque le modèle explose – il n’y a toujours de solution à cette heure. Le tout sans que personne, si ce n’est le ministre des Finances chypriote, fusible facile, n’assume une responsabilité quelconque. Que s’est-il passé au cours de cette fameuse nuit ? Ceux qui savent, se taisent et pire, s’en lavent les mains, désignant d’autres coupables.

L’implacabilité avec laquelle les instances européennes et certains ministres des Finances clés (on pense à l’Allemagne) imposent – à raison – des efforts aux pays « fautifs », demanderait qu’ils assument la responsabilité de leurs propres dérapages.

La véritable menace qui plane sur le futur de l’Europe n’est pas monétaire. C’est son manque total de gouvernance.

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21. cohasset dit le 22/03/2013, 03:55

Le désastre de Chypre fournit une nouvelle preuve que l'Union Européenne - et plus spécialement l'Eurozone - ne fonctionne absolument pas. Toute cette abjection confirme que la décision de créer l'Euro a été avant tout une affaire de politiciens ''Blue Sky" - ceux qui formulent leurs décisions quand tout va bien, avec la présomption que tout ira toujours bien (et qu'ils seront réélus à perpétuité). Créer l'Euro sans avoir d'abord harmonisé les politiques fiscales était non seulement une erreur: c'est aujourd'hui une tragédie. Evidemment, l'harmonisation fiscale serait une catastrophe pour la Belgique, car elle voudrait surement dire une réduction de la pression fiscale insensée à laquelle sont soumis les citoyens et entreprises de ce pays, pression sans laquelle la Belgique ne serait plus en mesure de financer ses programmes sociaux délirants. Il est donc pour moi certain, qu'en sous-main, la Belgique contribue à l'opposition à toute forme d'harmonisation fiscal[...]

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20. Huybrecht dit le 21/03/2013, 23:49

Le monde politique n'est pas différent de notre "nouvelle" société Pas de responsabilités, la faute vient forcément des autres, une grande incompétence pratique cachée sous des couches de diplomes et de "Masters". Des dynasties politiques sans vision, ni passion, des carrièristes. Si des présidents de banques ne comprennent plus leurs produits les plus pointus concoctés par des jeunes gurus, comment serait-ils eux capables de le faire. Ils vivent d'élection à éléction et (pas de noms) quelques un(e)s ont dirigé tous les ministères, sans parler des cumuls. Un vaudeville. La situation de Chypre est liée à celle de la Grèce, même systèmes, mêmes traditions. Donc cela était prévisible. Dans le privé cela s'appelle une faute grave entrainant une sanction: démission.

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19. Labrador dit le 21/03/2013, 22:18

A mon avis, le manque de gouvernance qui mine l'Europe est dû au passage d'un mode de gestion politique européen traditionnel visant l'intérêt et la convergence des pays MEMBRES (commissions Delors, Santer, voire Prodi - Maastricht) à une gouvernance anglo-saxonne (commission Barroso - Lisbonne 2005) où des financiers omnipotents ont court-circuité la représentation démocratique à travers des collusions public-privé inadmissibles (la banque GS reproduit en UE la prépondérance du complexe militaro-industriel US), ont abusé de cette position pour défaire notre législation au profit de financiers des pays TIERS et déréglementer au point d'avoir laisser se recycler dans notre système bancaire des MILLIERS de milliards de dollars toxiques jusqu'à démanteler notre tissu industriel en le désorganisant via des fusions-acquisitions, ont créé de la divergence pour diviser et spéculer, ont endetté lourdement nos banques et déstabilisé nos Etats.

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18. jiipi dit le 21/03/2013, 22:13

L'IDEOLOGIE ET LA BUREAUCRATIE (SUITE ET PAS FIN) Irresponsable ,incompétente ,idiote,implacable . L'europe est servie , elle est dirigée au choix par des commissaires des peuples , des kabos de la pensée unique , des zélateurs de Davos et Bildenberg , des sicaires de Golman -Sachs . Le mur du communisme s'est effondré , celui de l'Europe libérale est en train de vivre le mème sort . Les deux n'auront pas duré plus de 60 ans . Reste a savoir , ce qui restera ou sortira de l'europe post libérale

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17. jiipi dit le 21/03/2013, 22:06

L'IDEOLOGIE ET LA BUREAUCRATIE Le libéralisme est a l'Europe ,ce que le communisme était a la défunte URSS ,une idéologie dominée par une bureaucratie délirante . Les communistes faisaient des plans qui permettaient aux usines de tourner a perte et a vide , l'Europe fait des plans sur la comète pour des états en faillite . Des commissaires au plan dans l'ex URSS fixaient des normes,qui aboutissaient a des usines d'un autre age , des produits obsolètes,des pertes subventionnées par L'etat etc..etc.. Les commisaires européens ,fixent des normes de redressement apres avoir favorisé la faillite des pays . L'idéologie libérale est aussi néfaste que la communiste , dans les deux cas une bureaucratie irresponsable , incontrolable ,pléthorique est a la manoeuvre ,pour le plus grand malheur des pays et des peuples . "L'idéologie va à la bureaucratie , comme la bureaucratie va vers l'idéologie" Emmanuel Berl. Les idéologies dogmatiques pour vivre ou survivre ont besoin d'une bureaucratie sectaire [...]

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