PME trop risquées à financer
Le secteur financier dénonce la conjoncture et la fragilité des dossiers des demandeurs.
Les contraintes de rentabilité joueraient également en défaveur des PME...
Sale temps pour les entrepreneurs. Selon une enquête du SNI (Syndicat neutre des Indépendants) à laquelle ont participé 507 affiliés de février à mars, ils seraient de plus en plus nombreux à devoir essuyer un refus de crédit auprès de leur banque. Près d’un sur trois (29 %) en aurait fait l’expérience au cours des deux années précédentes. C’est aussi une hausse de 45 % par rapport à une enquête similaire réalisée en février 2011. Inquiétant. D’autant plus que les discours politiques circulants semblent énormément miser sur l’entrepreneuriat pour sortir de la crise... Alors pourquoi cette contradiction avec le terrain ? « Il y a un double mouvement qui pénalise les PME. Alors que beaucoup d’entrepreneurs souffrent de la crise, les banques sont de plus en plus exigeantes sur les dossiers d’introduction de crédit, les garanties et les taux d’intérêt. À titre d’exemple, obtenir un crédit pont dans le secteur de l’HoReCa relève aujourd’hui de la gageure » déplore Christine Mattheuws, présidente du SNI.
Par ailleurs, « un entrepreneur sur cinq n’a reçu aucune motivation de la banque concernant le refus de crédit » regrette-elle encore.
Pour le secteur financier, c’est de la faute de la conjoncture. En l’occurrence, Febelfin (Fédération belge du secteur financier) dénonce le contexte économique et la fragilité des dossiers des demandeurs. « La santé financière des petites entreprises et l’évolution de leur profil de risque n’ont pas évolué favorablement quant à l’octroi de crédits » explique Michel Vermaercke, porte-parole chez Febelfin. Selon ce dernier, « l’éclatement de la crise de liquidité de 2008 explique en grande partie ce phénomène ». Il n’empêche, en 2012 : « nous constatons une hausse du volume total de crédits par rapport au taux de croissance » assure Michel Vermaercke. Cela fait une belle jambe pour les PME.
Médiateur du Crédit belge de 2009 à 2013, Chris Dauw se veut « beaucoup plus nuancé ». « Il y a bien un net recul de la souplesse des banques vis à vis des PME quant à l’octroi de crédits. Qui s’ajoute au durcissement de la réglementation bancaire introduit par Bâle III. Ses contraintes de rentabilité présentes et futures laissent peu de chances aux petites entreprises d’obtenir autant d’attention que les grandes de la part des banques » estime-t-il. « Le rapport frais/produit n’évolue clairement pas en faveur des PME. C’est aussi la raison de l’arrivée massive des automates dans les procédures d’octroi de crédit, évidemment incapables de fournir une motivation didactique en cas de refus » observe-t-il. On y revient. « D’un point de vue macroéconomique, il ne serait pas inutile de laisser un peu de côté l’aspect de la rentabilité maximum » préconise-t-il.
Pendant ce temps, une directive européenne menace, qui fixera à 60 jours le délai maximum de paiement des factures. «
C’est une bonne chose pour ce qui concerne les mauvais payeurs
» reconnaît Christine Mattheuws. «
Il n’empêche, si les banques n’assouplissent pas leurs conditions d’octroi de crédit, c’est une pression supplémentaire sur les épaules des entrepreneurs
» nuance-t-elle. Ceci expliquerait sans doute le manque d’enthousiasme du ministre Johan Vande Lanotte à transposer rapidement cette directive en droit belge.








