Suinen: «Limiter le risque commercial est prioritaire»
Philippe Suinen était présent à Cannes malgré quelques difficultés au décollage suite aux intempéries. Le patron de l’Awex persiste et signe : il faut rassurer les investisseurs qui lorgnent le territoire wallon pour y loger leurs activités. La solution : un ruling fiscal et environnemental. Explications.
La collaboration avec les intercommunales, gardiennes locales des clés donnant accès au foncier wallon, et l’Awex va-t-elle dans le bon sens ?
Tout à fait. Nous avons mis au point un mode de fonctionnement pratique, simple et proactif à l’attention des entreprises qui manifestent leur souhait de s’installer chez nous.
Comment cela fonctionne-t-il ?
Quand nous avons identifié une demande précise, nous lançons un appel d’offres détaillé à l’attention des intercommunales, qui nous répondent endéans la semaine. De notre côté, nous fournissons alors à l’entreprise demanderesse un dossier complet reprenant les terrains disponibles, leurs caractéristiques, et même les leviers financiers possibles, subsides ou incitants fiscaux. Nous avons d’ailleurs établi un accord de confidentialité avec les intercommunales tant que la procédure est en cours.
Qu’en est-il du manque de terrains équipés disponibles à court terme, dénoncé par les entreprises, et de leur coût ?
En matière de terrains disponibles, on peut encore s’améliorer. Mais un stock important, mis en réserve, se met lentement en place. Quant au prix moyen du foncier disponible, il tourne actuellement autour des 37 euros le mètre carré. C’est plus qu’abordable. Dans les zonings autour de Namur, comme Crealys ou Ecolys, là où les surfaces encore disponibles sont les plus importantes, on tourne autour de 50 euros… C’est un prix moyen ; mais ailleurs, on peut trouver beaucoup moins cher. Et le plan Horizon 20-22 prévoit d’inscrire une réserve de terrains comprenant trois localisations stratégiques sur le territoire wallon avec des superficies disponibles assez grandes. Nous travaillons sur ce point en bonne compréhension avec le gouvernement wallon, y compris le ministre Henry.
Vous défendez bec et ongles, depuis des années déjà, un système de double ruling, financier et environnemental. Pouvez-vous nous en expliquer le sens et le fonctionnement ?
Pour l’investisseur, étranger de surcroît, il est essentiel d’avoir des garanties en matière de délai et de faisabilité de son projet immobilier et commercial : les responsables publics doivent pouvoir lui présenter rapidement, comme cela se fait ailleurs, un genre de plan de vol qui lui stipule, selon les caractéristiques précises du dossier, dans quels délais il obtiendra les autorisations légales ou le permis unique.
Quid des recours, quasi généralisés aujourd’hui, alors ?
Il est impératif que les recours ne puissent plus léser l’intérêt général et hypothéquer des projets garantissant l’essor économique et l’emploi au niveau régional. Aux Pays-Bas, par exemple, quand on détecte un vice de forme dans un dossier de demande de permis ou une procédure administrative, on donne au requérant l’opportunité de corriger le point litigieux sans tout devoir reprendre à zéro comme on le fait chez nous. On évite ainsi une perte injustifiée de temps et d’argent, qui peut parfois faire capoter un projet. Pour parvenir à pareil système plus pragmatique, il faut impérativement un double ruling, fiscal et environnemental. Le volet fiscal dépend du niveau fédéral et il fonctionne déjà, même s’il y a eu quelques ratés du côté de l’administration flamande. Le volet environnemental, lui, dépend du niveau régional et doit se mettre en place rapidement. On pourrait encore aller plus loin : au Sri Lanka, le ruling engagé prévaut même si la législation change… sauf si le nouveau cadre légal est plus favorable au porteur de projet. On devrait en prendre de la graine à Namur…








