La faune éveillée des Cafés numériques

Olivier Croughs

Les curieux du numérique se rassemblent chaque mois dans ces cafés d’un nouveau genre. Reportage.

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La Forge investie par le Café numérique de Liège le temps d’une soirée.
    La Forge investie par le Café numérique de Liège le temps d’une soirée.
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Jérémy Corman, coordinateur du Café numérique de Liège.
    Jérémy Corman, coordinateur du Café numérique de Liège.

Maniaques du passé, de la machine à écrire, des vinyles et de la photographie argentique, passez votre chemin. Les cafés numériques auront du mal à vous séduire. Depuis peu, à Bruxelles et dans la plupart des “grandes” villes wallonnes, une nouvelle communauté émerge, qui pense, cause et agit en numérique. Elle se rassemble aussi dans la vraie vie, à l’occasion de ces jam-sessions de web-entrepreneurs. Encore “un peu” geek et underground, elle ne demande qu’à s’ouvrir et se faire voir.

Au coeur du Vieux Liège, la journée de labeur s’achevant, naissent les premières lueurs des foyers retrouvés. Qui scintillent déjà sur les pavés polis de la rue de la Cathédrale. Seule l’”auberge” de la Forge vient perturber l’atmosphère moyen-âgeuse presque inquiétante d’anachronisme. Alors on en pousse la porte. Mais en 2013, nul forgeron ne forge à la Forge... L’artisan, ses enclumes et le fer chauffé ont laissé leurs places à une foule enthousiaste et branchée déambulant au milieu des laptops et projecteurs. Le gobelet de bière dans une main et le sandwich mou dans l’autre. Bienvenue au Café numérique de Liège, installé le temps d’une soirée dans le plus grand espace de coworking alentours.

Pour la plupart âgés entre 20 et 35 ans, les adeptes du CaféN se rassemblent un peu plus d’une fois par mois à Bruxelles, Namur, Tournai, Charleroi ou Mons. Au rythme de trois à quatre conférences par session entrecoupées d’instants détente, ils viennent se faire conter l’histoire en marche du numérique, l’usage de ses outils, l’expérience entrepreneuriale heureuse de leurs pairs, les échecs aussi... Derrière les orateurs qui se succèdent, deux écrans de projection sur lesquels défilent en temps réel les tweets, informations à destination des absents ou commentaires taquins à l’endroit du speaker. «  Tweetwall Pro  » que ça s’appelle, et c’est aussi du Belge. Grâce à eux, le public ne dort plus, il est partie prenante du happening. Les sujets des cafés du moment ? La photo et la lecture numériques (Namur), le Startup Weekend et l’internet des objets (Liège), le jeu vidéo et le coworking (Charleroi). Aux cafés et pour le prix d’une inscription sur Facebook (être sur Facebook ou ne pas être), les occasions de ne pas mourir ringard passent et ne se ressemblent pas.

Majoritairement masculins (pour combien de temps encore ?) et porteurs de lunettes aux montures épaisses, les web-entrepreneurs et curieux du numérique se distinguent pourtant les uns des autres. Il y a la tribu des efficaces et réalistes, souvent petits bourgeois et aficionados de Microsoft ou Apple. On trouve aussi le clan des dissidents, adeptes du libre, de Linux et d’Android. Et puis il y a les bâtards qui ne crachent sur rien, mangent un peu de tout. Malgré les efforts insidieux des quelques trolls (provocateurs sans fond ou polémistes sans fins), une paix sereine et constructive semble les unir autour de la créativité et l’innovation (la création de nouveaux besoins ?) sur le web. Il y a aussi ce tabou qui ferait tache au milieu de toutes ces bonnes intentions : les perspectives d’enrichissement personnel...”chut” on a dit !

Jeune de quelques années à peine - le premier Café numérique est né à Bruxelles en 2009 -, la faune numérique entretient déjà ses codes, ses références, ses légendes et ses héros. Prenez Damien Van Achter, dit Davanac. «  Il est très respecté par ici. Je le suis (au sens twitterien du terme, NDLR) depuis le début  » explique Samuel Piroton, cofondateur de la version liégeoise du CaféN. Celui-ci nous apprend qu’en Belgique francophone et même au-delà, Davanac est un peu le pionnier des nouveaux médias. «  Il a commencé à bidouiller dans son garage avec un blog et des outils journalistiques encore jamais vus dans le milieu. Il est aujourd’hui « Digital Sherpa », enseignant à l’école de journalisme de Lille et à l’Ihecs les découvertes de son laboratoire média. C’est un profil typiquement apprécié aux cafés  ».

Entrepreneurs donc, souvent autodidactes, curieux et ouverts, il en va aussi de Leo Exter de WeStartup (plateforme d’information et d’entraide pour startup), de Ramon Suarez du BetaGroup (communauté d’entrepreneurs, espace de coworking et conférences de startup) ou encore d’Olivier Verbeke de NEST’up (accélérateur de...startup). Tous ces gens sont devenus des mentors, oserons-nous les gourous du web-entrepreneuriat bruxellois et wallon.

S’il est difficile de ne pas y voir aussi les ersatz des Steve Jobs, Mark Zukerberg et autre Bill Gates, véritables dieux - vivants pour la plupart - pour ces jeunes enfin numériquement décomplexés, on ne peut s’empêcher de se réjouir de cette fraîcheur entrepreneuriale à la belge, qui séduit de plus en plus et regarde vers le futur.

Vos réactions

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1. Tilto dit le 27/03/2013, 11:07

Instructif, de qualité, sympas et gratuit Voila comment passer de bonnes soirées en 'réssautant' utile et sympas. Pour le programme, c'est sur leur site ville par ville http://www.cafenumerique.com/

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