Un recul de la N-VA, juste un recul
Première leçon de ce sondage, la plus évidente : la N-VA recule de trois points. L’amorce d’un recul, dû tout à la fois à l’exercice du pouvoir (dans les villes et communes flamandes), à l’usure d’un discours d’opposition, à l’incertitude autour du projet de confédéralisme ?
Gardons-nous bien de tirer des conclusions par trop hâtives. Parce que d’autres sondages créditent la N-VA de scores plus élevés, parce que la marge d’erreur est de 3,1 %, parce que la sortie tonitruante de Geert Bourgeois est survenue alors que 86 % des sondés flamands s’étaient déjà exprimés. Mais, aussi et surtout parce que, même à 33,6 %, les nationalistes flamands continuent à dominer outrageusement le champ politique flamand. Certes, ils ne totalisent plus, à eux seuls, davantage de sièges que les trois partis flamands traditionnels réunis, comme ce fut le cas dans de précédentes enquêtes. Mais ils récoltent sur leur seul sigle le double de voix de leur ancien partenaire, le CD&V. A Bruxelles aussi, ils raflent la casquette de premier parti, loin devant le deuxième, le VLD.
Il reste tout juste quatorze mois avant le scrutin de 2014… A moins d’un séisme sur la scène politique, il paraît peu probable que les tendances actuelles soient drastiquement modifiées. Autant dire que les autres partis doivent préparer leur stratégie en conséquence. Ignorer un parti qui séduit (au moins) un tiers des électeurs flamands sera politiquement impensable. L’asseoir à une table de négociations fédérales rendra celles-ci potentiellement très difficiles voire impossibles. On ne sort pas de cette équation, vitale pour le sort de notre pays.
Les francophones en sont réduits à un rôle de simples spectateurs de cette bataille flamande, dont l’issue aura pourtant des conséquences majeures sur leur destin. Aujourd’hui déjà, ce sont les résultats de la Flandre que l’on analyse prioritairement. Demain, dans la campagne, ce sera plus que jamais le cas. Il ne faudra pourtant pas se détourner des scrutins en Wallonie et à Bruxelles. Car, par-delà les défis communautaires, il en est aussi de nature socioéconomique, sociétale, sur lesquels les partis francophones se démarquent. C’est cela aussi, l’enjeu de 2014. Cette campagne-là n’a, logiquement, pas encore démarré, ce qui explique la relative stabilité du paysage wallon. A Bruxelles, en revanche, le duel MR-PS se dessine et s’annonce serré, entre les personnalités, mais aussi les projets de ville. Voilà qui devrait animer les prochains sondages, côté francophone aussi.
Vos réactions
Voir toutes les réactions Frankiel, je ne comprends que trop bien votre colère. Mais je vous encourage à ne pas la diriger contre les individus, mais plutôt à la diriger contre un système sordide. Beaucoup d'individus, qu'ils soient flamands ou francophones, sont intoxiqués par la propagande. Celle-ci est encore plus puissante dans ce qu'elle ne dit pas, à savoir la fraternité séculaire entre flamands et francophones qui est bien plus forte que les excitations de quelques frustrés. La droite MR-NVA profite éhontément de la montée des nationalismes/individualismes pour parler de cela plutôt que de l'échec économique total de la droite depuis 30 ans, échec qu'ils supportent et veulent voir perdurer, on le voit, au travers des politiques néolibérales de l'UE.
@BruxellesdanslaRue, je travaille pour la branche wallone d'un entreprise dont le siège social et la plus grande implantation est à Anvers. Cela signifie que plusieurs centaines de mes collègues vivent dans une ville qui vote à plus de 35% en faveur de la N-VA, un parti aux théories dommageables aux francophones (je ne pense pas nécessairement anti-francophone, juste pro-flamand sans se soucier de l'effet sur les francophones). Quand je les rencontre, je ne peux m'empêcher de penser qu'un collègue sur trois est un hypocrite qui ne se soucie pas le moins du monde de mon futur et de celui des gens qui m'entourent...
[Les attaques économiques masquées derrière le rideau des querelles insignifiantes] Il n'est pas étonnant que les extrémistes et les supporters du néolibéralisme attirent l'attention sur la querelle linguistique belge, qui est un fait mineur et artificiel, alors que nous assistons peut-être aux prémisses de la crise économique européenne et mondiale la plus grave des temps capitalistes. Je ne commenterai même pas ce qui fait l'Edito et les gorges chaudes de la droite, ce chiffre de 3% qui est en-deça de l'incertitude associée au sondage du Soir. Tout ce que je demande humblement à mes très chers concitoyens est de ne pas faire l'amalgame entre nos frères flamands néerlandophones et les infâmes parasites flamingants, dont la seule patrie est la haine et dont les seuls horizons sont la servitude volontaire du système dominant.








[suite] En dernière analyse, quel que soit le scénario belge - union, scission ou autre - c'est "avec" les flamands que les francophones devront discuter. Tout avenir au temps de la mondialisation et de l'interdépendance ne peut se construire qu'en interaction avec les autres. La guerre ne profite qu'aux riches. Il nous reste donc le dialogue. C'est là que le FDF échoue. Alors il faudra bien passer au dessus des nuisances de la propagande qui secoue les uns comme les autres, et rappeler (ou se rappeler) que nous, flamands et francophones, sommes ensemble dans la même classe sociale, en face des nantis qui nous exploitent et qui attisent la querelle linguistique artificielle. La propagande a fait son chemin: elle a réussi à mettre sur un pied d'égalité quelques riches à droite et des millions de travailleurs à gauche. De même, elle a placé en balance quelques flamingants parasites et des millions de flamands.